Ettth. f xiv
D'ailleurs ces deux fonctions se réunissent dans un certain point. Les païens mêmes n'ont point de plus nobles idées d'un véritable prince, que celle de pasteur des peuples. Vous voilà donc pasleur des peuples, à double titre. Si vous l'êtes comme prince souverain, à plus forte raison l'êtes-vous comme ministre de Jésus-Christ.
Mais comment pourriez-vous être le pasteur des peuples, si votre grandeur vous séparoit d'eux, et vous rendoit inaccessible à leur égard ? Comment conduiriez-vous le troupeau, si vous n'étiez pas appliqué à ses besoins ? Si les peuples ne vous voient jamais que de loin, jamais que grand, jamais qu'environné de tout ce qui étouffe la confiance, comment oseront-ils percer !a foule, se jeter entre vos bras, vous dire leurs peines, et trouver en vous leur consolation? Gomment leur ferez-vous sentir un cœur de père, si vous ne leur montrez qu'un maître ? Voilà ce que le prince même ne doit point oublier. Ajoutons-y ce que doit sentir l'homme apostolique.
Si vous ne descendiez jamais de votre grandeur, comment pourriez-vous dire avec Jésus-Christ : Venez à moi, vous tous qui souffrez le travail et qui êtes accablés, je vous soulagerai *? Comment pourriez-vous ajouter : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur lc t Voulez- vous être le père des petits, soyez petit vous-même; rapetissez-vous, pour vous proportionner à eux. « Si je vous connois bien, disoit saint Bernard au pape Eu- « gène 8 , vous n'en serez pas moins pauvre d'esprit en devenant « le père des pauvres. » En effet, vos richesses ne sont pas à vous ; les fondateurs n'en ont dépouillé leurs familles qu'ahn qu'elles fussent le patrimoine des pauvres : elles ne vous sont confiées qu'afin que vous soulagiez la pauvreté de vos enfants.
Mais continuons d'écouter saint Bernard, qui parle au vicaire de Jésus-Christ : Qu'est-ce que saint Pierre vous a laissé par succession ? « 11 n'a pu vous donner ce qu'il n'a voit pas ; il vous a