‹ De l'expérimentation curarique à dose neuro-végétativeChapitre 27 sur 59 · C. — Déductions · texte numérisé non relu

C. — Déductions

À la lumière de ces expériences, nous allons essayer d’interpréter les effets du curare à dose neuro-végétative sur les voiles végétatives.

4° ACTION SUR LES SYNAPSES ENTRE FIBRES PRÉ-GANGLIONNAIRES ET FIBRES POST-GANGLIONNAIRES ADRÉNERGIQUES.

Toutes ces synapses, qui sont totalement bloquées par la dose curarisante, doivent être partiellement inhibées par la dose neuro-végétative. Mais toutes les fibres adrénergiques étant post-ganglionnaires, toutes sans exception seront par: tiellement inhibées et sans doute à un degré plus marqué que les fibres post-ganglionnaires cholinergiques, car toui neurone adrénergique peut être considéré comme un effecteur nicotinique. Conséquences : inhibition partielle de tous les territoires adrénergiques, y compris la médullo-surrénale, et baisse de l’adrénalinémie.

2° ACTION SUR LES SYNAPSES ENTRE FIBRES PRÉ-GANGLIONNAIRES ET FIBRES POST-GANGLIONNAIRES CHOLINERGIQUES.

La conductibilité et l’excitabilité des neurones post-ganglionnaires cholinergiques doivent être diminuées, et par

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suite la quantité d’acétylcholine libérée par les stimuli physiologiques également diminuée et d’efficacité moindre.

Mais la sensibilité des effecteurs à l’acétylcholine est inégale. Par suite, au niveau des efflecteurs muscariniques qui ont un seuil bas, du fait de l’inhibition partielle, mais constante, des antagonistes adrénergiques, il se produira un déséquilibre dont la traduction sera une excitation apparente des effecteurs muscariniques.

Au contraire, au niveau des effecteurs nicotiniques à seuil élevé pour l’acétylcholine, ce déséquilibre ne se produira pas, la diminution de la sécrétion et de l'efficacité des médiateurs cholinergiques et adrénergiques étant sensiblement parallèle et croissante avec la dose de curare injectée. C’est pourquoi, au niveau des eflecteurs nicotiniques, nous n'avons constaté aucune manifestation d’excitation dans un sens ou dans l’autre. Nous n'avons trouvé en aucun cas de myosis ou de mydriase nets chez les sujets auxquels nous avons injecté du curare à dose neuro-végétative. Mais cependant une observation soigneuse des réflexes pupillaires à la lumière nous a montré en revanche une incontestable paresse des muscles pupillaires.

3° ACTION SUR LES SYNAPSES FIBRES CHOLINERGIQUES DIRECTES EFFECTEURS.

Rappelons que nous entendons par fibres cholinergiques directes centrifuges des fibres cholinergiques allant des centres aux plexus intramuraux sans relais ganglionnaire et que de nombreux effecteurs muscariniques sont sous leur dépendance (motricité intestinale, glandes sudoripares, etc.).

Les fibres cholinergiques directes sont partiellement inhibées, comme le montre l’expérience de Halpern et Benda. Mais, Ià aussi, il y aura déséquilibre, car il s’agit d’effecteurs muscariniques, et le raisonnement que nous avons fait pour les fibres post-ganglionnaires cholinergiques correspondant à des effecteurs muscariniques garde toute sa valeur.

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D'autre part, nous avons vu que si le stimulus parvient à la synapse fibre-cholinergique-etfecteur (Luco et Mesa [797), cette jonction fonctionne normalement, même pour des doses très supérieures à la dose curarisante. L'expérience de Halpern et Benda montre bien que, sans avoir l'efficacité de l’état normal, les stimuli sont conduits par les fibres cholinergiques directes, le sujet étant soumis à une dose neurovégétative de curare. 11 est donc logique de penser que le blocage de la synapse fibre-cholinergique-effecteur sera moins avancé que celui de la synapse ganglionnaire.

