‹ De l'existence de Dieu: Lettres sur la religion. Discours pour le sacre de l'électeur de CologneChapitre 69 sur 165 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Tous les mouvements des corps doivent donc, suivant ce système, se taire par des lois constantes, nécessaires et immuables. La ligne droite doit donc être essentielle à tous les atomes qui ne sont pas détournés par d'autres atomes. La ligue droite doit être essentielle, ou de bas en haut, ou de haut en bas, ou de droite à gauche, ou de gauche à droite, ou de quelque sens de diagonale qui soit précis ou immuable. D'ailleurs il est évident que nul atome ne peut être détourné par un autre ; car cet autre atome porte aussi dans son essence la même détermination invincible et éternelle à suivre la ligne directe dans le même sens. D'où il s'ensuit que tous les atomes, d'abord posés sur différentes lignes, doivent parcourir à l'infini ces mêmes lignes parallèles sans s'approcher jamais, et que ceux qui sont dans la même ligne doivent se suivre les uns les autres à l'infini sans pouvoir s'attraper. Le cUnamen, comme nous l'avons déjà dit, est manifestement impossible; mais supposant, contre la vérité évidente, qu'il soit possible, il faudroit alors dire que le clinamen n'est pas moins nécessaire, immuable et essentiel aux atomes que la ligne droite. Dira-t-on qu'une loi essentielle et immuable du mouvement local des atomes explique la véritable liberté de l'homme? Ne voit-on pas que le clinamen ne peut pas mieux l'expliquer que la ligne directe même ? Le clinamen, s'il ctoit vrai, seroit aussi nécessaire que la ligne perpendiculaire, pur laquelle une pierre tombe du haut d'une tour dans la rue. Cette pierre est-elle libre dans sa chute ? La volonté de l'homme, selon le principe du clinamen, ne l'est pas davantage. Est-ce ainsi qu'on explique la liberté? est-ce ainsi que l'homme ose démentir son propre cœur sur son libre arbitre, de peur de reconnaître son Dieu? D'un côté, dire que la liberté de l'homme est imaginaire, c'?st étouffer la voix et le sentiment de toute la nature ; c'est se démentir sans pudeur; c'est nier ce qu'on porte de plus certain au fond de soimême; c'est vouloir réduire un homme à croire qu'il ne peut jamais choisir entre les deux partis sur lesquels il délibère de bonne foi en toute occasion. Rien n'est plus glorieux à la religion que de voir qu'il faille tomber dans des excès si monstrueux,

dès qu'on veut révoquer en doute ce qu'elle enseigne. D'un autre côté, avouer que l'homme est véritablement libre, c'est reconnoître en lui un principe qui ne peut jamais être expliqué sérieusement par les combinaisons d'atomes et par les lois du mouvement local, qu'on doit supposer toutes également nécessaires et essentielles à la matière, dès qu'on nie le premier moteur. Il faut donc sortir de toute l'enceinte de la matière et chercher loin des atomes combinés quelque principe incorporel, pour expliquer le libre arbitre, dès qu'on l'admet de bonne foi. Tout ce qui est matière et atomes ne se meut que par des lois nécessaires, immuables et invincibles. La liberté ne peut donc se trouver ni dans les corps ni dans aucun mouvement local ; il faut donc la chercher dans quelque être incorporel. Cet être incorporel, qui doit se trouver en moi uni à mon corps, quelle main Fa attaché et assujetti aux organes de cette machine corporelle? Où est l'ouvrier qui lie des natures si différentes? Ne faut-il pas une puissance supérieure aux corps et aux esprits, pour les tenir dans cette union avec un empire si absolu?

Deux atomes crochus, dit un épicurien, s'accrochent ensemble. Tout cela est faux, selon mon système ; car j'ai prouvé que ces deux atomes crochus ne s'accrochent jamais, faute de se rencontrer. Mais enfin, après avoir supposé que deux atomes crochus s'unissent en s'accrochant, il faudra que l'épicurien avoue que l'être pensant qui est libre dans ses opérations, et qui par conséquent n'est point un amas d'atomes toujours mus par des lois nécessaires, est incorporel, et qu'il n'a pu s'accrocher par sa figure au corps qu'il anime. Ainsi l'épicurien, de quelque côté qu'il se tourne,, renverse de ses propres mains son système. Mais gar* rïons-nous bien de vouloir confondre les hommes qui se trompent, quisque nous sommes hommes comme eux, et aussi capables de nous tromper : plaignons- les; ne songeons qu'à lés éclairer avec patience, qu'à les édifier, qu'à prier pour eux et qu'à conclure en faveur d'une vérité évidente;

Tout porte donc la marque divine de l'univers : les cieux, la terre, les plantes, les animaux et les hommes plus que tout le

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