YlRG. T Eçl. VI, V
DE LA MOTTE A FÉNELON Sur le même sujet.
Parli, 13 décembre 1714.
Monseigneur, le parti en est pris; je me ferai enlever par M. Destouches, dès qu'il voudra bien se charger de moi, et j'irai me livrer aux enchantements de Cambrai. Vous voulez bien m'y promettre de la liberté et de l'amitié. Je profiterai si bien de l'une et de l'autre, que je vous en serai peut-être incommode. Je vous engagerai à parler de toutes les choses que j'ai intérêt d'apprendre ; et je ne rougirai point de vous découvrir toute mon ignorance , puisque l'amitié vous intéresse à m'instruire. Pour l'affaire d'Homère, il me semble, monseigneur, qu'elle est presque vidée entre vous et moi. J'ai prétendu seulement que l'absurdité du paganisme, la grossièreté de son siècle et le défaut de philosophie, lui avoient fait faire bien des fautes ; vous en convenez, et je conviens aussi avec vous que ces fautes sont celles de son temps et non pas les siennes. Vous adoptez encore le jugement que saint Augustin porte d'Homère. Il dit de ce poète qu'il est très-agréablement frivole : le frivole tombe sur les choses , l'agréable tombe en partie sur l'expression ; et puisque mes censures ne s'étendent jamais qu'aux choses, me voilà d'accord avec saint Augustin et avec vous. Mais, monseigneur, comme une douce dispute est l'âme de la conversation, je m'attends bien, quand j'aurai l'honneur de m'entretenir avec vous, 'à réveiller là-dessus de petites querelles. Je von<* dirai, par
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exemple, qu'Homère a eu tort de donner à un homme aussi vicieux qu'Achille des qualités si brillantes, qu'on l'admire plus qu'on ne le hait. C'est, à mon avis, tendre un piège à la vertu de ses lecteurs, que de les intéresser pour des méchants. Vous me répondrez, j'insisterai; les choses s'éclairciront, et je prévois avec plaisir que je finirai toujours par me rendre. Nous passerons de là aux matières plus importantes. La raison me parlera par votre bouche, et vous connoîtrez à mon intention si je l'aime. Voilà l'enchantement que je me promets , et malheur à qui me viendra désenchanter !
Je suis, monseigneur, avec tous les sentiments que vous me connoissez, etc.
JUGEMENT DE FENELON