‹ De l'existence de Dieu: Lettres sur la religion. Discours pour le sacre de l'électeur de CologneChapitre 113 sur 165 · II Cor., i · texte numérisé non relu

II Cor., i

Est-ce pour nous, ou pour les peuples sur qui nous l'exerçons? Est-ce afin que nous contentions notre orgueil en flattant celui des autres hommes ? C'est , au contraire, afin que nous réprimions l'orgueil et les passions des hommes, en nous humiliant et en mourant sans cesse à nous-mêmes. Comment pourronsnous faire aimer la croix, si nous la rejetons pour embrasser le faste et la volupté ? Qui est-ce qui croira les promesses, si nous ne paroissons pas les croire en les annonçant ? Qui est-ce qui se renoncera pour aimer Dieu , si nous paroissons vides de Dieu et idolâtres de nous-mêmes ? Qu'est-ce que pourront nos paroles, si toutes nos actions les démentent ? La parole de vie éternelle ne sera dans notre bouche qu'une vaine déclamation, et les plus saintes cérémonies ne seront qu'un spectacle trompeur. Quoi ï ces hommes si appesantis vers la terre, si insensibles aux dons célestes, si aveuglés, si endurcis, nous croiront-ils, nous écouteront-ils, quand nous ne parlerons que de croix et de mort, s'ils ne découvrent en nous aucune trace de Jésus crucifié ?

Je consens que le pasteur ne dégrade point le prince ; mais je demande aussi que le prince ne fasse point oublier l'humilité du pasteur. Lors même que vous conserverez un certain éclat qui est inséparable de votre dignité temporelle, il faut que vous puissiez dire avec Esther : Seigneur, vous connoissez la nécessité où je suis; vous savez que je hais ce signe d'orgueil et de gloire qui est sur ma tête aux jours de pompe i : vous savez que c'est avec regret que je me vois environnée de cette grandeur, et que je m'étudie à en retrancher tout le superflu, pour soulager les peuples et pour secourir les pauvres.

Souvenez-vous, de plus, que la dignité temporelle ne vous est donnée que pour la spirituelle. C'est pour autoriser le pasteur des âmes que la dignité électorale a été jointe dans l'empire à celle de l'archevêque de Cologne. C'est pour lui faciliter les fonctions pastorales, et pour affermir l'Église catholique, qu'on a attaché à son ministère d'humilité cette puissance si éclatante.

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