‹ De l'existence de Dieu: Lettres sur la religion. Discours pour le sacre de l'électeur de CologneChapitre 34 sur 165 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

suit seulement que cette machine n'a point une raison sans bornes. Mais enfin le fait est constant, savoir, qu'il y a dans les opérations de cette machine une conduite réglée, un art merveilleux, une industrie qui va jusqu'à l'infaillibilité dans certaines choses. A qui la donnerons-nous, cette industrie infaillible? à l'ouvrage ou, à son ouvrier?

Si vous dites que les bêles ont des âmes différentes de leurs machines, je vous demanderai aussitôt : De quelle nature sont ces âmes entièrement différentes des corps et attachées à eux? Qui est-ce qui a su les attacher à dès natures si différentes? Qui est-ce qui a eu un empire si absolu sur des natures si diverses, pour les mettre dans une société si intime, si régulière, si constante et où la correspondance est si prompte ?

Si, au contraire, vous voulez que la même matière puisse tantôt penser et tantôt ne penser pas, suivant les divers arrangements et configurations de parties qu'on peut lui donner, je ne vous dirai point ici que la matière ne peut penser et qu'on ne saurait concevoir que les parties d'une pierre puissent jamais , sans y rien ajouter, se connoître elles-mêmes, quelque degré de mouvement et quelque figure que vous leur donniez : maintenant je me borne à vous demander en quoi consistent cet arrangement et cette configuration précise des parties que vous alléguez. Il faut, selon vous, qu'il y ait un certain degré de mouvement où la matière ne raisonne pas encore, et puis un autre à peu près semblable où elle commence tout à coup à raisonner et à se connoître. Qui est-ce qui a su choisir ce degré précis de mouvement? Qui est-ce qui a découvert la ligne selon laquelle les parties doivent se mouvoir? Qui est-ce qui a pris les mesures pour trouver au juste la grandeur et la figure que chaque partie a besoin d'avoir, pour garder toutes les proportions entre elles dans ce tout? Qui est-ce qui a réglé la figure extérieure par laquelle tous ces corps doivent être bornés? En un mot, qui est-ce qui a trouvé toutes les combinaisons dans lesquelles la matière pense, et dont la moindre ne pourroit être retranchée sans que la matière cessât aussitôt de penser ? Si vous dites que c'est le

Jias^rd, je réponds que vous faites le hasard raisonnable jusqu'au point d'être la source de la raisou même. Étrange prévention, de ne vouloir pas reconnoître une cause très-intelligente, d'où nous vient toute intelligence, et d'aimer mieux dire que la plus pure raison n'est qu'un effet de la plus aveugle de toutes les causes dans un sujet tel que la matière, qui par lui-même est incapable de connoissance ! En vérité, jl n'y a rien qu'il ne vaille jnieux admettre que de dire des chose* si insoutenables,

La philosophie des anciens, quoique très-imparfaite, a voit néanmoins entrevu cet inconvénient; aussi vouloit-elle que l'es? prft divin, répandu dans tout l'univers, fût une sagesse supérieure qui agit sans cesse dans la nature, et surtout dans les animaux, comme les âmes agissent dans les corps, et que nette impression continuelle de l'esprit divin, que le vulgaire nomme instinct, sans entendre le vrai sens de ce terme , fût la vie de tout ce qui vit, Us ajoutaient que ces étincelles de l'esprit divin étoient le principe de toutes les. générations ; que les animaux les recevaient dans, leur conception et à leur naissance, et qu'au moment de leur mort ces particules divines se détachoient de toute la matière terrestre, pour s'envoler au ciel, où elles fûu.t (oient au nombre des astres. C'est cette philosophie, tout enr semble si magnifique et si fabuleuse , que Virgile exprime avec tant de grâce par ces vers sur les abeilles, où il dit que toutes les merveilles qu'on y admire ont fait dire à plusieurs qu'elles étoient animées par un souftle divin et par une portion de la Divinité; dans la persuasion où ils étoient que Dieu remplit la terre, la nier et le ciel; que c'est de là que les bêtes, les troupeaux et les hommes reçoivent la vie en naissant, et que c'est là que toutes choses rentrent et retournent lorsqu'elles viennent à se détruire; parce que les âmes, qui sont le principe de la vie, loin d'être anéanties par la mort, s'envolent au nombre des astres, et vont établir leur demeure dans le ciel :

Esse apibus partem divins mentis , et haustus JEtherios, dixeiv : deum namque ire per oranes Terrasque, tractusqne maris , cœlumque profundnni ;

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