CHAPITRE XII
La doctrine de Hegel est un monisme. C'est même, sans doute, le monisme le plus parfait ou du moins le plus outrancier que l'histoire de la pensée humaine ait eu à enregistrer. Comme l'a formulé Trendelenburg, critique fort compétent, presque contemporain de l'époque de la pleine floraison du système, la méthode hégélienne « tente cette entreprise audacieuse de développer la pensée et l'être en leur unité. S'il existe une telle dialectique, poursuit ce philosophe, par laquelle la pensée, en se développant elle-même, développe par sa force propre la nature intime des choses, nous posséderons par elle, d'un seul coup, la plénitude de la vérité et de la certitude K »
A quel point c'est là une entreprise, par son essence même, chimérique, c'est ce que nul n'a exposé de manière plus claire et plus convaincante que le prédécesseur le plus immédiat de Hegel dans l'évolution de la philosophie allemande, son camarade d'études plus jeune de cinq ans et qui pourtant, par l'anomalie de sa maturité précoce, avait pendant des années fait figure de maître à son égard — Schelling. Schelling, à partir presque exactement du moment où, par la Phénoménologie, s'était affirmée l'indépendance de Hegel, s'était tu à peu près complètement. Quatre ans après la mort de Hegel il rompit ce silence par une publication fort courte et n'ayant, en apparence, qu'un but tout à fait occasionnel, mais qui n'en fit pas moins un bruit énorme ; elle méritait d'ailleurs cet