‹ De l'expérimentation curarique à dose neuro-végétativeChapitre 18 sur 59 · LORS · texte numérisé non relu

LORS

I. — L'action du curare à dose neuro-végétative sur la tension artérielle.

À dose curarisante, les résultats qui nous sont fournis par la littérature sont fort discordants : elle est augmentée par Euler et Wahlund [30], Prescott, Organe et Rowbotham [92]. Au contraire, elle est diminuée pour Cullen et Bremer 122, 25|.

La thèse récente de Depaulis [29] consigne des résultats de courbes ne permettant aucune conclusion.

En revanche, une lecture attentive des observations de certains auteurs nous donne des renseignements qui, pour notre travail, sont du plus haut intérêt. En effet, nous pouvons admettre que, pendant un court instant, avant l'apparition de toute paralysie, c’est-à-dire avant que la dose curarisante totale n'agisse, le sujet est sous l’action momentanée du curare à dose neuro-végétative. Alam, Andrep et Barsoum [5], utilisant différents curares (curare Merk, curarine hypochloride, curare de Starling), notent chez le chien, dès l’injection intraveineuse, avant l’apparition de toute paralysie, une légère chute de la tension artérielle. Cette chute apparaît vers la troisième minute et disparaît à la septième minute. Euler et Wahlund [30] rapportent les résultats de Brown, Mycok, qui, employant un curare purifié, ont eux aussi remarqué, et ceci chez l’homme une légère chute tensionnelle passagère, peu après l'injection. Comroe et Dripps [21 |, en clinique, notent la possibilité d’une chute tensionnelle dès l'injection intraveineuse. Halpern, Benda et Bourdon {41}, utilisant le 3.381 RP chez le chien, signalent même à doses non curarisantes une chute de la tension artérielle très prononcée après injection d’une quantité d’acétylcholine par elle-même sans action. Harroun, Becker et Fisher [441 consignent le fait clinique suivant : « L’injection rapide de la dose apnéique à un malade sous anesthésie est suivie d’une chute de tension immédiate et passagère. À moins dé pren-

Sn =

dre la tension dans les cinq minutes qui suivent l'injection intraveineuse, cette chute passe inaperçue, car la tension artérielle regagne rapidement le niveau qu’elle avait avant l'injection de curare. » Enfin, Heymans [48] rapporte que l'injection rapide intraveineuse de d-tubocurarine donne parfois une chute brusque et passagère de la tension artérielle.

H. Laborit [65], utilisant le 3.381 RP et l’Intocostrin à dose neuro-végétative dans le traitement de 6 cas d’hypertension artérielle, et ceci seulement par voie intramusculaire, constate une chute de la tension maxima et de l'indice une demi-heure après l'injection.

Nous avons utilisé 3 curarisants dans 23 cas à doses neurovégétatives sur des sujets normaux (9 femmes et 14 hommes) qui ont bien voulu se prêter à cette expérimentation.

Ces curarisants sont

— Ja d-tubocurarine, 0,5 cm; — le 3.602 RP, 1,5 cm»; 1163 697 RP, 41cm.

Nous avons procédé soit par voie intramusculaire, soit par voie sous-cutanée, et, dans certains cas, nous avons utilisé chez les mêmes sujets les deux voies et les trois médicaments, afin de comparer. Il semble que la rapidité d’action soit sensiblement la même. Nous avons utilisé, pour mesurer la tension artérielle, l'appareil de Pachon et toujours procédé dans des conditions analogues : le sujet à jeun et couché depuis un quart d'heure au moins. Nous avons constaté dans 12 cas sur 23 observations une baisse de la maxima de 1 ou au plus de 2 degrés. Elle apparaît de la dixième à la trentième minute après l'injection. Plus rarement (7 fois), nous avons constaté un léger pincement de l'indice oscillométrique. Au plus tard une heure et quart après l'injection, la tension artérielle avait repris sa valeur primitive; par suite, nous n’avons jamais poursuivi cette recherche au-delà d’un laps de temps supérieur.

IT. — L’action du curare à dose neuro-végétative sur le rythme cardiaque.

À doses curarisantes, les études les plus minutieuses des électrocardiogrammes, faites notamment par Ruskin [94], ne montrent aucune modification des graphiques, même chez des cardiaques avérés. Tout au plus, Pearlstein [88], à doses énormes chez le chien, après curarisation prolongée, signalet-il la possibilité de bradycardie, puis de tachy-arythmie : ces faits n’ont aucun rapport avec les conditions d’expérience que nous avons réalisées. Fort probablement à dose curarisante, le rythme cardiaque n’est pas affecté.

En revanche, Harroun, Beckert et Fisher [44] citent le fait suivant : chez le chien, l’injection de curare a la même influence sur l'électrocardiogramme qu'une injection d’ion potassium, c’est-à-dire le ralentissement momientané du rythme cardiaque.

