Urbain et Sénéchal, l. c, p
4. C'est sans doute par ce sentiment que la construction, la déduction spatiale constitue la partie véritablement essentielle de la théorie que s'expliquent des déclarations comme celle que nous avons citée plus haut (p. 68, note 2) et qui affirme que les conceptions de Werner sont calquées sur celles de la chimie organique, alors que cette opinion ne peut se rapporter qu'à l'explication de l'isomérie à l'aide d'une figure géométrique. M. Werner, d'ailleurs, semble parfaitement conscient de cette valeur explicative de l'image
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ci, malgré quelques défaillances, a justifié depuis, dans une très grande mesure, la confiance de ses partisans, en permettant d'effectuer et de classer un nombre considérable de découvertes fort intéressantes, et que sa vertu efficace, dans cet ordre d'idées, ne semble aucunement épuisée à l'heure actuelle.
Une divergence fondamentale cependant semble persister entre le tétraèdre ou l'octaèdre des stéréochimistes modernes d'une part et les figures géométriques des penseurs de l'antiquité d'autre part; c'est celle qui résulte de l'évolution dont nous avons parlé plus haut et qui a abouti à faire accepter par la science la conception de substances élémentaires multiples. Ainsi dans le tétraèdre du feu de Platon, il ne pouvait y avoir de spécifique que cette forme tétraédrique ; alors qu'au centre du tétraèdre moderne il y a un atome de carbone, c'est-à-dire d'une substance différant essentiellement de toute autre. Mais là encore, quand on regarde les choses de plus près, la différence tend à s'atténuer.
Nous avons, dans les pages qui précèdent, touché à plusieurs reprises à cette question, dont l'importance est évidemment primordiale au point de vue de la théorie chimique, du concept de l'élément. Nous avons reconnu notamment, au chapitre V (pp. 172 et suiv.), à propos de l'explication du divers dans l'espace, que la spécificité des éléments chimiques constitue un obstacle auquel se heurte cette explication, un irrationnel, ou plutôt une indication que la science, en avançant dans ce domaine, parviendra probablement un jour à y déterminer un irrationnel net-
spatiale et use de cette image partout où cela paraît possible. Ainsi, il estime que les deux radicaux-limites observés MO' et MO" doivent « correspondre aux chiffres de coordination dans le plan et dans l'espace » des éléments (l. c, p. 121). De même, après avoir constaté qu'on n'a jamais observé plus de trois « liaisons de pont », il affirme que ce fait « trouve une explication simple dans le groupement octaèdrique des divers groupes autour des atomes métalliques comme centres » (ib., p. 28"). En ce qui concerne en papticulier l'octaèdre, il déclare : « Cette conséquence, qui est fondamentale au point de vue de la conception spatiale des complexes MR'', a été confirmée par l'expérience dans une mesure telle, que l'on ne saurait plus douter que les formules spatiales établies sont justifiées » (ib., p. 342).
LES MODALITliS DE L EXPLICATION SPATI AI.i; W.i
tcment délimité. Nous avons cnsuilt', dans eu chapitre mémo, raconté la naissance du concept d'élément chimique, tel (jue le connaît la science de nos jours, et nous on avons suivi l'évolulion jusqu'à une époque tout à fait récente où la spécificité, la « constance » des éléments semblait, en apparence, universellement reconnue comme une des bases fondamentales de la chimie (p. 290). Mais nous avons indiqué en même temps que la situation était en réalité plus complexe. En effet, sous ce courant très apparent, inspiré directement (on l'a vu) par des constatations expérimentales, on découvre, si l'on veut bien y prêter attention, un courant en sens contraire, tendant à nier ou du moins à réduire la spécificité des éléments, dans le sens précisément de cette tendance apriorique dont nous avions constaté l'aclion à propos de la diversité dans l'espace (chap. V, p. 170). Les chimistes avaient beau, dans la pratique de leur science, édifier tout sur cette théorie, avoir l'air de considérer les propriétés des éléments comme ultimes et estimer parfaite toute explication dans laquelle on réussissait à remonter jusquà ces propriétés, tout au fond d'eux-mêmes et, sans doute, parfois inconnu à eux-mêmes, l'espoir persistait de revenir un jour au concept de l'unité de la matière. C'est une tendance dont les manifestations multiples et suffisamment nettes peuvent être aisément suivies à travers toute cette époque. Pour Lavoisier, déjà, tous les éléments ne paraissent pas revêtus de la même dignité ; certains d'entre eux, l'oxygène, l'azote, l'hydrogène, lui semblent plus simples cpie les autres corps S lesquels n'auraient donc été que des composés plus fortement constitués que ceux que nous formons et finalysons dans nos laboratoires (c'était, on le sait, à peu près la conception de Boyle). Dans la seconde décade du xix'^ siècle surgit la théorie de Prout, d'après laquelle l'hydrogène serait l'unique élément primordial. Légèrement modifiée par J.-B. Dumas, elle eut tout de suite beau-
1. Cf. BouASSE, Introduction à l'étude des théories de la mécanique, Paris, 1S95, p. 166.
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coup de partisans, et bien que des recherches ultérieures aient été loin de confirmer sa base expérimentale S elle ne disparut point d^^ la science ^ Au même ordre d'idées se rattachent les tentatives visant à établir des rapports entre les poids atomiques des éléments chimiques et leurs diverses propriétés. En effet, en agissant ainsi, on tendait à réduire la spécificité de chaque élément chimique en particulier, à la faire apparaître comme dépendant de la variation d'un facteur qui ne pouvait que constituer la caractéristique d'une sorte d'élément ultime \ On sait que ces efforts ont abouti à l'établissement du célèbre sj-stème périodique des éléments de Mendéléef et que cette grandiose conception, après s'être heurtée d'abord à une grande résistance auprès des chimistes, a fini par s'imposer, au point qu'à l'heure actuelle elle fait corps avec l'édifice théorique de la science. Enfin, pur la découverte de Mosseley * ces deux courants de la pensée scientifique se confondent en quelque sorte, en se précisant et se confirmant mutuellement.
Ces tendances vers l'unité de la matière ont encore considérablement gagné en force depuis de récentes découvertes dans le domaine de l'électricité et surtout dans celui des corps radioactifs, découvertes qui tendent
1. 11 eût fallu que tous les poids atomiques fussent des multiples entiers de celui de l'hydrogène ou du moins, selon Dumas, de la moitié de ce poids.