‹ De l'existence de Dieu: Lettres sur la religion. Discours pour le sacre de l'électeur de CologneChapitre 155 sur 165 · JOD., II · texte numérisé non relu

JOD., II

A. quoi a servi la prétendue réforme des protestants ? Elle ira produit que scandale, que trouble, qu'incertitude, que disputes, qu'indifférence de religion, sous prétexte de tolérance mutuelle, cl enfin qu'irréligion presque dans tout le Nord. Voilà les « nuées sans eau et les arbres déracinés. »

IV. J'avoue que ceux qui ont fait le schisme par orgueil étoient plus coupables que ceux qui ne font que le continuer par les préjugés de l'éducation et par l'entraînement de l'habitude ; mais on ne sauroit trop considérer quel est le principe fondamental de tous les protestants. Us ne se sont séparés de l'ancienne Église qu'en préférant leur propre pensée, sur le texte sacré, à l'autorité de toute l'Église visible. S'ils n'eussent point embrassé ce principe d'indocilité et d'indépendance, ils n'auroient jamais pu faire leur séparation ; ainsi il est essentiel au schisme que chaque schismatique décide ainsi dans son cœur : « Je me sépare de l'ancienne Église pour m'attacher à la nouvelle, non parce que j'attribue à la nouvelle la promesse d'infaillibilité que je ne veux point attribuer à l'ancienne, mais parce (jue je crois qu'aucune Eglise n'a cette promesse d'infaillibilité, et que c'est moi qui dois discerner le sens des livres divins, pour y former moi-même ma foi en les examinant. Les pasteurs peuvent m'aider à entendre ce texte ; mais ils peuvent aussi me tromper, comme l'ancienne Église m'a trompé en se trompant elle-même. Je do's les écouter avec déférence et respect; mais enfin ils ne sont point infaillibles, et la finale décision doit, indépendamment d'eux, venir de l'esprit de Dieu, qui me fera entendre le texte des Écritures. » Voilà précisément ce qui distingue le protestant séparé de l'ancienne Église, d'avec le catholique qui demeure dans son sein. Le catholique forme sa foi par pure autorité ; le protestant forme la sienne par pur examen : l'un ne fait qu'écouter et croire ce que l'autorité décide, l'autre examine et décide lui-même indépendamment de toute autorité. 11 ne pourroit jamais se séparer, s'il ne snpposoit pas qu'il juge mieux que l'Église. Le schisme est donc fonde sur ce jugement téméraire et présomptueux : a J'entends mieux le texte sacré que

l'ancienne Eglise ; et je ne lu quitte que pour interpréter ies saintes Écritures, indépendamment de son autorité : il faut préférer la parole do Dieu à toute autorité humaine. » Ainsi, à proprement parler, chaque protestant fait lui-même son schisme personne! : il ne rejette point l'autorité de l'ancienne Église pour se soumettre aveuglément à l'autorité de la nouvelle ; mais il se rend juge entre ces deux Églises opposées, et il conclut, après un examen d'entière indépendance, pour la nouvelle contre l'ancienne : c'est lui qui, tenant le texte sacré en main, décide, ûxe lui-même sa croyance, choisit une Église, et fait par sa décision son schisme contre celle qu'il rejette. Encore une fois, il faut bien se garder de croire qu'il accorde l'autorité infaillible à la nouvelle Église en la refusant à l'ancienne; c'est ce qui seroit le comble de l'extravagance et du délire. Il exclut également toute autorité infaillible de ces deux Églises, et il se détermine uniquement par sa propre décision sur les Écritures. Si ce particulier vit dans la naissance du schisme, il est lui-même un de ceux qui prononcent le jugement de condamnation contre l'ancienne Église, qui la répudient, et qui décident pour commencer la séparation. Si, au contraire, il ne vient au monde qu'après que le schisme est déjà formé par ses ancêtres, il marche sur leurs traces, et il continue le schisme sur le même principe fondamental par lequel ses ancêtres l'ont annoncé. Cet homme dit dans son cœur : « Je vois clairement que mes ancêtres ont mieux entendu l'Écriture que l'ancienne Église ; je vois qu'ils ont eu raison de s'en séparer. J'adhère à leur séparation comme juste : je la ratifie, je la confirme, je la continue, je la renouvelle autant qu'il est en moi. Si je voyois qu'ils se fussent trompés et que leur séparation fût injuste, je me garderois bien de confirmer leur erreur, leur révolte sacrilège, leur schisme impie. » Ainsi, supposé que l'ancienne Église ait pour ministres les « légitimes successeurs des apôtres, » qui ont seuls le « droit du sacerdoce, p et que cette Église n'établisse jamais « des erreurs damnables ; » qu'en un mot, elle n'impose rien aux fidèles nuisiblement au salut, » il est clair comme le jour que la sépa-

