‹ De l'explication dans les sciences (volume 2)Chapitre 30 sur 153 · A. Trendelenburg, l. c, p · texte numérisé non relu

A. Trendelenburg, l. c, p

/Z L EXPLICATION GLOBALE

honneur S car elle conslitue, à plus d'un égard, un document d'une haute valeur pour l'histoire de la pensée philosophique. C'est la préface à la traduction allemande des Fragments philosophiques de Victor Cousin'.

Après avoir brièvement, caractérisé aussi bien sa philosophie propre que celle de Hegel et avoir (tout en formulant cette accusation de quasi-plagiat dont nous avons parlé cliap. XI, pp. 13 et suiv.) fait ressortir que Hegel a été original en faisant application du processus à l'idée logique : « c'est là une invention qui lui revient à lui seul et que la pauvreté intellectuelle a justement admirée », Schelling expose que « le mouA^ement logique propre à la notion se soutient, comme on pouvait le prévoir, dans la limite de ce qui est purement logique ; mais dès l'instant qu'il faut en sortir pour se placer sur le terrain de la réalité, le mouvement dialectique s'arrête et se rompt ». La transformation qui s'opère alors « n'est plus un mouvement dialectique, mais un tout autre, auquel il serait difficile d'imposer un nom, pour lequel il n'y a pas de catégorie dans un système rationnel pur, et pour lequel l'inventeur luimême n'en a point dans son propre système ». Il s'agit en somme d'une «tentati\e de rétrograder vers le dogmatisme scolastique, de fonder la métaphysique sur un principe purement rationnel, exclusif de toute réalité, tenta-

1. Telle n'est point l'opinion de K. Fischer, qui estime au contraire que le fait que c'était, depuis plus de vingt ans, la première publication philosophique de Schelling et que c'était aussi la première fois que ce dernier, dans un écrit, s'expliquait à l'égard de Hegel, a donné à cette oeuvre une importance qu'elle n'aurait pas eue en d'autres circonstances {Geschichte, vol. VII, p. 227 ]. Nous espérons que le lecteur, après avoir, avec nous, examiné le contenu de l'opuscule, sera d'un avis opposé.

2. Une bonne traduction française de cette préface a été publiée peu de temps après son apparition en Allemagne sous le titre de : /iz^reAnenf de M. ScheLling sur la philosophie de M. Cousin, traduit de l'allemana et précédé d'un Essai sur la nationalité des philosophies, par J. Willm. L'original allemand se trouve Werke, V série, vol. X, pp .201 à 224. — P. Grimblot a inséré, comme appendice à sa traduction du Système de l'idéalisme transcendantal (Paris, 1842, pp. 377 et suiv.), une traduction de la même préface qui paraît une reproduction, assez peu modifiée, de celle de Willm, à laquelle Grimblot emprunte jusqu'à son titre (Jugement etc. ; le texte allemand porte simplement: nebst einer heurtheilenden Vorrede des lin. Geh. Raths v. Schetlinçf). — Sur les rapports personnels de Cousin avec Hegel et Schelling, cf. Appendice XV.

tive naïve par cela seul cfue l'élémeiit empirique ou la réalité, repoussé d'abord, est réintroduit dans le système comme par une porte de derrière ». Ainsi la tentative de Hegel montre « par un exemple nouveau qu'il est impossible, a\ec le rationnel, d'arriver jusqu'à la réalité ». Car « on peut fort bien commencer un système de philosophie par un principe a priori, par un principe purement rationnel, en le faisant seulement précéder de quelques considérations préliminaires. Là n'est point la difticulté. Mais de même que toules ces formes qu'on appelle aprioriques n'expriment que le côté négatif de toute connaissance, ce sans quoi nulle connaissance n'est possible, et non le côté positif, ce par quoi elle naît, et que, par conséquent, leur caractère d'universalité et de nécessité n'est qu'un caractère négatif; de même dans ceprius absolu qui, dans son universalité et sa nécessité, n'est autre chose que ce qui nulle part et en rien ne peut pas ne pas se concevoir, c'està-dire l'être en soi (â-jTb -b cv), on ne peut reconnaître que le caractère universel négatif, ce sans quoi rien n'est, mais' non pas ce par quoi quelque chose existe \ »

Dans son œuvre postérieure, Zur Geschichte der neueren Philosophie -, Schelling, dans le chapitre consacré à Hegel, complète cette critique magistrale. 11 répète tout d'abord (ce qui constitue en effet le point saillant de son raisonnement) que « la logique se présente comme l'élément purement négatif de l'existence, comme ce sans quoi rien ne pourrait exister, mais d'où il ne résulte pas, à beaucoup près, que tout n'existe que par lui ^ ». Mais il

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