Nous avons simplement étudié le pouls des sujets auxquels nous avons injecté des curarisants suivant le protocole que nous avons précédemment décrit. Dans 16 cas sur 23 observations, nous avons noté un ralentissement notable du pouls de 10 à 15 pulsations à la minute perceptible vers la vingtième nunute et durant au plus une heure. Dans certains cas, cette bradycardie a été isolée, parfois elle fut parallèle à la baisse tensionnelle. Dans tous les cas, le pouls est resté régulier et bien frappé.

IT. — L’action du curare à dose neuro-végétative sur l’appareil respiratoire.

Nous avons déjà signalé (Claude Bernard [12]) que la paralysie du diaphragme était terminale et que le sujet curarisé succombait asphyxié. Mais l’action du curare sur l'appareil respiratoire ne porte pas seulement sur le diaphragme.

Différents auteurs à doses curarisantes ont utilisé la paraly-

LH

sie des muscles bronchiques pour faciliter la bronchoscopie (Cullen et Trepano [23]). Benda, Maroger et Paillas [9] ont employé avec succès cette propriété « broncho-émolliente », mais ces auteurs soulignent cependant une proportion notable d'insuccès.

En effet, avant, et même pendant l'effet curarisant, le curare peut provoquer un broncho-spasme. Ce dernier apparaît le plus souvent peu après l'injection intraveineuse, selon Comroe et Dripps [21]. Il en est de même pour Hudon et Baudoin [50], et cela beaucoup plus nettement chez les sujets vagotoniques. Scott et Smith [95], expérimentant chez le nouveau-né, constatèrent l'extrême fréquence de ce broncho-spasme. Or, la tendance vagotonique des nouveaunés est généralement admise. West [101] souligne explicitement que ce broncho-spasme est une propriété du curare indépendante de la curarisation.

D’autres auteurs, sans décrire ce broncho-spasme, nous lournissent des renseignements intéressants. Ainsi Fegler [31], étudiant les effets du curare à dose apnéique, écrit : « L’injection de 2 à 5 cm? de curare à des chiens sous anesthésie produit, après un court intervalle d’excitation respiratoire, une diminution de la fréquence et de l’amplitude des mouvements respiratoires. » ÆEn 1937, Blume, Carlson et Peil [in 30] décrivent eux aussi chez l’homme, très peu de temps après l'injection de curare, une augmentation du rythme respiratoire.

Quant à notre expérimentation personnelle, nous n'avons eu à déplorer aucun broncho-spasme. Un seul sujet, non averti, nous a signalé, après une injection intramusculaire de 4,5 cm? de 8.602 RP, une gêne respiratoire subjective passagère.

Mais, en revanche, nous avons constaté dans 8 cas sur ®3 observations une augmentation du rythme respiratoire de 4 à 6 mouvements à Ja minute. Dans tous les cas, nous avons mesuré ce rythme à l’insu du sujet.

IV. — Action du curare à dose neuro-végétative sur la motricité intestinale.

A doses curarisantes, les opinions sont les plus diverses. Les uns affirment (Prescott, Organe et Robotham [92]) une hypercontractilité intestinale; les autres (Gross et Cullen 1401, Becker et Nathaway 110])), une hypotonie gênante. Depaulis [29], sur une quarantaine de curarisations sous anesthésie, mais avec une prémédication à base d’atropine, signale un seul cas d’hypermotricité intestinale.

Cependant, Gross et Cullen [40] démontrèrent que l’injection de doses curarisantes provoque une hypotonie intestinale progressive. Mais ils écrivent : « L'observation clinique montre que, pendant l’anesthésie au cyclopropane chez l’homme, le curare provoque des contractions de l'intestin grêle pendant quelques minutes après son introduction par voie intraveineuse. »

H. Laborit {65}, utilisant les curarisants les plus divers à doses neuro-végétatives (Intocostrin) (3.381 RP, 3.602 RP, 3.697 RP), a dans tous les cas constaté une hypermotricité intestinale. Elle est spontanément signalée par les malades qui éprouvent quelques coliques non douloureuses; elle est visible à la radioscopie. Enfin, cette action a été utilisée avec succès par cet auteur dans 5 cas d’ileus paralytique post-opératoire, un méga-dolicho-sigmoide, un syndrome d'iléite terminale, un cas d’atonie vésiculaire. Notre expérimentation personnelle sur 23 sujets en bonne santé nous a permis de vérifier le bien-fondé de ces constatations.

Dans tous les cas sans exception, les sujets ont éprouvé vers la dix-septième minute après l’injection, et au plus durant une heure, des coliques nettement perceptibles et indolores, dans 6 cas un assez violent besoin de défécation. Souvent, nous avons entendu nous-même des borborygmes chez ces sujets au moment où ils accusaient de légères coliques.

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