‹ De l'existence de Dieu: Lettres sur la religion. Discours pour le sacre de l'électeur de CologneChapitre 117 sur 165 · Ps. Lzzziy · texte numérisé non relu

Ps. Lzzziy

faut pas moins se déûer de ses propres préjugés que des déguisements des parties. 11 faut craindre de se tromper, croire facilement qu'on se trompe, et n'avoir jamais de honte d'avouer qu'on a été trompé. L'élévation, loin de garantir de la tromperie, est précisément ce qui y expose le plus; car plus on est élevé, plus on attire les trompeurs en excitant leur avidité, leur ambition et leur flatterie. Mépriser le conseil d'autrui, c'est porter au dedans de soi le plus téméraire de tous les conseils. Ne sentir pas son besoin, c'est être sans ressource. Le sage, au contraire, agrandit sa sagesse de toute celle qu'il recueille en autrui. Il apprend de tous, pour les instruire tous; il se montre supérieur à tous et à lui-même par cette simplicité. 11 iroit jusqu'aux extrémités de la terre chercher un ami fidèle et désintéressé qui auroit le courage de lui montrer ses fautes. Il n'ignore pas que les inférieurs connoissent mieux le détail que lui, parce qu'ils le voient de plus près, et qu'on le leur déguise moins. « Je ne « puis, disoit saint Cyprien aux prêtres et aux diacres de son

« Église *, répondre seul à ce que nos eomprêtres m'ont

« écrit, parce que j'ai résolu, dès le commencement de mon « épiscopat, de ne rien faire par mon sentiment particulier, sans « votre conseil et sans le consentement du peuple; mais quand « j'arriverai, par la grâce de Dieu, parmi vous, alors nous trai- « terons en commun, comme l'honneur que nous nous devons <( mutuellement le demande, les choses qui sont faites ou qui « sont à faire. » Ne décidez donc jamais d'aucun point de discipline sans une délibération ecclésiastique. Plus les affaires sont importantes, plus il faut les peser en se conûant à un conseil bien choisi, et en se déliant sincèrement de ses propres lumières. Voilù, ô prince, un peuple innombrable que vous allez conduire. Vous devez être au milieu d'eux comme saint Augustin nous dépeint saint Ambroise : il p assoit toute la journée avec les livres sacrées dans ses mains, se livrant à la foule des hommes qui venoient à lui comme au médecin, pour

i. Ep. lxxiv, ad Pomp., pag. 141.

être guéris de leurs maladies spirituelles : quorum infîrmitatibus serviebat *.

Mais ce médecin ne doit-il pas diversifier les remèdes selon les maladies? Oui, sans doute : de là vient qu'il est dit que nous sommes les dispensateurs de la grâce de Dieu, qui prend diverses formes *. Le vrai pasteur ne se borne à aucune conduite particulière : il est doux, il est rigoureux ; il menace, il encourage, il espère, il craint, il corrige, il console; il devient Juif avec les Juifs pour les observations légales; il est avec ceux qui sont sous la loi comme s'il y étoit lui-même; il devient foible avec les foibles; il se fait tout à tous, pour les gagner tous à Jésus-Christ 8 .

heureuse faiblesse du pasteur, qui s'affaiblit tout exprès par pure condescendance, pour se proportionner aux âmes qui manquent de force ! Qui est-ce, dit l'Apôtre *, qui s'affaiblit, sans que je m'affoiblisse avec lui? Qui est-ce qui tombe, sans que mon cœur brûle pour le relever? pasteurs, loin de vous tout cœur rétréci ! Élargissez, élargissez vos entrailles. Vous ne savez rien, si vous ne savez que commander, que reprendre, que corriger, que montrer la lettre de la loi. Soyez pères : ce n'est pas assez; soyez mères : enfantez dans la douleur; souffrez de nouveau les douleurs de l'enfantement, à chaque effort qu'il faudra faire pour achever de former Jésus- Christ dans un cœur. Nous avons été au milieu de vous, disait saint Paul aux fidèles de Thessalonique &, comme des enfants, ou comme une mère qui caresse ses enfants quand elle est nourrice. Attendez sans On, ô pasteur d'Israël; espérez contre l'espérance; imitez la longanimité de Dieu pour les pécheurs; supportez ce que Dieu supporte; conjurez, reprenez en toute patience 6 : il vous sera donné

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