OBSERVATION VIII
Marrotte. Bulletin de l’Académie de médecine, 1872, 28 mai, p. 450.
* Le malade est un jeune homme de 24 ans, d’une taille élancée, à poitrine étroite et allongée, à figure pâle, dont l’ensemble fait soupçonner la diathèse tuberculeuse. Il s’enrhume, en effet, facilement l’hiver, depuis plusieurs années. Il a eu deux hémoptysies, la dernière il y a quatre mois, et, depuis cette dernière époque, il conserve de la toux.
Lorsqu’il s’est présenté à l’hôpital, le 6 mai 1872, il y avait trois semaines qu’il avait ressenti un point de côté à gauche. Ce point de côté persistait avec moins d’intensité le jour de son entrée, et il se plaignait d’un peu de dyspnée. Matité complète en avant et en arrière dans les deux tiers inférieurs de ce côté. En avant, dans la région sous-claviculaire, son exagéré, absence complète de vibrations thoraciques. Le cœur est faiblement dévié à droite.
A l’auscultation, on n’entend, en bas, ni respiration, ni souffle. Dans le reste de la hauteur, souffle aux deux temps de la respiration en arrière et en avant, broncho-égophonie, pas de fièvre : appétit et sommeil conservés.
La thoracocentèse est pratiquée le 9 mai, dans le sixième espace intercostal, avec un trocart fin muni de baudruche. Le trocart retiré, il s écoule lentement un liquide citrin, transparent, qui se coagule facilement. Cinqminutes environ après le début de l’opération, quelques quintes de toux apparaissent. L’üquiétude augmente : il se manifeste une sensation d’angoisse et d’étouffement; le malade a peine a se soutenir sur son séant : pâleur, état voisin
e a syneope. e ois dire, en passant, que ce jeune homme m’a
paru, avant et depuis l’opération, d’une nature pusillanime. Quelques gorgées de vin pur conjurèrent les accidents, et l’opération se termina sans nouveaux incidents, après avoir duré dix-huit à vingt minutes, pendant lesquelles il s’était écoulé deux bons litres de liquide, ne paraissant contenir aucune trace de sang. Une heure après, le malade a recouvré son calme : la douleur de côté a diminué, mais la dyspnée persiste.
Le 10 mai, le malade a expectoré, depuis la veille, environ le tiers d’un crachoir d’un liquide glaireux, filant, comme du blanc d’œuf, transparent, de couleur citrine, recouvert de quelques crachats spumeux. Traité par la chaleur et par l’acide nitrique, il précipite abondamment et donne un coagulum comme le blane d’œuf. A l’examen microscopique, leucocytes en grand nombre : quelques cellules épithéliales déformées et quelques stries longitudinales fines qui indiquent la présence de la fibrine. Dans certains points, des crachats, quelques globules rouges.
il mai. La dyspnée a été en diminuant, ainsi que la douleur de côté, qui ne se réveille plus que dans les grandes inspirations.
„ 12 mai. Une légère couche de liquide s’est reproduite, mais il n’a jamais existé aucun signe de pneumothorax.
13 mai. Plus de dyspnée, plus de point de côté : la couche fort mince de liquide constatée la veille n’a pas augmenté. Aujourd’hui on entend du bruit de frottement en avant et sur les côtés, même au point de la ponction.