VI. — Action sur les vaso-moteurs
Vers la dixième minute, après nos injections de curarisants à dose neuro-végétative, nous avons constamment observé une vaso-dilatation de la face, parfois discrète, mais le plus souvent extrêmement nette, avec sensation de chaleur au niveau du visage, et durant sensiblement une heure.
D'autre part, mais ceci tardivement (vers la trentième minute après l’injection), une baisse notable et perceptible de la température périphérique cutanée a pu être mise en évidence. H. Laborit, à la seule lecture d’un thermomètre placé dans un espace interdigital des orteils, a pu objectiver une baisse de température de 1°. Quant à nous, cet effet, pour être tardif, ne nous en a pas moins paru constant. Il est peu durable : une vingtaine de minutes au plus. Il s’accompagne d’une sensation subjective de froid désagréable. Cette sensation et cette constatation objective semblent apparaitre et disparaître, dans la majorité des cas, à peu près en même temps que les phénomènes de sudation. Une remarque : nous avons volontairement classé cet effet parmi les phénomènes vaso-moteurs, car il est admis « que la paralysie des vaso-moteurs augmente la déperdition du calorique » (Hédon [45]).
Johnson et Florence [56], cherchant à préciser un diagnostic de myasthénie, ont les premiers signalé l’action du curare sur la dysménorrhée à type d’hypoménorrhée. H. Laborit [65] et d’autres auteurs ont obtenu de bons résultats par cette thérapeutique dans certaines dysménorrhées. Quant à notre expérimentation, nous devons signaler un résultat spectaculaire. Chez une jeune femme de 29 ans, dont les règles étaient habituellement extrêmement discrètes (quelques gouttes de sang) et de très courte durée (une journée), le soir même d'une injection de 3.602 RP à dose neuro-végétative pratiquée peu de temps avant la date prévue normalement pour ses règles, elle a constaté un flot menstruel très abon-
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dant et qui dura trois jours: ce fait inhabituel] l’alarma, et elle nous en avertit aussitôt avec quelque affolement.
VIT. — Action sur le psychisme.
Elle est particulièrement délicate à apprécier. Nous n'avons jamais constaté d’altération de la conscience. Tout au plus, dans certains cas, mais plus souvent chez les femmes, une légère obnubilation. Le patient ferme les yeux et déclare avoir envie de dormir. Ce phénomène semble indépendant, car nous avons observé cet « état vagotonique » aussi bien chez des sujets présentant la totalité des signes que nous avons précédemment décrits que chez des sujets où les manifestations étaient extrèmement discrètes et réduites, quant au nombre, à celles qui sont constantes.
En résumé :
L'injection de curare à dose neuro-végétative à des sujets normaux provoque des effets que nous classerons en trois catégories :
— Des effets constants : augmentation du péristaltisme intestinal, sialorrhée, vaso-dilatation de la face, baisse subjective et objective de la température cutanée périphérique, sudation. Pour être constants, ces effets n’en sont pas moins variables dans leur moment d'apparition les uns par rapport aux autres et dans leur intensité. Néanmoins, cette intensité est toujours en général faible, mais beaucoup plus marquée chez les femmes. En gros, ils existent tous ensemble, de la vingtième à la cinquantième minute après l'injection par voie sous-cutanée ou intramusculaire. Les résultats nous ont semblé plus nets avec la d-tubocurarine; le 3.697 RP et le 3.602 RP nous ont semblé sensiblement équivalents.
— Des effets possibles : bradycardie, baisse de la tension artérielle, discrète et portant sur la maxima. La bradycardie
RG
semble plus fréquente. Bradycardie et chute de la tension artérielle semblent indépendantes.
— Des effets rares : hypersécrétion nasale et lacrymale, diarrhée, augmentation du rythme respiratoire, besoin de sommeil. Ce dernier est beaucoup plus fréquent chez les
femmes.
Conclusion.
Le curare à dose neuro-végétative possède un effet muscarinique discret que nous qualifierons « d’effet muscarinique
mineur ».