Il y a un troisième motif logique pour que l’inhibition à cette synapse soit moins marquée : le curare agissant sur toutes les synapses cholinergiques, moins un stimulus aura de synapses ganglionnaires cholinergiques à franchir, moins son efficacité au niveau de l’effecteur aura de chance d’être diminuée.

Ces trois raisons, jointes à l’inhibition partielle mais constante des antagonistes adrénérgiques, font penser que l'effet muscarinique mineur du curare à dose neuro-végétative doit être plus marqué au niveau des effecteurs muscariniques qui dépendent de fibres cholinergiques directes, et cela cadre parfaitement avec les résultats de notre expérimentation.

IV. — L’action du curare à dose neuro-végétative a pu être une action directe sur les centres neuro-végétatiis.

Toutes les références se rapportant à l’action centrale du curare, qu'il s'agisse de constatations cliniques (Pick et Unna [89], Whitacre [102] ou d’expérimentations animales (Fellteberg et Pick [32], Euler et Wahlund [30]) montrent que cette action nécessite des doses très élevées n'ayant aucun rapport avec nos conditions d’expérimentation, Ces pourquoi il y a tout lieu de croire, pour interpréter cet eftet muscarinique, qu'il ne s’agit nullement d'une excitation de certains centres nerveux végétatifs supérieurs. D'ailleurs,

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même si cette action existait, l’inhibition des voies de conduction masquerait certainement cet effet.

Quant à l'effet psychique (obnubilation légère, besoin de sommeil) que nous avons constaté dans certains cas, il s’agit sans doute d’une modification du tonus de certains centres neuro-végétatifs diencéphaliques, résultant des perturbations de l’équilibre humoral.

Conclusions.

L'hypothèse tient une trop large place dans cet essai; c’est pourquoi nos conclusions ne peuvent être formelles.

— Il est acquis : que l’effet muscarinique mineur déterminé par une injection de curare à dose neuro-végétative n’est une excitation directe ni des centres neuro-végétatifs, ni des voies neuro-végétatives ou de leurs relais, ni des effecteurs musculaires ou sécrétoires.

— Îlest probable qu'il s’agit d’une inhibition partielle de tout le système organo-végétatif : diminution de la sensibilité des organes aux médiateurs chimiques, diminution de l’excitabilité et de la conductibilité des voies végétatives. Mais tout se passe comme s’il existait, comme Hudon et Baudoin. l'ont exprimé : « une prédominance vagale ».

Prédominance qui peut s'expliquer de la manière suivante :

— blocage partiel de toute synapse ganglionnaire;

— blocage moins prononcé des synapses fibre-cholinergique-effecteur. |

Ces deux phénomènes ont les conséquences suivantes :

— inhibition partielle de tous les territoires adrénergiques;

— baisse passagère de l’adrénalinémie;

— excitation apparente des effecteurs miuscariniques due à leur plus grande sensibilité à l’acétylcholine, à leur dépen-

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dance fréquente de fibres cholinergiques directes, à l’inhibition partielle, mais constante, des antagonistes adrénergiques.

Il est possible que cet effet soit partiellement ou totalement déterminé par la libération d’histamine dans l’organisme par le curare.

Remarques.

A dose neuro-végétative, il s’agit seulement d’un déséquilibre de l'effet inhibitoire du curare, c’est pourquoi les manifestations que nous avons observées ont, dans la majorité des cas, été discrètes. Les effecteurs dont la régulation neurovégétative est la plus simple sont constamment touchés (par exemple, glandes salivaires, motricité intestinale), les fonctions dont la régulation est complexe (tension artérielle) sont perturbées seulement dans certains cas.

Cette interprétation suggère une explication aux désaccords des différents auteurs sur l’état des fonctions organiques pendant la curarisation. En effet, le déséquilibre neuro-végétatif, à mesure que la dose curarisante devient efliciente, a pu s'accentuer ou passer inaperçu : suivant la prémédication (on comprendra qu'il passera habituellement inaperçu, la prémédication étant à base d’atropine dans la majorité des cas), suivant la sensibilité propre du système neuro-végétatif du sujet curarisé, suivant le seuil des effecteurs aux médiateurs chimiques chez un même individu.

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