‹ De l'existence de Dieu: Lettres sur la religion. Discours pour le sacre de l'électeur de CologneChapitre 95 sur 165 · JUIVE · texte numérisé non relu

JUIVE

Comme je sais que vous lisez Abbadie sur la vérité de li religion, je ne puis m'empêcher de vous proposer quelques ré flexions sur cette matière. Je vous supplie de les bien peser

Dieu a fait toutes choses pour lui. Il ne peut jamais riei devoir qu'à lui seul, et il se doit tout. Tous les êtres sam

intelligence ne se meuvent que suivant les règles du mouvement qu'il leur a données. Tous ces êtres sont dans sa main, et obéissent, pour ainsi dire, à sa Voix toute-puissante : il n'ont ni être ni mouvement que par lui seul. Mais il a fait d'autres êtres, qui sont intelligents et qui ont une volonté. Ces êtres, qui commissent et qui veulent, n'appartiennent-ils pas autant au Créateur que les autres? lui doivent-ils moins? peut-il moins sur eux? ne les a-t-il pas faits pour lui-même aussi bien que les autres? ne doit-il pas; régler selon son bon plaisir toutes leurs pensées et toutes leurs volontés, comme il règle les mouvements des corps? n'a-t-il pas créé les êtres capables de reconnoissance et d'amour, afin qu'ils connoissent et qu'ils aiment sa vérité et sa bonté infinie ? Le rapport de la créature au Créateur est la fin essentielle de la création; car Dieu se doit tout à lui-même, et il n'a pu rien créer que pour lui. Ce rapport est ce que nous appelons sa gloire. Ce rapport est différent suivant les différentes natures des êtres. Dieu rapporte à soi-même, par sa propre volonté, -les êtres qui n'ont pas une volonté propre pour s'y rapporter euxmêmes librement. Voilà le genre le moins noble des créatures; mais pour le genre supérieur des êtres intelligents, comme ils sont libres et voûtants, Dieu les rapporte à soi, en exigeant d'eux qu'il s'y rapportent eux-mêmes volontairement. Le rapport de la matière, c'est d'être souple et, pour ainsi dire, patiente dans les mains de Dieu, pour toutes les figures et pour tous les mouvements qu'il lui plaît de lui donner; car le rapport d'une créature au Créateur suit toujours la nature de cette créature même. La matière ne peut avoir que des figures et des mouvements; elle ne peut donner à Dieu que ce qui est en elle, c'està-dire des mouvements et des figures : encore même ne peutelle pas les lui donner; elle les lui laisse prendre. C'est lui qui se donne lui-même à lui-même tout ce qu'il veut dans ces êtres inanimés; mais pour les êtres intelligents et voulants, qui sont d'un ordre bien supérieur, il ne fait rien en eux qu'il ne leur fasse vouloir avec lui : le vouloir est en eux ce que le mouvoir est dans la matière. Gomme Dieu, cause de tout ce qui est bon,

