‹ De l'existence de Dieu: Lettres sur la religion. Discours pour le sacre de l'électeur de CologneChapitre 106 sur 165 · Matth., xxi · texte numérisé non relu

Matth., xxi

une paix que le monde ne peut ni donner ni ôter ; elle est patiente, et c'est par sa patience jusques à la mort de la croix qu'elle est invincible. Elle n'oublie jamais que son Époux s'enfuit sur la montagne dès qu'on voulut le faire roi ; elle se res-> souvient qu'elle doit avoir en commun avec son Époux la nudité de la croix, puisqu'il est l'homme des douleurs, l'homme écrasé dans l'infirmité *, l'homme rassasié d'opprobres *. Elle ne veut qu'obéir; elle donne sans cesse l'exemple de la soumission et du zèle pour l'autorité légitime ; elle verseroit tout son sang pour la soutenir. Ce seroit pour elle un second martyre, après celui qu'elle a enduré pour la foi. Princes, elle vous aime ; elle prie nuit et jour pour vous ; vous n'avez point de ressource plus assurée que sa fidélité. Outre qu'elle attire sur vos personnes et sur vos peuples les célestes bénédictions, elle inspire à vos peuples une affection à toute épreuve pour vos personnes, qui sont les images de Dieu ici-bas.

Si PÉglise accepte les dons précieux et magnifiques que les princes lui font, ce n'est pas qu'elle veuille renoncer à la croix de son Époux, et jouir des richesses trompeuses : elle veut seulement procurer aux princes le mérite de s'en dépouiller ; elle ne veut s'en servir que pour orner la maison de Dieu, que pour faire subsister modestement les ministres sacrés, que pour nourrir les pauvres, qui sont les sujets des princes. Elle cherche non les richesses des hommes, mais leur salut ; non ce qui est à eux, mais eux-mêmes. Elle n'accepte leurs offrandes périssables que pour leur donner les biens éternels.

Plutôt que de subir le joug des puissances du siècle et de perdre la liberté évangélique, elle rendroit tous les biens temporels qu'elle a reçus des princes. « Les terres de l'Église, disoit <c saint Ambroise 8 , payent le tribut ; et si l'empereur veut ces « terres, il a la puissance pour les prendre : aucun de nous ne a s'y oppose. Les aumônes des peuples suffiront encore à nourrir

i. is., LUI, 3, 10.

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