XI. Dieu, en faisant l'homme libre, lui a donné un merveil
leux trait de ressemblance avec la Divinité, dont il est l'image. C'est une merveilleuse puissance dans l'être dépendant et créé, que sa dépendance n'empêche point sa liberté, et qu'il puisse se modifier comme il lui plaît. Il se fait bon ou mauvais, à son choix; il tourne sa volonté vers le bien ou vers le mal, et il est, comme Dieu, maître de son opération intime ; il a même, comme Dieu,, un mélange de liberté pour certains biens, et de nécessité pour d'autres. Gomme Dieu est nécessité de s'aimer et de n'aimer jamais que le bien, l'homme ne peut aimer que ce qui a quelque degré de bien ; et il aime Dieu nécessairement, dès qu'il le connoît en pleine évidence. D'un autre côté, Dieu, infiniment supérieur à tout bien distingué de lui, se trouve, par cette supériorité infinie, pleinement libre de choisir tout ce qui lui plaît entre tous ces biens subalternes, lesquels, quoique inégaux entre eux, ont une espèce d'égalité en ce qu'ils sont infiniment inférieurs à l'Être suprême. Ainsi aucun d'eux n'est assez parfait pour déterminer Dieu, et chacun d'eux le laisse à sa propre détermination. L'homme a quelque chose de cette liberté. Aucun des biens qu'il connoît ici-bas ne surmonte sa volonté; aucun ne le détermine invinciblement; tous le laissent à sa propre détermination. Il est à lui, il délibère, il décide, et il a un empire suprême sur son propre vouloir. Il est certain qu'il y a dans cet empire sur soi un caractère de ressemblance avec la Divinité qui étonne. Ce trait de ressemblance est digne de la complaisance de celui qui doit à soi-même de faire tout pour soi.
XII. N'est-il pas digne de Dieu qu'il mette l'homme, par cette liberté, en état de mériter? Qu'y a-t-il de plus grand pour une créature que le mérite? Le mérite est un bien qu'on se donne par son choix, et qui rend l'homme digne d'autres biens d'un ordre supérieur. Par le mérite l'homme s'élève, s'accroît, se perfectionne, et engage Dieu à lui donner de nouveaux biens proportionnés, qu'on nomme récompense. N'est-il pas bien beau, et digne de l'ordre, que Dieu n'ait voulu lui donner la béatitude qu'après la lui avoir fait mériter? Cette succession de degrés par où l'homme monte n'est-elle pas convenable à la sagesse
de Dieu, et propre à embellir son ouvrage? Il est vrai qu< l'homme ne peut point mériter sans être capable de démériter mais ce n'est point pour procurer le démérite que Dieu donne la liberté; il ne la donne qu'en faveur du mérite j et c'est pouj lç mérite, qui est son unique fin, qu'il souffre le démérite auque ,1a liberté expose l'homme. C'est contre l'intention de Dieu, e malgré son secoure, que l'homme fait un mauvais usage d'ui don ai excellent, et si propre h le perfectionner,
XIII, Dieu, eu donnant la liberté h l'homme, a voulu tm éclater sa bonté* sa magnificence et sou amour; eu sorti néanmoins que si l'homme, contre son intention, abuaoit <h eette liberté pour sortir de Tordre en péchant, Pieu le ferai rentrer dans l'ordre d'une autre façon, par le châtiment de soc péché. Ainsi, toutes les volontés août soumises h Tordre i ta unes, en l'aimant, et en persévérant dans cet amour; les sutivs, en y rentrant par le repentir de leurs égarements; les autre*, par le juste châtiment de leur impénitente finale. Ainsi Tordra prévaut en tous les hommes; il est inviolablement conservé daw les innocents, réparé dans les pécheurs convertis, et vengé pai une éternelle justice, qui est elle-même Tordre souverain, dam les pécheurs impénitents. Qu'il est glorieux à cette sagesse & tirer ainsi le bien du mal môme, et de tourner le mal en hien! En permettant le mal, Dieu ne le fait pas, Tout ce qui est dt lui dans son ouvrage demeure digne de lui i mais il souffre que son ouvrage, qui est toujours infiniment imparfait en soi puisse diminuer le degré de bonté qu'il ; avait mis. Il souffre qu'il défaille un peu, pour avoir la gloire de le réparer par st miséricorde, ou de le punir par sa justice, s'il méprise oette miséricorde offerte. Qu'il est beau à Dieu de glorifier ainsi oei deux diverses parties de son ordre et de sa bonté 1 L'une est & récompenser le bien; l'autre est de punir le mal. S'il n'eût pas fait l'homme libre, il n'eût pu faire éclater ni sa miséricorde ni sa justice; il n'auroit pu récompenser le mérite, ni punir U démérite, ni convertir l'homme égaré. U se devoit en quelque façon ces différents genres de gloire. Il se les donne sans bleaseï