donne le mouvoir aux êtres mobiles, il donne le vouloir tu êtres voulants : il leur donne un vouloir libre, quoique dépendant de lui. Tout ce qui est donc est essentiellement dépendant} une liberté donnée est donc une liberté essentiellement dépendante. Cette liberté n'a donc rien de commun avec l'indépea* dance : c'est une liberté subordonnée d'un être qui n'a ries en aucun genre par soi. En cet état, l'être libre et voulant doit se regarder sans cesse comme un demi- néant; coton* un don toujours passager, et qui ne dore qu'autant qu'il se renouvelle; comme un demi-être qui n'est que prêté; comme on je ne sais quoi sans connaissance, qui échappe dès qu'on le veut trouver; comme un être fluide et successif, qui us subsiste jamais tout entier, dont les parties, pour ainsi dire, ne sont jamais ensemble, non plus que les flots d'une rivière, dont les uns ne sont plus devant moi quand les autres y arrivent» Je ne sais comment pouvoir m'assurer que le moi d'hier est le même que celui d'aujourd'hui. Ils ne sont pas nécessaire» ment liés ensemble : l'un peut être sans l'autre. Peut-être que le moi de demain ne suivra jamais celui d'aujourd'hui : comme mon corps d'hier avoit d'autres parties et d'autres dispositions ou arrangements que celui d'aujourd'hui, de même que le nui qui pense et qui veut a aujourd'hui d'autres pensées et d'autres volontés que celui d'hier* Dieu ! que suis-je? je n'en sais rien* tant je suis peu de chose. Mais je pense et je veux* et c'est là tout ce que je puis donner à celui qui m'a fait il faut que je rapporte uniquement à lui seul tout ce que je suis; car je dois lui rendre tout ce qu'il m'a donné* Il n'a mis en moi rien pour moi : il n'a mis rien en moi que pour lui seul. Tels sont ass droits essentiels, dont il ne peut jamais rien relâcher. Ce qu'il a mis en moi, c'est la pensée et la volonté. Je lui dois donc tout ce que j'ai de pensée et de volonté. En chaque moment il ma donne tout; en chaque moment je lui dois tout sans réserve. V me donne moi-même à moi-même : je me dois donc à lui : je suis à lui, et non pas à moi. Mon rapport suit mon être : mon être est la pensée et la volonté; mon rapport est tu rapport da

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pensée et de volonté. Le rapport de pensée est de connoltre Dieu, vérité suprême. Le rapport de volonté est d'aimer Dieu, bonté infinie: mais qu'est-ce que l'aimer? c'est vouloir sa volonté. Il n'a besoin ni de moi ni des choses viles que je possède. Dans le temps que je Crois les posséder, 11 les possède senl, e1 je ne puis les lui donnera 11 n'a que faire de mes souhaits pour sa grandeur, car elle est au comble; et il ne peut rien recevoir dâtts sa plénitude, qui est l'infini. Que puis-je donct ce qu'A me donne de pouvoir. Je puis vouloir tout ce qu'il veut, et préférer sa volonté à tout ce qui s'appelle mes intérêts. Voilà mon rapport essentiel, conforme à mon être; voilà la fin de ma créa* tion, Voilà famour de Dieu; voilà le culte en esprit et en vérité qu'il exige de ses créatures; voilà ce que l'on nomme religion. L'encens le plus exquis, les cérémonies les plus majestueuses, les temples les plus augustes, les assemblées les plus solennelles, les hymnes les plus sublimes, la mélodie la plus touchante, les ornements les plus précieux, l'extérieur le plus grave et le plus modeste des ministres de l'autel, ne sont que des signes extérieurs et corporels de ce culte tout intérieur qui est la conformité de notre volonté à celle de Dieu. Voilà tout l'homme; ce n'est qu'un être entièrement relatif à Dieu, il n'est rien que par là; il n'est plus rien dès le moment qu'il déchoit de cet ordre essentiel. Il est vrai que ce qu'on nomme religion demande des signes extérieurs qui accompagnent le culte intérieur. En voici les raisons. Dieu a fait les hommes pour vivre en société. Il ne faut pas que leur société altère leur culte intérieur; au contraire, il faut que leur société soit une communication réciproque de leur culte; il faut que leur société soit un culte continuel : il faut donc que ce culte ait des signes sensibles qui soient le principal lien de la société humaine. Voilà donc un culte extérieur qui est essentiel et qui doit réunir les hommes. Dieu a sans doute voulu qu'ils s'aimassent, qu'ils vécussent tous ensemble comme frères dans une même famille, et comme enfants d'un même père. Il faut donc qu'ils puissent s'édifier, s'instruire, se corriger, s'exhorter, s'encourager les uns les autres, louer ensemble

