LES EXERCICES SPIRITUELS EN USAGE DANS LA COMPAGNIE DE JÉSUS
Le livre des Exercices spirituels est un manuel de retraite, une méthode de méditation, et en même temps un recueil de pensées et de préceptes propres à diriger l'âme dans le travail de la sanctification intérieure et dans le choix d'un état de vie. Ce livre n'est pas fait pour être lu, mais pour être mis en pratique ; aussi ne peut-on réellement l'apprécier avec quelque justice qu'après avoir passé par l'école de l'expérience.
Ces rehgieux Exercices ont été naguère étrangement défigurés : on s'est complètement mépris sur le sens, le but et l'économie des enseignements qu'ils contiennent; je rendrai à tout cela son véritable caractère.
Le livre des Exercices spirituels (1) est l'ouvrage d'un soldat, non moins étranger aux sciences humaines qu'aux études sacrées quand il le composa.
(1) Exercitia spiritualia. — Institutum Societatis Jesu, 2 vol. in-fol. ; Pragae, 1757, t. 2, p. 38Zi. C'est la meilleure édition de l'Institut, et celle que je citerai toujours.
Ignace de Loyola est blessé au siège de Pampelime en 1521. Dans Tétat d'inaction forcée où l'a réduit sa blessure, il demande à ceux qui l'entourent des romans pour se distraire. Il y avait peu de livres sans doute dans le manoir de ses pèies ; on lui apporte la vie de Jésus-Clu-ist et des Saints : il la lit. Son âme en est touchée; une vive lumière brille à ses regards : il quitte le château paternel. Pèlerin et mendiant volontaire, le guerrier converti veut une solitude où il puisse ]i])rement, loin du commerce des hommes, étudier et sonder son âme en conversant avec Dieu. La grotte de Manrèze lui sert d'asile. Là, parmi les rigueurs de la pénitence, s'armant du couiage persévérant de la prière, il lutte et il cherche. Il subit des épreuves cruelles qui boiUeversent tout son être. Pâle^ exténué par les macérations, prosterné sous la cendre et le cilice, il semble anéanti. Une main puissante le relève et le conduit au grand jour des illustrations divines, jusque dans les régions les plus élevées de la charité apostolique.
AlorSj retournant pour ainsi dire en arrière et comptant tous ses pas, Ignace mesura la carrière parcourue ; il constata un arlmirable enchaînement de vérités et de luttes intérieures qui épurent l'âme, qui la placent en présence de la volonté divine trop souvent méconnue, et la rendent à Dieu généreuse et dévouée.
Ignace à Manrèze, après en avoir éprouvé la vertu pour lui-même, pensa qu'il serait utile de retracer pour les autres la suite de ces vérités et l'économie de ces voies : c'est ainsi que fut composé le livre des Exercices spirituels.
Ces Exercices ne sont pas notre Institut ; ils ne font pas même, à proprement parler, partie de nos règles; mais, j'en conviens, ils en sont l'âme et comme la source. Oui, les Exercices ont créé la Société ; ils la maintien-
lient, la conservent et la vivifient : ils sont destinés à former le chrétien généreux et même l'apôtre ; les Constitutions font le Jésuite; les missions le mettent à Tœuvre ; les doctrines le guident et l'inspirent.
Je sens que je vais nécessairement parler une langue étrangère pour un grand nombre. J'ai à exposer le travail intérieur de la régénération véritable ; j'ai à raconter cette transformation d'une âme qui passe du monde à Dieu, et qui se revêt d'une vie surnaturelle malgré l'entraînement des inclinations de la nature.
Non seulement j'ai lu, mais j'ai pratiqué ce livre des Exercices. Depuis vingt et un ans il est sous mes yeux ; il fut, il est encore le trésor de ma vie ; je l'étùdie, je le médite sans cesse avec bonheur, avec amour ; j'ai fait, ce livre à la main, les exercices qu'il indique.
Je no pourrais exprimer ce qu'ils m'apportèrent de lumière, de liberté, de paix intérieure. Je ne me tlatte pas cependant de posséder la science cachée dans ce petit livre : (1) j'ai encore besoin, pour l'acquérir, de méditations prolongées et recueillies, et je ne m'étonne assuré-
(1) S. Ignace désira que son livre fût scrupuleusement examiné à Rome. Le pape Paul III nomma des censeurs. Après . un double examen et un double rapport, le 31 juillet 1548, il publia la bulle Pasioralis officii. On y lit ces paroles : « Ayant reconnu que ces enseignements et ces exercices sont remplis de piété et de sainteté, très utiles et très salutaires pour l'édification et l'avancement spirituel des fidèles De notre science certaine et par Tautorité pontificale, en Vertu des présentes, nous approuvons, louons et confirmons lesdits exercices et tout leur contenu. »
«Nos igitur qui Exercitia et documenta hujusmodi... pietatc ac sanctitate plena et ad œdificationem et spirilualem profectum fidelium valde utilia et salubria esse et fore comperimus
ment pas quil ait été le livre inconnu et fermé pour plusieurs.
Ce furent ces exercices suivis et médités avec constance qui donnèrent à l'Église S. Charles Borromée, S. François Xavier, S. François de Borgia et une foule d'autres. S. François de Sales, dont la piété ne doit pas faire oublier le génie, disait de ce livre qu'il avait sauvé autant d'âmes qu'il renfermait de lettres.
J'adjure les hommes du monde sérieux et rélléchis, et même les autres, de lire attentivement la rapide analyse que je vais en faire. Ils y trouveront, j'ose le croire, quelque chose qui va bien aux intelligences élevées et aux cœurs généreux.
Le livre des Exercices est partagé en quatre semaines : je suivrai cet ordre.