De l'exploitation des chemins de fer; leçons faites en 1867 à l'École impériale des ponts et chaussées
Tout le monde voyage en chemin de fer, toul le luuiide parle des chemins de ier, et cependant bien peu de personnes connaissent l'organisation de ces grandes entreprises, l'étendue de la tâche qu'elles effectuent silencieusement chaque jour, et les diihcultés de tout genre qu'elles ont à vaincre pour son accomplissement.
Il se passe même à Tégard des chemins de fer un fait économique singulier : on iiuiltiplie, pour les obtenir, les plus vives instances, v[ à peine sont-ils livrés à l'exploitation, qu'ils sont l'objet de critiques souvent passionnées.
H n'y a pour ainsi dire pas de localilr non encore desservie par un chemia de fer qui ne réclame avec ardeur la construction de ces voies de communication perfec^ tionnées. Sans chemins de fer, l'industrie ne peut ni se développer à rintériLuu', ni soutenir la ( «nu urronce étrangère ; sans chemins de fer, les matières premières ne peuvent s'obtenir que grevées de frais considérables, les produits manufacturés ne peuvent atteindre des mar* clïés importants. Aussi, les conseils généraux, les con-
II ÛBSËRVATiO:<S PR^UMINAIRES.
seils municipaux, les chambres de comfcierce, les commissions s[)éciales mulliplieiit-ils les <lélibéraliuiis, les péiilious, les démarches, pour obtenir l'exécution de H* gnes nouvelles ; et si, aux yeux des populations, il existe on matière d'économie politique une assertion incontestée, c'est que toute localité dépourvue d'un chemin de fer est dans un état d'intolérable infériorité vis^-vis des localités qui en sont déjà dotées.
Il lîiul fonslruire des chemins de fer partout et à tout prix; il faut les multiplier âans toutes les directions, sans considérer si ces lignes nouvelles ne font pas double ou triple emploi avec des lignes anciennes, sans examiner surtout si les dépenses à faire n'imposent pas au pays une charge supérieure au bien qu'il en retire.
£n même temps, les contrées en possession de lignes anciennes font entendre d'autres doléances : le monopole concédé aux enlicprises de chemins de l'or est insupportable, et c'est de la navigation seule que Ton peut obtenir les transports à bas prix et la vie à bon marché ; les tarifs des chemins de fer sont trop élevés, les réductions de taxes sont inégalement réparties, le nombre des ti-ains est insullisant, les voyageurs de toutes classes ne trouvent pas les conditions de rapidité, de confort et de protection auxquelles ils ont droite etc., etc.
Nous sommes loin de penser que l'exploitation des chemins de fer ne comporte aucune amélioration ; nous voyons, au contraire, chaque jour amener un perfectionnement nouveau; mais nous croyons aussi que les reproches dont nous venons de donner rénuuicralion sommaire sont peu fondés. Si les chemins de fer ne répondent pas à toutes les espérances qu'ils font naître,
OBSERVATIONS PRÉLUUNAIRËS. ni
c*est que rien sur la terre ne possède une telle vertu.
L'exécution du réseau le plus développé ne fera pas disparaître, pour une localité ou une industrie déterminée, des causes d'infériorité en quelque sorte native. Les chemins de fer diminuent les distances, mais ils ne sauraient les aiiiRiler ; dans tons les cas, on })eut dire (ju'ils ont déjà donné satislaction à d'immenses besoins, et qu'ils constituènt aujourd'hui le plus puissant et le plus merveilleux des instruments de transformation et de progrès.
Les questions soulevées par rexpluilatioii des chemins de fer sont si multiples, elles touchent à tant d'intérêts, qu'il importe au début de toute étude qui les concerne de bien préciser le but que Ton veut atteindre et l'ordre que l'on compte suivre.
Notre but est de faire connaître les services déjà rendus par les chemins de fer, ceux que le pays a le droit d'en al tondre, et d'indiquer les conditions dans lesquelles s'effectue leur exploitation.
Mous espérons arriver à ce résultat en divisant ces leçons en cinq parties :
La première partie com[>rend l'appréciation de la tâche que les compagnies ont à remplir et les moyens dont elles disposent pour l'accomplissement de cette tâche ;
La deuxième partie comprend l'exploitation technique ;
La troisième pailie l exploitation commerciale;
La quatrième partie les recettes et les dépenses de l'exploitation ;
I>ans la cinquième, nous avons essayé de montrer
quelles ont été pour ragricuUure, 1 industrie et le commerce de notre pays, les conséquences de l'établissement des chemins de fer.
rv OBSERVATIONS PRÉUHDUIRES.
Dans la première partie, il nous a paru nécessaire de présenter avec quelques détails tout ce qui concerne l'organisation de l'exploitation. On parlait^ il y a quelques années, de l'organisation de l'industrie; on ne pensait certes pas à ces armées indnstri("lles de 20, de 50, de 40 et même de oO,000 hommes qui constituent ou constitueront l'effectif de chacune des compagnies de chemins de fer en France. Les problèmes que soulèvent le recrulement, l'emploi utile, la réniunéi'alion des services rendus par de telles agglomérations d'hommes, sont extrêmement nombreux et délicats; nous croyons pouvoir dire que les solutions données à ces problèmes sont déjà satisfaisantes, et qu'elles çonliennenl le germe d'améliorations qui ne tarderont pas à se produire.
£niln, nous avons dû ne pas perdre de vue un seul instant l'auditoire tout spécial auquel ces leçons sont adressées.
Appelés à prendre part au contrôle de la construction et de l'exploitation des chemins de fer, les ingénieurs des
ponts et chaussées doivent , plus i\uo d'au lu s personnes, apjnofondir toutes les questions qui intéressent la sécurité des voyageurs, le développement des affaires commerciales et l'augmentation de la richesse du pays.
Nous avons eu à citer de nombreux chiffres; ils sont tous extraits de documents officiels : les uns ont été publiés par le ministère des travaux publics, ou par les che-. mins de fer français et étrangers ; les autres ont été relevés daiis les statistiques particulières des compagnies.
des'
PREMIÈRE PAllIIE
CONSIDÉRATIONS GÊNfiftALSS SUR L'IMPORTANCE DES TRANSPORTS A EXtCUTBR ET SUR L'ORGANISATION DE L'EXPLOITATION DES CHEMINS