le père commun, et s'enflammer de son amour. Ces choses si né cessaires renferment tout l'extérieur de la religion. Ces chose demandent des assemblées, des pasteurs qui y président, un subordination, des prières communes, des signes communs pou exprimer les mêmes sentiments. Rien n'est plus digne d Dieu, et ne porte plus son caractère, que cette unanimité inté rieure de ses vrais enfants, qui produit une espèce d'uniformit dans leur culte intérieur. Voilà ce qu'on appelle religion, qi vient du mot latin religare, parce que le culte divin rallie € unit ensemble les hommes, que leurs passions farouches ren droient sauvages et incompatibles sans ce lien sacré. De là vien que les peuples qui n'ont point eu de vraie et pure religion ont et obligés d'en inventer de fausses et d'impures, plutôt que de man quer d'un principe supérieur à l'homme, pour dompter l'homm et pour le rendre docile dans la société. De là vient que Numa Lycurgue, Solon et les autres législateurs ont eu besoin d paroître divinement inspirés pour pouvoir policer les peuples De là il est arrivé que les impies, tels que Lucrèce, ont osé dir que la crainte des dieux n'est qu'une invention des tyrans poli tiques, qui ont voulu consacrer ce joug de leur tyrannie pou tenir les peuples dans une servitude pleine de lâcheté et d superstition : aveugles, qui ne voient pas que le plus grain des biens, qui est la subordination et la paix, ne peut nou venir par l'erreur ! Les inventeurs des fausses religions son comme les charlatans et les faux monnayeurs. On ne s'est avis* de débiter de la fausse monnoie qu'à cause qu'il y en avoit déji de véritable. Les imposteurs n'ont donné de mauvais remède! qu'à cause que les hommes a voient déjà quelques remèdes qu les avoient guéris. Le faux imite le vrai, et le vrai précède tou jours le faux. Le culte simple et pur, qui est essentiellement dû i l'Être suprême, a dû être de tous les temps et naître avec le genr< humain. C'est lui qui a fait sentir aux hommes ce qu'ils se doivent les uns aux autres par rapport à celui à qui ils doivent tout. C'esl lui qui a modéré, policé, uni les hommes. Ce lien unique, ce lien si puissant a manqué a tous les peuples qui ont oublié Dieu. Il a

fallu par politique y revenir ; et les hommes égarés, faute de la vraie religion qu'ils avoient perdue, n'ont pu se passer d'en inventer de ridicules et d'affreuses. Une religion monstrueuse étoit un moindre mal dans la société que l'irréligion. Mais revenons au fond du culte de Dieu. Il demande également deux choses : l'une, d'être unanime, c'est-à-dire le même dans le cœur des hommes; l'autre, d'être exprimé par des signes sensibles, qui le perpétuent dans la société et qui en soient le lien le plus inviolable.

Pour l'unanimité intérieure du culte, en voici la preuve. Dieu, suprême vérité, ne se tient point honoré du mensonge. La pensée ne peut l'honorer par l'erreur. La volonté, ne peut l'honorer par le vice ni par aucun mal. Le vrai culte se iéduit donc essentiellement à croire le vrai et à aimer le bon souverain. Donc toutes les religions qui ne se réduisent point à connoître et ù aimer souverainement un seul Dieu infiniment parfait, par qui seul toutes choses sont, ne sont point des cultes dignes de ce Dieu. Donc toute religion qui renferme, ou des erreurs sur ce Dieu infini, ou des dérèglements de volonté contre son amour dominant, est manifestement fausse. Donc, toutes les pliilosophies particulières, qui se contredisent les unes les autres sur le premier être, sur la fin dernière de l'homme, etc., ne sont point ce culte et ce corps de religion que nous devons trouver. Dieu n'est non plus l'auteur de la confusion que du mensonge. Ceux qui lui rendent le vrai culte ne peuvent le faire qu'autant qu'ils sont animés et inspirés par lui. L'esprit de Dieu n'est jamais ni variant ni contraire à lui-même. Ce qu'il inspire à l'un, il l'inspire à l'autre^ ou du moins il ne lui inspire rien de contraire. L'esprit de vérité est donc un esprit d'unanimité, et qui fait que tous ceux que Dieu inspire pour son culte pensent et veulent tous les mêmes choses pour l'essentiel de ce culte. 11 faut trouver cette unanimité invariable dans tous les pays et dans tous les siècles. Donc il n'y a rien de plus indigne de Dieu que la diversité des philosophies et des religions* Comment Dieu pourrait-il se tenir honoré de ce mélange monstrueux de tant d'opinions impies, dont les unes condamnent

