PREMIÈRE PARTIE
reçoivent au-dessus d'elles le dois d'une charpente avec les tuiles, pour mettre l'ouvrage à couvert? Les enfants mêmes qui bégayent encore riroient si on leur proposoit sérieusement cette fable.
Mais pourquoi riroit-on moins d'entendre que le monde s'est fait de lui-même comme cette maison fabuleuse? Il ne s'agit pas de comparer le inonde aune caverne informe qu'on suppose faite par le hasard; il s'agit de le comparer à une maison où éclateroit la plus parfaite architecture. Le moindre animal est d'une structure et d'un art infiniment plus admirable que la plus belle de toutes les maisons.
Un voyageur entrant dans le Saïde, qui est le pays de l'ancienne Thèbes à cent portes, et qui est maintenant désert, y trouveroit des colonnes, des pyramides, des obélisques avec des inscriptions en caractères inconnus. Diroit-il aussitôt : Les hommes n'ont jamais habité ces lieux, aucune main d'homme n'a travaillé ici; c'est le hasard qui a formé ces colonnes, qui les a posées sur leurs piédestaux et qui les a couronnées de leurs chapiteaux avec des proportions si justes; c'est le hasard qui a lié si solidement les morceaux dont ces pyramides sont composées; c'est le hasard qui a taillé ces obélisques d'une seulç pierre et qui y a gravé tous ces caractères ? Ne diroit-il pas au contraire, avec toute la certitude dont l'esprit des hommes est capable : Ces magnifiques débris sont les restes d'une architecture majestueuse qui florissoit dans l'ancienne Egypte?
Voilà ce que la simple raison fait dire au premier coup d'oeil et sans avoir besoin de raisonner. Il en est de même du premier coup d'oeil jeté sur l'univers. On peut s'embrouiller soi-même après coup par de vains raisonnements pour obscurcir ce qu'il y a de plus clair; mais le simple coup d'œilest décisif. Un ouvrage tel que le monde ne se fait jamais de lui-même : les os, les tendons, les veines, les artères, les nerfs, les muscles qui composent, le corps de l'homme, ont plus d'art et de proportion que toute l'architecture des anciens Grecs et Égyptiens. L'oeil du moindre ' animal surpasse la mécanique de tous les artisans ensemble. Si
to DE L'BHSTENCË DE DIEU
cm trouvoit nne montre dans les sables d'Afrique, on n'oseroit dire sérieusement que le hasard Ta formée dans ces lieux éserts; et on n'a point de honte de dire que les corps des animaux, à l'art desquels nulle montre ne peut jamais être comparte, sont des caprices du hasard!
Je n'ignore pas un raisonnement que les épicuriens peuvent faire. Les atomes, diront-ils, ont un mouvement éternel; leur concours fortuit doit avoir déjà épuisé, dans cette éternité, des combinaisons infinie». Qui dit l'infini dit quelque chose qui comprend tout sans exception. Parmi oea combinaisons infinies des atomes qui sont déjà arrivées successivement, il faut nécessairement qu'on y trouve toutes celles qui sont possibles. S'il y en avôit une seule de possible au delà de celles qui sont contenues dans cet infini, il ne seroit plus un iniini véritable, parce qu'on pourrait y ajouter quelque Chose, et que ce qui peut être augmenté, ayant Une borne par lé côté susceptible d'aCcroisse* theht, n'est point véritablement infini. 11 faut donc que la combinaison des atomes, qui fait le système présent du monde, soit Une des combinaisons que les atomes ont eues successivement. Ce principe étant posé, faUUil s'étonner que le monde soit tel qu'il est? 11 a dû prendre cette forme précise un peu plus tôt ou Un peu plus tard. H falloit bien qu'il parvînt, dans quelqu'un de Ces changements infinis, à cette combinaison qui le rend aujourd'hui si régulier, puisqu'il doit avoir déjà eu tour à tour toutes les combinaisons concevables. Dans le total de l'éternité sont renfermés toUs les systèmes : il n'y en a aucun que le concours des atonies ne forme et n'embrasse tôt ou tard. Dans cette variété infinie de nouveaux spectacles de la nature, celui-ci a été formé en son rang : il â trouvé place à son tour. Nous nous trouvons actuellement dans ce système. Le concours des atomes qui l'a fait le défera ensuite, pour ëh faire d'autres à l'infini de toutes les espèces possibles. Ce système ne pouvoit manquer de trOUVeï sa place, puisque tous, sans exception, doivent trouver ta leur chacun à sort toiif . C'est en vain qu'on cherclie un art chimérique dans un ouvrage que le hasard à dû faire tel qu'il est.