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ration a été injuste, impie et sacrilège. En vérité, un chrétien qui veut aimer Dieu et être fidèle à la vérité peut-il en conscience adhérer à ce schisme, le ratifier, le confirmer, le continuer et le renouveler en sa personne ? Quand on aperçoit le plus grand des maux commis par ses ancêtres, ne doit-on pas le révoquer et le réparer aussitôt? Si on y est obligé pour le plus vil intérêt, à combien plus forte raison y est-on obligé quand il s'agit du corps de Jésus-Christ déchiré, de son épouse rejetée, de la maison de Dieu mise en ruine, et du sacré ministère usurpé sur les « légitimes successeurs des apôtres, qui ont seuls le droit du sacerdoce ! » Quelle excuse peut-on alléguer pour une ratification si impie, si ce n'est que l'ancienne Église a établi des « erreurs damnables, » et qu'elle a « imposé aux fidèles nuisiblement au salut? » Or est-il que, de l'aveu des personnes pieuses et éclairées dont il s'agit ici, elle ne l'a jamais fait. Donc ces personnes ne peuvent jamais en conscience confirmer, ratifier, continuer et renouveler en leurs personnes, par aucun acte, le schisme de leurs ancêtres. Ce schisme est en soi injuste, impie et sacrilège : ils ne pourraient le ratifier par leurs actes, sans autoriser une calomnie atroce contre la vraie Église, qui est leur mère, et la seule légitime épouse du Fils de Dieu. Que doivent-ils donc faire? Dès qu'ils aperçoivent qu'ils mangent l'agneau pascal hors du lieu saint, ils doivent se hâter de retourner sur la sainte montagne, dans le centre de l'unité, pour s'y nourrir du pain descendu du ciel. Dès qu'ils reconnoissent qu'ils sont hors de l'arche, ils doivent y rentrer pour se sauver du déluge. C'est ainsi que les Pères parlent unanimement, c'est ratifier, confirmer, renouveler, perpétuer le schisme, que de ne le pas finir pour soi.

V. Il est vrai qu'un liomme né dans un pays d'où la vraie Église est proscrite par un schisme public a de grandes précautions à garder, quoiqu'il soit pleinement catholique. On le voit par l'exemple des chrétiens de l'ancienne Église, qui cachoient même leur doctrine, pour ne donner aucun avantage aux païens. On le voit aussi par l'exemple des missionnaires,

qui se travestissent en laïques, pour cacher leur caractère et leur religion en Angleterre. Mais voici, ce me semble, à quoi on peut réduire ces ménagements.

1° Un catholique ne peut jamais en conscience faire aucun acte de communion avec une société schismatique, puisqu'elle a rompu elle-même tout lien de communion avec cette ancienne Église qui est « gouvernée par les légitimes successeurs des apôtres, » lesquels ont « seuls le droit du sacerdoce : » ce seroit reconnoître le o droit du sacerdoce » et la légitime administration des sacrements dans une société qui les a usurpés par le schisme ; ce seroit ratifier le schisme,, le continuer personnellement, et faire des actes schismatiques contre sa conscience, pour tromper les hommes. Il est clair que ces actes sont les actes propres du schisme et même de l'hérésie, puisque c'est reconnoître pour sa propre mère une fausse Église qui n'a point le « droit du sacerdoce, » ni par conséquent le ministère pour les sacrements ; c'est même reconnoître les sacrements de cette Église comme véritables, quoiqu'on ne les croie pas tels, puisqu'ils ne contiennent point ce qui est contenu dans les sacrements de la vraie Église, laquelle ne décide rien « nuisiblement au salut. » Par exemple, supposé que l'eucharistie de l'Église catholique contienne véritablement le corps et le sang du Sauveur, la cène des calvinistes, qui ne peut contenir qu'une figure avec une vertu, ne peut point être une véritable et légitime eucharistie. Quiconque y participe fait un acte du schisme et de l'hérésie de cette secte.

2° J'avoue qu'on peut quelquefois, pour de bonnes raisons, aller aux sermons des faux pasteurs d'une société hérétique. C'est ainsi que nos missionnaires mêmes y vont, ou y envoient des émissaires de confiance, pour savoir ce que ces faux pasteurs enseignent et qui mérite d'être réfuté; mais on ne doit jamais, sans de très-fortes raisons, s'exposer à la séduction de ces « discours qui gagnent comme la gangrène *. » On peut encore

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