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( les autres avec exécration, et dont aucune ne renferme ni ht

Véritable idée de Dieu ni le culte intérieur d'amour qui lui est dû T Les philosophes ont disputé tant de fois les uns contre Um autres l Les uns ont mis la Divinité dans le feu, les autres dan» l'air, d'autres dans la machine entière de l'univers. Aucun n'a connu un être infini qui fût tout ce qu'il y a de parfait dans les autres êtres, et rien de restreint à une nature particulière ou

t bornée. Aucun n'a connu un être qui est essentiellement pet

/ lui, et par qui sont tous les autres êtres, qu'il a tirés du néant.

Donc aucun de tous ces philosophes n'a rendu le vrai culte au vrai Dieu. Donc l'assemblage confus de toutes ces philosophies

J n'est qu'un amas énorme d'opinions extravagantes, qui se com-

battent et se confondent réciproquement sans rien établir. Ne cherchons donc plus aucune trace du vrai culte dans cette multitude de sectes philosophiques. Nous trouverons encore moins cette unanimité invariable dans les différentes religions, teutons les Grecs et les Égyptiens : ils nous nommeront les doo*# grands dieux, les uns d'une façon, tes autres d'une autre» comme Hérodote le déclare* Écoutons tes Perses : ils dittfit tout autre chose; c'est le feu sous le nom de Mithra; c'est le soleil qui est la véritable divinité. Écoutons les Romains i ils noue fourniront d'autres dieux inconnus à ces premiers peuples. Lee brechmanes et les gymnosophistes des Indes nous en donneront encore d'une autre mode» Chaque pays, chaque ville prétend mettre les siens en honneur. Il n'y a que le Dieu créateur du ciel et de la terre qui n'est point connu hors de la iudée. Dm dieux anciens et nouveaux se présentent en foule. Partout la Divinité est dégradée : on la multiplie, on la met dans les Me» les plus vils; on lui attribue les passions les plus injustes, les plus basses, les plus infâmes. Le culte de ces monstrueuses divinités est aussi monstrueux qu'elles. On ne connoît d'autres moyens de les apaiser en faveur des hommes les plus coupables et les plus impénitents, que de l'encens, des hécatombes, des mystères puérils qui couvrent des cruautés et des impuretés abominables. Le paganisme n'a jamais lait un corps ni de doc*

trine ni de culte ; tout étoit changeant, arbitraire, incertain. Rien n'est si rempli de contradictions extravagantes que les fables des poètes qui étoient leurs prophètes. Chaque pays, chaque ville, chaque homme a voit sa religion. On ne peut doue trouver aucune trace d'unanimité, ni dans les philosophes ni dans les religions des gentils. Donc il est clair que Dieu ne les a point inspirés, pour leur donner ni son idée véritable ni le culte digne de lui. Donc il ne faut point chercher chez eux e* rapport de pensée et de volonté de la créature au Créateur, qui est la fin essentielle des êtres libres et intelligents ; il ne faut ' pas même s'imaginer qu'on puisse trouver cette unanimité dans un petit nombre d'hommes obscurs et inconnus les uni aux autres, qui ont pu, en divers pays et en divers temps, connottre l'être infini, et l'aimer intérieurement d'un amour dominant. Cest ce que les déistes peuvent alléguer : mais ce système se renverse en deux mots; et c'est par là que j'entre dans ma seconde preuve sur la nécessité d'un culte extérieur.

