‹ De l'existence de Dieu: Lettres sur la religion. Discours pour le sacre de l'électeur de CologneChapitre 31 sur 165 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

en chaque atome mille mondes nouveaux et invisibles. Elle ne pourra pas nous figurer sans cesse de nouvelles découvertes dans les petits corps : elle se lassera; il faudra qu'elle s'arrête, qu'elle succombe et qu'elle laisse enfin dans le plus petit organe d'un ciron mille merveilles inconnues.

Renfermons-nous dans la machine de l'animal : elle a trois choses qui ne peuvent être trop admirées : 4° elle a en ellemême de quoi se défendre contre ceux qui l'attaquent pour la détruire; 2° elle a de quoi se renouveler par la nourriture; 3° elle a de quoi perpétuer son espèce par la génération. Examinons un peu ces trois choses.

1° Les animaux ont ce qu'on nomme un instinct, pour s'approcher des objets utiles et pour fuir ceux qui peuvent leur nuire. Ne cherchons point en quoi consiste cet instinct; conleutons-nous du simple fait, sans raisonner. Le petit agneau sent de loin sa mère et court au-devant d'elle. Le mouton es saisi d'horreur aux approches du loup et s'enfuit avant qu> d'avoir pu le discerner. Le chien de chasse est presque infaillible pour découvrir par la seule odeur le chemin du cerf. Il y a dans chaque animal un ressort impétueux qui rassemble tout à coup les esprits , qui tend tous les nerfs , qui rend toutes lel jointures plus souples, qui augmente d'une manière incroyable^ dans les périls soudains, la force, l'agilité, la vitesse et les ruses, pour fuir l'objet qui le menace de sa perte. Il n'est pas question ici de savoir si les bêtes ont de la connoissance : je ne prétend»* entrer en aucune question de philosophie. Les mouvements dont je parle sont entièrement indélibérés, même dans la machine de l'homme. Si un homme qui danse sur la corde raisonnoit sur les règles de l'équilibre , son raisonnement lui feroit perdre l'équilibre qu'il garde merveilleusement sans raisonner, et sa raison ne lui serviroit qu'à tomber par terre. Il en est de même des bêtes. Dites, si vous voulez, qu'elles raisonnent comme les hommes : en le disant, vous n'aflbiblissez en rien ma preuve. Leur raisonnement ne peut jamais servir a expliquer les mouvements que nous admirons le plus en elles. Dira-t-on qu'elles

2fr DE L'ËXlSÏENCE DE DlEtU

savent les plus fines règles dé la mécanique, qu'elles observent avec une justesse si parfaite quand il est question de courir, dé sauter, de nager, de se cacher, de se replier, de dérober leur piste aux chiens ou de se servir de la partie la plus forte de leur corps pour se défendre? Dira-t-on qu'elles savent naturellement les mathématiques, que les hommes ignorent? Oserat-on dire qu'elles font avec délibération et avec science tous ces mouvements si impétueux et si justes, que les hommes mêmes font sans étude et sans y penser? Leur donnera-t-on de la raison dans ces mouvements mêmes où il est certain que l'homme n'en a pas ?

C'est l'instinct, dirâ-t-ôn, qui conduit les bêtes. Je le veux; c'est en effet un instinct; mais cet instinct est une sagacité et une dextérité admirable, iion dans la bête, qui ne raisonne ni ne peut avoir alors le loisir de raisonner, mais dans la sagesse supérieure qui la conduit. Cet instinct ou cette sagesse qui pense et veille pour la bête, dans les choses indélibérées où elle ne pourroit ni veiller ni penser, quand même elle seroit aussi raisonnable que nous, ne peut être que la sagesse de l'ouvrier qui a fait cette machine. Qu'on ne parle donc plus d'instinct ni de nature : ces noms ne sont que de beaux noms dans la bouche de ceux qui les prononcent. Il y a dans ce qu'ils appellent nature et instinct un art et une industrie supérieure dont l'invention humaine n'est que l'ombre. Ce qui est indubitable, c'est qu'il y a dans les bêtes un nombre prodigieux de mouvements entièrement indélibérés , qui sont exécutés selon les plus fines règles de la mécanique. C'est la machine seule qui suit ces règles. Voilà le fait indépendant de toute philosophie, et le fatt seul décide.

Que penseroit*on d'une montre qui fuiroit à propos, qui s( replieroit, se détendroit et échapperait, pour se conserver, quand on voudroit la rompre? N'admireroit-on pas l'art de l'ouvrier? Croiroit-on que les ressorts de cette montre se seroient formés, proportionnés, arrangés et unis par un pur hasard? Croiroit-on avoir expliqué nettement ces opérations si indus-

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