II Tim.j IV
selon la mesure de votre foi. Ne doutez pas que les pierres mêmes ne deviennent enûn des enfants d'Abraham. Vous devez faire comme Dieu, à qui saint Augustin disoit ' : « Vous avez « manié mon cœur, pour le refaire peu à peu par une main si « douce et si miséricordieuse : Paulatim tu, Domine, manu « mitissima et misericordissima pértractans et componens cor « rneum. »
Mais de quoi s'agit-il dans le ministère apostolique? Si vous ne voulez qu'intimider les hommes et les réduire à faire certaines actions extérieures, levez le glaive; chacun tremble, vous êtes obéi.
Voilà une exacte police, mais non pas une sincère religion. Si les hommes ne font que trembler, les démons tremblent autant qu'eux, et haïssent Dieu. Plus vous userez de rigueur et de contrainte, plus vous courrez risque de n'établir qu'un amourpropre masqué, et trompeur. Où seront donc ceux que le Père, cherche et qui l'adorent en esprit et en vérité? Souvenons-nous que le culte de Dieu consiste dans l'amour : Nec colitur. Me, nisi amando *. Pour faire aimer, il faut entrer au fond des cœurs; il faut en avoir la clef; il faut en remuer tous les ressorts; il faut persuader et faire vouloir le bien, de manière qu'on le veuille librement, et indépendamment de la crainte servile. La force peut-elle persuader les hommes? peut-elle leur faire vouloir ce qu'ils ne veulent pas? Ne voit-on pas que les derniers hommes du peuple ne croient ni ne veulent point toujours au gré des plus puissants princes? Chacun se tait, chacun souffre, chacun se déguise, chacun agit et paroît vouloir, chacun flatte, chacun applaudit, mais on ne croit et on n'aime point; au contraire, on hait d'autant plus qu'on supporte plus impatiemment la contrainte qui réduit à faire semblant d'aimer. Nulle puissance humaine ne peut forcer le retranchement impénétrable de la liberté d'un cœur.