Les vrais adorateurs ressemblent aux élus des protestants, qu'ils supposent avoir été cachés dans l'Église catholique avant leur réforme. Ces vrais adorateurs dévoient au vrai Dieu un culte extérieur. Il ne suffisoit pas de le croire et de l'aimer; il falloit le confesser de bouche, l'enseigner aux autres hommes, faits aussi bien qu'eux pour le connottre et pour l'aimer; il falloit rejeter les idoles, la multitude des dieux, et tout culte contraire à ridée du Créateur. L'ont-ils fait? S'ils l'avoient fait, on le sauroft; car dé tels hommes auroient été bien singuliers. Ou ils auroient converti le monde idolâtre, comme les apôtres; du ils auroient succombé dans la persécution du monde entier, qu'ils auroient soufferte en défendant la vérité. Dans l'un et dans l'autre cas, ils seroient les plus célèbres de tous les hommes; les histoires en 6eroient pleines : mais nous n'en voyons aucune tracée Nous trouvons bien que Socrate méprisoit les dieux d'Athènes, et entrevoyoit, par l'ouvrage de la nature, un être plus parfait que les dieux vulgaires inventés par la fable; mais it ne vôyoit rien qu'à demi \ il n'osoit parler; et il est mort lâche-

ment en adorant les dieux qu'il ne croyoit pas. Il ne peut donc point y avoir parmi les gentils certains philosophes, plus philosophes que les autres, qui aient conservé en secret la pure idée et le pur culte du vrai Dieu avec unanimité entre eux. De tels gens épars çà et là, et inconnus les uns aux autres, ne peuvent remplir la fin que l'être parfait s'est proposée dans notre création, qui est de se faire un culte digne de lui dans la société des hommes, pour faire de cette société même un vrai culte de son infinie sainteté. Il n'auroit été honoré que par des lâches dont la croyance auroit été trahie par le culte. En jetant les yeux de toutes parts, d'un bout de l'univers à l'autre, je ne vois qu'un seul peuple qui arrête mes regards, et qui peut former cette société religieuse. Ce peuple est le peuple juif, à qui le Créateur est connu. C'est là que son nom est grand, c'est là qu'on l'appelle Celui qui est; c'est là qu'on reconnoît qu'il a tiré l'univers du néant par sa volonté féconde et toute-puissante ; c'est là qu'on pose pour premier principe qu'il faut servir comme esclave- ce Dieu unique et souverain; qu'il faut l'aimer de tout son cœur, de toute son' âme, de toutes ses pensées et de toutes ses forces. Cette idée est la seule qui renferme le vrai culte, et elle n'est que chez ce peuple. Cette idée ne peut venir que de Dieu seul, tant elle est sublime et au-dessus de l'homme. Cette idée est en nous le plus grand de tous les miracles. Quiconque n'a point cette idée ne peut parler de Dieu qu'en blasphémant, ne peut penser à Dieu qu'en le dégradant de son infinie perfection, ne peut le servir que par des apparences vaines, ne peut l'aimer plus que le monde entier et que soi-même, comme il doit essentiellement être aimé. Donc le vrai culte n'est qu'en un seul lieu, et chez un seul peuple à qui le Seigneur a enseigné ce qu'il est. C'est chez ce peuple que se trouve l'unanimité constante et invariable. Tous les Israélites descendent d'un seul homme dont ils ont reçu ce culte, conservé sans interruption depuis l'origine de l'univers. Ce peuple, qui n'est qu'une seule famille, n'a qu'un seul livre qui réunit toutes leurs pensées, toutes leurs affections en un seul Dieu, Ce livre les fait assembler souvent, pour n'être

tous ensemble, dans toutes leurs fêtes, qu'un cœur, qu'une seule âme, et qu'une seule voix qui chante les louanges du Créateur. Ce livre unique forme et règle un culte unique. Tout est un chez eux, jusqu'à la police et aux lois qui forment la société. Tout vient d'un seul Dieu, être infini qui a tout fait : tout tend uniquement à lui. Ce n'est point une religion cachée dans le cœur, et par conséquent déguisée; c'est un amour simple et libre du Créateur, qui se manifeste hautement par des signes sans équivoque, comme il est naturel que l'amour se manifeste par les signes les plus sensibles, quand il domine dans le cœur. Les cérémonies extérieures ne sont que des marques du culte intérieur, qui est tout l'essentiel. Ces* cérémonies sont destinées à frapper l'homme grossier par les sens, et à nourrir l'amour dans le fond du cœur. Ces cérémonies ne sont pas la principale partie du culte ; c'est dans le détail des mœurs, c'est dans la société de ce peuple, que le culte le plus parfait s'exerce par toutes les vertus que l'amour inspire. Voilà le culte public, unanime et invariable que nous cherchions.

