‹ De l'existence de Dieu: Lettres sur la religion. Discours pour le sacre de l'électeur de CologneChapitre 154 sur 165 · LETTRE VIII · texte numérisé non relu

LETTRE VIII

Sur l'infaillibilité de l'Église et sa perpétuelle visibilité : combien le schisme est criminel devant Dieu : jusqu'à quel point un protestant converti peut dissimuler ses sentiments et s'abstenir des actes extérieurs qui sont en usage parmi les catholiques.

Je vous conjure, Monsieur, d'avoir la bonté de mander les choses suivantes à M. ***.

I. Ses amis font un grand pas, dont je le félicite, et je remercié Dieu. Par exemple, je suis charmé de lire ces paroles : « Dieu a promis, à la vérité, qu'il ne souffriroit jamais que le corps des pasteurs en général établît des erreurs damnables par une loi publique et un décret uniforme. — Nous ne doutons nullement que Dieu ne veille toujours sur l'Église , de manière qu'il ne sera jamais permis à la hiérarchie de rien imposer ara fidèles nuisiblement au salut. — La synagogue n'avoit jamais rien établi par un décret uniforme et universel, contraire à la loi divine. — Ce n'est pas que nous voulions dire, avec les donatistes et les puritains, que l'Église est invisible, et qu'elle ne consiste que des seuls justes élus : nullement. Il y aura toujours sans doute une Eglise visible sur la terre, gouvernée par les légitimes successeurs des apôtres, et qui ont seuls le droit du sacerdoce. » Quiconque pense ainsi, « n'est pas loin du royaume de Dieu, » qui est l'Église catholique : cette Église ne demande que ce qui lui est accordé dans ces'paroles. Voilà une Église qui, selon les promesses, sera toujours visible et « gouvernée par les légitimes successeurs des apôtres. » Voilà une succession non interrompue. Ces successeurs des apôtres ont eux « seuls le droit du sacerdoce : » tout autre ministre est un usurpateur du ministère, « Dieu a promis » que cette Église visible, ou ce

« corps des pasteurs, » n'établira « jamais des erreurs damnables par une loi publique... et qu'il ne sera jamais permis à la hiérarchie de rien imposer aux fidèles nuisiblement au salut. » Qu'y a-t-il de plus consolant, de plus aimable et de plus décisif que cet aveu? Que peut-on craindre dans le sein de cette vériri table mère qui enfante des saints à Jésus-Christ son époux, depuis tant de siècles sans interruption, puisqu'il est promis qu'elle ne décidera jamais rien « nuisiblement au salut » de ses enfants? Il n'y a plus qu'à l'écouter, qu'à la croire, qu'à vivre et qu'à mourir entre ses bras.

II. Les événements répondent aux promesses. Cette Église n'a jamais décidé contre les vérités du culte le plus pur et le plus parfait; elle les a même autorisées dans les écrits de divers saints. Il est vrai qu'elle a condamné dans les derniers temps plusieurs livres qui traitent de la vie intérieure ; mais on doit croire, sans hésiter, qu'elle les a bien condamnés. Leurs principes peuvent être excessifs et mener à l'illusion ; ceux mêmes qui ont été peut-être écrits avec la plus grande pureté d'intention et la plus sincère horreur de tout excès sont sans doute dangereux par leurs expressions, et induisent même en erreur, faute d'être assez mesurés, puisque l'Église les juge tels. Elle ne condamne point le culte parfait; elle ne décide point « nuisiblement au salut, » sa décision ne peut rejeter la vérité. Donc, il n'y à qu'à accepter sa décision avec la plus humble docilité. On ne voit que trop d'écrivains mystiques qui vont trop loin dans leurs expressions, et dont le langage, pris à la lettre, blesse la foi; il y en a même qui suivent leur imagination et leurs fausses expériences pour se croire affranchis des règles générales : on voit en eux l'illusion et le fanatisme. L'Église a raison d'être alarmée; il y a peu de mystiques qui suivent la voie de la pure foi, sans s'arrêter à aucune lumière ni sentiments extraordinaires, pour mourir sans cesse à eux-mêmes dans la simplicité évangélique : ceux qui sont réduits par l'amour-propre sont utilement réprimés par la condamnation de l'Église, et ceux qui ne veulent point être attachés à leur propre sens font un excellent

usage de l'humiliation que l'Église leur donne. D'ailleurs, cette sainte mère ne candamne nullement ce qui est réellement pur, parfait et éloigné de l'illusion.

III. Le schisme ou séparation est, selon le consentement unanime des Pères, le crime le plus énorme. L'époux sacré ne veut qu'une seule épouse. De quel droit en a-t-on fait plusieurs? Il a demandé à son Père que cette épouse fût toujours « une, et consommée en unité. » En vain, pour excuser le schisme, on accuse cette Église d'être adultère et idolâtre : cette accusation est fausse. L'Église n'établira jamais des « erreurs damnables, » elle ne décidera jamais « nuisiblement au salut. » Se séparer d'une mère si innocente, à laquelle « seule » appartient le a droit du sacerdoce, » c'est imiter la révolte impie de Goré, de DaMian et d'Abiron. Saint Paul dit aux fidèles avec douleur : « J'apprends qu'il y a des schismes ou divisions parmi vous *. » Il dit ailleurs : « Qu'il n'y ait point de schismes entre vous 1 . » Il dit encore ces paroles : « Afin qu'il n'y ait point de schismes dans le corps, et que tous les membres conspirent mutuellement pour s'entr'aider les uns les autres... Or vous êtes le corps de Jésus- Christ, et chacun de vous est un de ses membres 8 . » C'est donc déchirer le corps de Jésus-Christ que de diviser son Église. D'un autre côté, saint Jude assure que ceux qui imitent la « révolte de Coré, » c'est-à-dire les schismatiques , « se paissent euxmêmes, sont des nuées sans eau que les vents emportent ça et là ; et des arbres d'automne, sans fruit, doublement morts et déracinés... Ceux-là, dit-il *, se séparent eux-mêmes. » En effet, toutes les sectes séparées de l'ancienne Église sont des rameaux qui, étant coupés et ne recevant plus la nourriture du tronc vivant, tombent, se dessèchent et meurent aussitôt. On n'y trouve plus l'esprit de recueillement, de prière et d'humilité ; tout y est régularité extérieure, critique sévère et hauteur pharisaïque.

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