LETTRE VI
Qu'il faut chercher la vérité avec simplicité et défiance de soi-même.
Je suis fort ais*, Monsieur, d'apprendre par vous-même avee quelle application vous avez cherché la vérité, malgré vos anciennes préventions. Celte droiture vous attirera de grandes bénédictions. Rien n'est si important que la simplicité et la sincère défiance de son propre esprit. Si chacun étoit ocoupé de la prière, du recueillement, de la charité, du mépris de soi-même et du renoncement à une vaine réputation d'esprit et de science, toutes les disputes seroient bientôt apaisées. Jésus-Christ disoit aux Juifs î « Comment pouvez-vous croire, vous qui recevez la gloire les uns des autres et qui ne cherchez point la gloire qui vient de Dieu seul 1 ? » Il ajoute : « Si quelqu'un veut faire la volonté de celui qui m'a envoyé, il connoîtra, sur la doctrine, si elle est de Dieu ou si je parle de moi-même 1 . » Ainsi ceux qui éblouissent, qui séduisent, qui s'égarent eux-mêmes, ne tombent dans ce malheur que faute de chercher la volonté de Dieu avec un cœur humble et soumis à l'Église ; l'hérésie ne les séduii qu'à cause qu'elle les trouve vains, curieux, présomptueux, dissipés. Il n'y a que le défaut de recueillement et d'abnégation de soi-même qui prépare des hommes contentieux pour former les partis des novateurs et les hérésies. C'est sur ce fondement que saint Cyprien dit 8 : « Que personne ne croie que les bons peuvent se retirer de l'Église. Le vent n'enlève point le bon grain et la
i. JOAN., V, 44.