Voilà, monseigneur, les réflexions que vous pouvez faire pour vous affermir sans grande discussion dans la persuasion que Dieu, avant Jésus-Christ, ne pouvoit avoir mis son vrai culte que dans le peuple israélite. Si on a vu ceux qu'on a nommés Noachides, et ensuite Job, adorer uniquement le vrai Dieu, sans être dans l'alliance et dans le culte reçu par Moïse, du moins les Noachides, Job et les autres semblables ont eu un culte extérieur et public ; ils ont confessé ce qu'ils ont cru ; ils ont chanté les louanges dé Dieu; ils l'ont aimé ensemble, et se sont armés les uns les autres dans la société pour l'amour de lui ; ils lui ont même dressé des autels et présenté des offrandes, pour rendre plus sensible leur reconnoissance et leur soumission sans réserve à son domaine souverain. Voilà le véritable culte conformé à celui des Israélites instruits par Moïse. Il n'est pas question de ce qui n'est que pure cérémonie dans la loi ; les cérémonies ont eu un commencement et une fin; il ne s'agit que d'un culte d'amour suprême, exprimé, cultivé et perfectionné dans la so-

ciété des hommes par des signes sensibles* Voilà ce qui est dû à Dieu ; voilà notre fin essentielle; voilà en quoi les Noachides, Job et tous les autres n'ont fait qu'un seul peuple et un seul culte avec les Israélites. Gomme Dieu n'a jamais pu eesser de se devoir ce tribut de gloire et de louange à soi-même, il n'a cessé de se le donner dans tous les siècles. 12 ne s'estfamaii Imssé Wi-mémesans témoignage, comme dit l'Écriture'. En tous les temps il n'a pu créer les hommes que pour en être connu et aimé. Ce n'est point le connottre que de ne le croire pas un et infini, un qui est tout, et devant qui nous ne sommes rien. Ce n'est point l'aimer que de ne l'aimer pas an-dessus de tout et par préférence à soi-même, vil néant appelé à l'être par sa pure bonté. La religion ne peut être que là, et il faut qu'elle ait toujours été, puisque Dieu n'a jamais pu en aucun temps avoir d'autre fin. En créant tant de générations d'hommes, si tous- ne l'ont pas connu et aimé, c'est qu'ils ont corrompu leur voie, c'est qu'ils n'ont pas glorifié celui dont ils avoient quelques commencements de connoissance, c'est qu'ils ont voulu être à euxmêmes plutôt qu'à celui qui les avait faits; et leur sagesse vaine n'a servi qu'à les jeter dans des illusions plus funestes. Mais enfin, dans tous les temps il faut trouver de vrais adorateurs en faveur desquels Dieu souffre les infidèles et continue son ouvrage. Où sont-ils ces amateurs de l'être unique et infini? où sont-ils ? Nous ne les trouvons que dans l'histoire d'un seul peuple, histoire la plus ancienne de toutes, qni remonte jusqu'au premier homme* et qui nous montre ce cwfte d'amour. de l'être unique et infini, que Dieu jamais n'a laissé interrompt \ En faut-il davantage pour conclure qu'on ne doit chercher que chez les Juifs cette religion publique et invariable que Dieu se doit à lui-même dans tous les temps? J'eapère, monseigneur, que cette première lettre vous fera bon juif; elle sera suivie d'une seconde pour vous faire bon chrétien, et d'une troisième faux vous faire bon catholique,

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