CHAPITRE HI
LITHOGÉNIE URINAIRE <
Nous venons de voir que les calculs étaient composés de substances normalement dissoutes dans l’urine et quels étaient les troubles que nous retrouvions dans l’organisme, la vie, les habitudes, ou l’appareil urinaire de nos malades atteints de gravelle.
Comment ces causes peuvent-elles agir pour provoquer la formation de concrétions ?
Assurément l’état des voies urinaires, la proportion des parties dissolvantes de l’urine par rapport aux éléments qui s’y trouvent en dissolution ont une influence sur la précipitation des matériaux. Maïs ces conditions sont loin d'expliquer la formation des calculs. Et les théories sont nombreuses qui prétendent l’éclaireir.
Nous ne ferons que rappeler pour mémoire les théories ; imaginatives du catarrhe lithogène de Meckel, de la force pétrifiante de Van Helmont, de l'influence de l'électricité invoquée par Beckerel. Nous ne retiendrons que les quatre théories classiques
Chimique, Physique, Histo-nécrotique, Bactérienne.
ET 0 2e
1° Taéorie cHrmique. — C’est Scherer qui, en 1843, émit la première théorie vraiment scientifique. Suivant li, l’urine subit dans ses voies d’excrétion, deux sortes de fermentations
La première mettrait en liberté l’acide urique ;
La seconde s’attaquerait à l’urée qu’elle décomposerait en carbonate d’ammoniaque, sel peu fixe. L’ammoniaque ayant ainsi pris naissance dans le sein de l’urine se fixeait sur des radicaux acides urique ou phosphorique. ; = Nous aurions ainsi à la rigueur l’explication de l’origine de la lithiase sablonneuse. Mais nous avons à considérer encore l’agglutination et l’agglomération de ces précipités. Nous savons parfaitement que dans un liquide contenant un sel en dissolution, un cristal peut servir de point de départ et de centre à une cristallisation considérable et rapide. C’est même un moyen qui permet d'obtenir de très gros cristaux en € nourrissant le cristal », suivant l’expression consacrée. Mais tous les calculs n’ont pas cette forme cristalline. Beancoup sont composés de substances amorphes, et Scherer mettait cette agglomération, cette “condensation de précipité, sur le compte d’une matière animale. Ch. Robin soutint que cette matière ne jouait aucun rôle. Mais il ne voulut admettre la précipitation d’un sel dans l’urine que lorsque celle-ci était à l’état de saturation, ce qui est loin d’être vrai en clinique.
2° THÉORIE PHYSIQUE. — Ord, édifiant la théorie des colloïdes, donna une explication des plus heureuses et des plus satisfaisantes. Il se basa sur ce fait, mis en lumière par les expériences de Raïney, que lorsqu'on fait précipiter des sels dans une solution qui contient déjà un colloïde la cristallisation ne se fait plus avec la même structure que la cristallisation ordinaire. De plus, ces cristaux, mis
dans des solutions colloïdales de poids spécifiques différents, se désagrègent et retournent à la disposition moléculaire primitive.
On peut admettre, avec Ord, que les colloïdes qui se trouvent dans l’urine normale (matière colorante, mucus) ou pathologique, peuvent jouer le même rôle que la solution colloïdale de Rainey. Done, pour Ord, il faut que deux conditions soient remplies
1° Présence de substances colloïdales dans. l’urine ;
2° Composition, du liquide, richesse en sels, qui sont sous la dépendance des causes que nous avons étudiées à
l’étiologie.
3° THÉORIE AISTO-NÉCROTIQUE. — Îl est fréquent de constater au centre d’un calcul des débris organiques des cellules qui paraissent avoir été l’amorce de la concrétion. Ebstein et Nicolaier, remarquant que chez des animaux soumis à l’ingestion d’oxamide, on retrouve des calculs dans les reins, les uretères et la vessie, pensent que cette substance frappe dans son élimination les cellules épithéliales rénales et que ces cellules, atteintes de dégénérescence graisseuse et desquamées, deviennent le centre d’une agglomération. Guyon, Méhu, sont portés à admettre plutôt un rôle mécanique d’excoriation des épithéliums causé par les cristaux d’acide urique. Le régime alimentaire aurait aussi de l’influence, Certains aliments frapperaient électivement les cellules épithéliales. Il se produirait ainsi de légères congestions avec issue de globules rouges, de lencocytes. Et ces trois sortes de cellules réunies dans l'urine pourraient amorcer le calcul.
Cette théorie, comme celle d’Ord, est à retenir, et 1l est probable que les deux choses vont parallèlement. Remarquons que pour la lithiase biliaire il peut en être de même.