III. — L’expérimentation
Nous avons injecté deux curarisants au cours de 17 accouchements aux doses que nous avions employées chez les
sujets normaux, Soit :
6024 PP d1;5 cm; 3.697 RP — 1 cm:.
Ces injections ont été effectuées de préférence chez des primipares, afin d’avoir des résultats plus probants. Nous avons systématiquement essayé la drogue à tous les stades du travail : au début, en cours, à la fin de la dilatation. Dans quelques cas, afin de dissocier les effets du curare de ceux de la Spasmalgine, en comparant avec les autres observations, nous avons, comme le préconise H. Laborit [66], injecté de la Spasmalgine en même temps que le curarisant.
A. — Procédés d'appréciation.
Quels procédés avons-nous adoptés pour apprécier les modifications au cours de l'accouchement à la suite de l’injection de curare ?
a) La douleur. — Quel est le plus, quel est le moins de la douleur ? Cette appréciation est strictement clinique et combien délicate. C’est pourquoi nous n'avons pas employé, au cours de nos observations, le terme d’analgésie. Chaque fois que l’interrogatoire, l'appréciation des manifestations de la parturiente, jointes à l’observation de l’enregistrement graphique, nous l’ont permis, nous avons signalé que telle ou telle douleur ayant telle topographie était modifiée ou non. Dans certains cas, où l'allure clinique et l’interrogatoire ne semblaient pas cohérents, nous nous sommes contenté de signaler que la parturiente manifesterait plus ou moins. Mais toute appréciation d'analgésie est à priori sujette à la critique.
b) La contractilité rythmique. — 11 n’en est pas de même pour l'appréciation des contractions de l'utérus. Celles-ci lurent contrôlées, dans la majorité des cas, par l’enregistrement suivant la méthode hystérographique de Mahon [80], méthode dont cet auteur décrit le principe et les détails techniques dans sa thèse. Les contractions cloniques sont très nettes sur les graphiques, ce sont des oscillations brusques, d'amplitude appréciable, de courte durée.
c) Le tonus utérin. — Le tonus utérin fut également apprécié par la méthode hystérographique. Ce n’est pas le tonus utérin que nous avons pu mesurer par cette méthode, ce sont ses variations (Mahon [82]). L'augmentation du tonus se traduit sur le graphique par une ondulation lente, dont cependant le début peut être assez brusque, mais dont la chute est longue et étalée (de 5 à 10 minutes).
d) Le tonus du col utérin. — Nous avons apprécié le tonus du col utérin par le toucher vaginal. Nous avons cependant, dans la mesure du possible, comme le veut Kreiss [63], considéré particulièrement le comportement du col pendant les contractions. Nous avons adopté le terme de «col rigide » pour simplifier notre exposé, mais en fait il correspond à des états cliniques qui diffèrent sensiblement : soit que le col donne une sensation, anatomique globale de rigidité, soit que le toucher au moment des contractions permette de percevoir un anneau interne rigide disparaissant dans l’intervalle des contractions, soit que le col, sans paraître modifié anatomiquement, donne la sensation de spasme.
e) Le tonus des parties molles. — Les variations du tonus du périnée sont également d'appréciation délicate. Dans certains cas, le périnée était souple avant l'injection de curare; dans d’autres cas, nous n’avons constaté aucune modification appréciable lorsque le curare agissait à la période d’expulsion. C’est pourquoi nous n'avons pas employé le terme de « périnée souple », mais celui de « périnée assoupli », lors-
net
que réellement un assouplissement objectif des parties molles a été constaté par nous-même et des obstétriciens entraînés après l'injection de curare à dose neuro-végétative.
B. — Observations.
Toutes les observations que nous rapportons ont été prises à la Clinique obstétricale André-Boursier, de janvier à juillet 1948. Pour ne pas surcharger l'exposé des observations et leur conserver un caractère strictement obstétrical, nous n'avons pas noté les manifestations dues à l’effet muscarinique habituel et préféré en faire plus loin un bref exposé synthétique.
Nous avons utilisé les abréviations suivantes :
D. T. : début de travail.
2 F : 2 francs.
OF: © 5 francs.
P. P. : petite paume.
G. P. : grande paume.
Exp. : expulsion.
Déd. sp. : délivrance spontanée.
Dél. nat. : délivrance naturelle.
Poids : poids de l’enfant.
Spasmalgine : injection d’une ampoule de Spasmalgine.