LEGITIMITE DE LA CHIRURGIE D'EXERESE
La chirurgie du cancer de l’œsophage thoracique est-elle légitime ?
En dehors des possibilités techniques qui sont maintenant acquises et ne demanderont qu'à se perfectionner, existe-t-il dans le Caractère et l’évolution du néoplasme des bases qui justifient l’intervention ?
D'autre part, sommes-nous totalement désarmés en ce qui concerne les autres thérapeutiques possibles ?
Enfin, la symptomatologie du cancer permet-elle, si on l’observe de plus près, et si l’on sait de bonne heure faire les examens utiles, une action d’une précocité efficace ?
A. — La question des métastases.
L'existence de métastases dans le cancer de l’œsophage a été tour à tour niée, tenue pour relativement rare et enfin reconnue comme plus fréquente qu'on ne l'avait longtemps admis.
Données classiques.
Freudenhammer, en 1873, en nie l'existence. Puis Silvagni, lFeletti Ewaldt, Rathery et Hartmann admettent la possibilité de métastases, mais dans des cas très rares.
En 1901, Hampeln publie 60 autopsies dans lesquelles il n a relevé que quatre fois des noyaux secondaires; encore s'agissait-il, dans tous les cas, de cancers œsophagiens ayant envahi la portion cardiaque de l'estomac. Ceci amène Bourgeois et Lenormand à conclure : « le cancer strictement œsophagien ne se généralise pas ».
Pourtant, la même année, Feilchenfeld, établissant une échelle de fréquence des métastases pour les divers cancers, précise que le cancer œsophagien présente des métastases
PU Die
dans 32,7 % des cas; ce chiffre est assez voisin de celui obtenu par Samaja, qui, colligeant de multiples statistiques, conclut à la proportion de 37,41 %,.
Pour lui comme pour Calderara, l'organe le plus fréquemment envahi est de loin le foie. Vient ensuite le rein, puis, très loin derrière, et par ordre décroissant, les capsules surrénales, le pancréas et les méninges, l'intestin et la rate, la peau, les tissus sous-cutanés et le péritoine, enfin les ovaires.
Calderara classe par ordre décroissant, après le foie, le poumon, le cœur, l'estomac, le cerveau, la dure-mère, le rein, les capsules surrénales, le pancréas, la colonne vertébrale, la peau et l'intestin.
Bérard et Sargnon font pourtant des réserves sur cette relative rareté des métastases; ils la mettent sur le compte de l'évolution rapide du cancer de l’œsophage, « qui tue par inanition, tuberculose, et par complications de voisinage (compression, infection) avant d’avoir semé à distance des. noyaux facilement retrouvés à l’autopsie ».
Données récentes.
Dormanns, en 1939, dans une très importante statistique portant sur 1.439 cas relevés au cours de 124.827 autopsies pratiquées en vingt ans dans 43 instituts allemands de pathologie, obtient les résultats suivants
I n'en trouve que 309 (soit 21,5 %), dont 77 (sur 325, soir 5 %) avant la soixantième année, et 32 (sur 914, soit 3,5 %) après celle-ci, ne présentant au moment du décès ni métaslases ni pénétration dans les organes voisins.
… 877 cas (soit 60,9 %), présentaient des métastases éloignées avec (433 cas) où sans (444 cas) pénétration directe dans les organes para-æsophagiens. À
686 cas (soit 47,7 %) se compliquaient d'irruptions. dans les organes voisins, avec (433 cas) ou sans (253) métastases à distance.
Parmi les organes envahis, les ganglions lymphatiques (médiastinaux principalement) tiennent la première place