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CHAPITRE III

SUR QUELS ELEMENTS DU SYSTEME ORGANO-VEGETATIF LE CURARE A DOSE NEURO-VEGETATIVE PORTE-T-IL ?

Dans notre introduction, nous avons signalé que le curare à doses curarisantes bloquait les synapses des muscles striés et les synapses ganglionnaires. Dans ce chapitre, nous avons essayé d'envisager quels étaient les éléments du &8ystème organo-végétatif qui étaient atteints par le curare à dose neuro-végétative et à quel degré.

Il s’agit réellement d’un essai : nous avons envisagé toutes les explications possibles et donné la préférence à celles qui semblent les plus logiques. Mais il nous est impossible de tirer des conclusions formelles, car il s’agit d’un domaine qui, pour être captivant, n’en est pas moins peu exploré: il nécessiterait de longues et minutieuses recherches.

Bien que la liaison fibre végétative-muscle lisse ne possède pas Je substratum anatomique de la jonction myoneurale des muscles striés, nous avons cru possible d'adopter le schéma de Lapicque; tout muscle comprend :

— un système excitable, commun à tous les muscles et ayant un rôle capital dans la transmission neuro-musculaire;

-— un système contractile indirectement mis en jeu avec un certain retard.

L'action du curare à dose neuro-végétative a pu se porter :

— sur le système contractile des muscles lisses ou son homologue sécrétoire;

LAS ESS — sur le système excitable et la jonction myoneurale;

—— sur les centres eux-mêmes.

1. — L’action du curare à dose neuro-végétative a pu se porter sur le système contractile des muscles lisses.

11 nous faut faire une restriction. Il est pratiquement impossible, dans la majorité des cas, de dissocier l’action possible d’un agent pharmaco-dynamique sur le système contracile proprement dit ou sur les appareils intramuraux.

Cette réserve faite, essayons tout d’abord de trouver des arguments en faveur d’une action directe du curare sur le système contractile des muscles lisses. Mac Intyre et King {51}, utilisant la d-tubocurarine, curarisant particulièrement pur, ont pu, par injection intra-artérielle, provoquer la contraction du gastronecnïen du chien énervé et perfusé; cette contraction est à peu près semblable à celle provoquée par l’acétylcholine dans les mêmes conditions. Mais Hudon et Baudoin [50] n’ont pu retrouver cette propriété avec le relaxar, autre curarisant considéré comme pur. De toute façon, il ne s’agit pas de muscles lisses.

Knowlton [62], se basant sur l’analogie des muscles de certains crustacés (Callinatus sapsidus et Libinia canaliculata) avec les muscles lisses des mammifères, réussirent avec l’Into-

costrin à faible concentration -

1.500 tractions rythmiques de leurs muscles énervés et perfusés. Ce fait a peu de: valeur, car ces mêmes muscles ne réagissent pas à l’acétylcholine. Langley [721 avait prouvé que la contraction de muscles lisses perfusés sous l’influence du curare

à déterminer des con-

était due non pas au curare lui-même, mais à des impuretés du produit.

En revanche, de nombreux faits incitent à penser que le curare possède une action inhibitrice sur le système contrac-

tile des muscles lisses. Alam et Andrep [3], perfusant l’iléon de cobaye, ont montré que le curare n’augmentait pas sa contractilité. Gross et Cullen [40], opérant sur 9 fragments d’intestin de lapin isolés, ont démontré que l’Intocostrin à la concentration de 1/1.000 n'avait aucune action. Bien au contraire, la contractilité des fragments diminuait à la concentration de 1/200.

Les résultats de recherches sur intestin de lapin isolé, faites par les laboratoires de la Maison Spécia (à laquelle nous adressons ici de vils remerciements pour les curarisants qu'elle a bien voulu nous fournir), montrent que le 3.697 RP n'a aucune action sur d’intestin de lapin à la concentration de 1/1.000.

Cependant, nous devons faire une remarque. /n vivo, si le curare n'a pas d'action excitante directe sur le système contractile des muscles lisses, il n’a probablement pas d’action inhibitrice. Luco et Mésa [79], à la suite de curarisation massive et même après injection de curare dans la charubre intérieure de l’œil du chat, obtinrent une réponse des muscles de la pupille par excitation directe.

