PREMIÈRE PARTIE
HiDc pecudes, arment*, viros, gênas omne feraram. Quemque sibi tenues nafcentem arcessere vitas : Scilicet hue reddi deinde ac résolu ta referri Omnia : nec morli esse locum; sed vira volare Sideris in munerum, atque alto succedere cœlo.
(Vibg. , Georg. , lit». IV.)
Cette sagesse divine, qui meut toutes les parties connues du monde, avoit tellement frappé les stoïciens, et avant eux Platon, qu'ils croyoient que le monde entier étoit un animal ; mais un animal raisonnable, philosophe, sage, enfin le Dieu suprême. Cette philosophie réduisoit la multitude des dieux à un seul, et ce seul dieu à la nature, qui étoit éternelle, infaillible, intelligente, toute-puissante et divine. Ainsi les philosophes, à force de s'éloigner des poètes, retomboient dans toutes les imaginations poétiques. Ils donnaient, comme les auteurs des fables, une vie, une intelligence, un art, un dessein, à toutes les parties de l'univers qui paroissent le plus inanimées. Sans doute ils avoient bien senti l'art qui est dans la nature, et ils ne se trompoient qu'en attribuant à l'ouvrage l'industrie de l'ouvrier.
Ne nous arrêtons pas davantage aux animaux inférieurs à l'homme : il est temps d'étudier le fond de l'homme même, pour découvrir en lui celui dont on dit qu'il est l'image. Je ne eonnois dans toute la nature que deux sortes d'êtres : ceux qui ont de la connoissance, et ceux qui n'en ont pas. L'homme rassemble on lui ces deux manières d'être : il a un corps comme les êtres corporels les plus inanimés; il a un esprit, c'est-à-dire une pensée par laquelle il se connoît, et aperçoit ce qui est autour de lui. S'il est vrai qu'il y ait un premier être qui ait tiré tous le& autres du néant, l'homme est véritablement son image ; car il rassemble comme lui, dans sa nature, tout ce qu'il y a de perfection réelle dans ces deux diverses manières d'être : mais l'image n'est qu'une image ; elle ne peut être qu'une ombre du véritable être parfait.
Commençons l'étude de l'homme par la considération de son corps. Je ne sais, disoit une mère à ses enfants, dans l'Écriture
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sainte 1 , comment vous vous êk ; formés dans mon sein. En effet, ce n'est point la sagesse <k ; parents qui forme un ouvrage si composé et si régulier ; ils n'oat aucune part à cette industrie. Laissons-les donc, et remontons plus haut.
Ce corps est pétri de boue, mais admirons la main qui Ta façonné. Le sceau de l'ouvrier est empreint sur son ouvrage ; il semble avoir pris plaisir à faire un chef-d'œuvre avec une matière si vile. Jetons les yeux sur ce corps, où les os soutiennent les chairs qui les enveloppent : les nerfs qui y sont tendus en font toute la force, et les muscles, où les nerfs s'entrelacent, en s'enflaut ou en s' allongeant, font les mouvements les plus justes et les plus réguliers. Les os sont brisés de distance en distance; ils ont des jointures où ils s'emboîtent les uns dans les autres, et ils sont liés par des nerfs et par des tendons. Cicéron admire avec raison le bel artifice qui lie ces os 1 . Qu'y a-t-il de plus souple pour tous les divers mouvements? Mais qu'y a-t-il de plus ferme et de plus durable? Après même qu'un corps est mort, et que ses parties sont séparées par la corruption, on voit encore ces jointures et ces liaisons qui ne peuvent qu'à peine se détruire. Ainsi cette machine est droite ou repliée, roide ou souple, comme Ton veut. Du cerveau, qui est la source de tous les nerfs, partent les esprits. Ils sont si subtils, qu'on ne peut les voir, et néanmoins si réels et d'une action si forte, qu'ils font tous les mouvements de la machine et toute sa force. Ces esprits sont en un instant envoyés jusqu'aux extrémités des membres : tantôt ils coulent doucement et avec uniformité; tantôt ils ont, selon les besoins, une impétuosité irrégulière ; et ils varient à l'infini les postures, les gestes et les autres actions du corps.
Regardons cette chair : elle est couverte, en certains endroits, d'une peau tendre et délicate, pour l'ornement du corps. Si cette peau, qui rend l'objet si agréable et d'un si doux coloris, étoit