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sa bonté, qui ne manque à nul homme. Faut-il s'étonner qu'il se doive glorifier en tant de façons? Sixm regarde la profondeur du conseil de Dieu dans la permission du péché, on n'y trouve rien d'injuste pour l'homme, puisqu'il ne souffre son égarement qu'en lui donnant tous les seeours nécessaires pour ne s'égare? jamais. Si on regarde cette permission par rapport à Dieu même, elle n'a rien qui altère son ordre et sa bonté» puisqu'il ne fait que souffrir ce qu'il ne fait ni ne procure. Il oppose au péché tous tes secours de la raison et de la grâce, Il ne reste que sa seule toute-puissance absolue qu'il n'y oppose pas» parce qu'il ne veut point violer le libre arbitre qu'il a laissé à l'homme en faveur du mérite; et ce qui échappe à Tordre du côté de la bonté et de la récompense y rentre en même temps du côté de la justice et du châtiment. Ainsi l'ordre, qui a deux parties essentielles, subsiste inviolablement par cette alternative de la miséricorde ou de la justice à laquelle chacun doit appartenir.
Que peut-on donc conclure sur les trois questions proposées?
L'être infiniment parfait nous a. créés pour lui» c'est-à-dire ejn que nous soyons occupés de son admiration» de sa louange Bt de son amour. Voilà son culte. Les signes qu'on en donne au dehors sont nécessaires pour annoncer ce culte à ceux qui ne l'ont pas; pour l'affermir et le perfectionner dans ceux qui l'ont déjà imparfaitement, et pour le rendre uniforme en tous, puisque tous doivent être réunis dans cette adoration publique.
L'ftme est immortelle, puisqu'elle n'a aucune cause de destruction en soi, et que Dieu n'anéantit aucun être, jusqu'au moindre atome, et qu'il nous promet la vie éternelle.
Le libre arbitre est incontestable. Ceux qui le nient n'ont pas besoin d'être réfutés, car ils se démentent eux-mêmes. Il faut ou le supposer sans cesse , ou renoncer à la raison et ne vivre pas en homme. Ce que la nature nous persuade invinciblement nous est encore certifié par l'autorité de Dieu parlant dans les Écritures. Que tardons-nous à croire? D'où vient que l'homme, si crédule pour tout ce qui flatte son orgueil et ses passions, cherche tant de chicanes contre ces vérités, qui devroient le
combler de consolation ? L'homme craint de trouver un Di< infiniment bon, qui veuille son amour, et qui exige de 1 une société qui le rend bienheureux. Il craint de trouver qi son âme ne mourra point avec son corps, et qu'après cet courte et malheureuse vie Dieu lui prépare une vie céleste sai fin. Il craint de trouver un Dieu qui le laisse maître de son so pour le rendre heureux par sa vertu ou malheureux par se vice, et qui veuille être servi par des volontés libres. D'où viei une crainte si dénaturée, et une incrédulité si contraire à toi nos plus grands intérêts? C'est que F amour-propre est un amoi fou, un amour extravagant, un amour égaré qui se trahit lui même. On craint beaucoup plus de gêner un peu ses passions < sa vanité, pendant le petit nombre de jours qui nous soi comptés ici-bas, que de perdre le bien infini, que de renonce à une vie éternelle, que de se précipiter dans un éternel déses poir. Que doit-on attendre des raisonnements d'un esprit si nu lade et si ombrageux contre toute guérison? Voudroit-on écoute sérieusement un homme qui seroit, en toute autre matière dans des préjugés si incurables contre son véritable bien? Il n* a qu'un seul remède à tant de maux, qui est que l'homm rentre au fond de son cœur, non pour s'y posséder soi-même mais pour s'y laisser posséder de Dieu; qu'il le prie, qu'i l'écoute, qu'il se défie de soi, qu'il se confie à lui, qu'il condamn son orgueil, qu'il demande du secours dans sa foiblesse pou réprimer toutes ses passions, et qu'il reconnoisse que l'amour propre étant la plaie de son cœur, il ne peut trouver la sant et la paix que dans l'amour de Dieu.