Notre réponse à cette première question sera donc la suivante : le curare à quelque concentration que ce soit n’augmente pas la contractilité des muscles lisses.

IT. — L’actior du curare à dose neuro-végétative a pu se porter sur le système excitable et la jonction myoneurale des muscles lisses.

Si la jonction myoneurale des muscles lisses est le lieu d'action du curare, il pourrait agir de deux façons : — soit sans influencer la libération des médiateurs en modifiant leurs effets;

— soit en modifiant l’équilibre humoral.

A. — Le curare à doses neuro-végétatives a-t-il, sans influer la libération des médiateurs, modifié leurs efiets ?

L'excitaltion apparente des effecteurs muscariniques, si l'on se place dans des conditions expérimentales telles que les voies de conduction ont transmis les stimuli et que les médiateurs ont été libérés, peut s'expliquer par trois mécanismes :

— une action directe de sensibilisation des elfecteurs muscariniques aux médiateurs acétylcholiniques;

— une action indirecte d’inhibition de la cholinestérase des jonctions myoneurales;

— une action directe de diminution de la sensibilité

des effecteurs au médiateur adrénalinique.

1° LES EFFECTEURS SONT-ILS SENSIBILISÉS A L ACÉTYLCHOLINE À

Pendant la curarisation, l’excitation électrique d'un nerf cholinergique produit une quantité normale d’acétylcholine. In vitro, Dale, Feldberg et Vogt [24] ont démontré ce fait pour les nerfs cholinergiques des muscles striés. /n vivo, Mac Intyre et King [52] ont mis en évidence une production normale d’acétylcholine dans l'organisme de la tortue curarisée, à la suite d’excitations du bout périphérique du vague. Ainsi donc, si les stimuli sont normalement transmis par les voies cholinergiques, l’acétylcholine est normalement sécrété, mais en revanche, au cours de ces deux expérimentations in vivo et in vitro, l’acétylcholine libéré par l’excitation du bout périphérique des nerfs cholinergiques n’a pas 6t6 ellicient ou son action a été diminuée suivant la concentration de la drogue. Donc, si les stimuli ont été normalement conduits par les voies cholinergiques, le système excitable des effecteurs n’est pas plus sensible, mais bien au contraire son excitabilité est diminuée.

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2° LA GHOLINESTÉRASE DES JONCTIONS MYONEURALES

EST-ELLE INHIBÉE ?

On peut penser, d'autre part, que la cholinestérase des jonctions myoneurales cholinergiques est inhibée par Je curare. Ce fait est probable pour le 3.381 RP. Halpern et Benda [41] ont démontré qu'en plus de sa faculté curarisante dominante ce produit possède un effet prostigminique cerlain. Quant aux autres curares et curarisants, il n’en est pas de même. Les travaux de Harris et Harris [42], repris par Mac Intyre [53], montrent que, aussi bien in vivo qu'in vitro, les curarisants n’ont pas d'action directe sur la cholinestérase, Seuls les curarisants d'extraction (Intocostrin) peuvent avoir une action inhibitrice sur ce facteur. Is la doivent sans doute à des impuretés. D'ailleurs, selon Harris et Harris | 43}, linhibition obtenue avec des curarisants impurs était proportionnelle à la concentration du produit; or, les doses que nous avons employées au cours de notre expérimentation sont extrêmement faibles. De même, in vitro. les curarisants 3.602 RP et 3.697 RP n'ont aucune action sur la cholinestérase. Il semble que nous devions rejeter cette hypothèse d'inhibition de dla cholinestérase à la jonction fibre-cholinergique-muscle lisse à la suite d’une injection de curare à dose neuro-végétative. En revanche, les travaux de H. Laborit [63] ont montré qu’un traitement par doses neuro-végétatives répétées diminuaient certainement la pseudo-cholinestérase sérique.

Nous pouvons conclure que, dans les conditions de notre expérimentation, si les fibres cholinergiques ont normalement conduit les stimuli, ta libération de l’acétylcholine s’est produite, mais ses ellets n'ont nullement été augmentés par quelque mécanisme que ce soit, mais au contraire diminués.

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