CHAPITRE II
Des réactions intra-oculaires provoquées par les corps étrangers.
On sait, depuis longtemps, que certains corps étrangers métalliques sont tolérés d’une façon remarquable par le globe oculaire parfois pendant de longues années, tandis que d’autres semblent au contraire provoquer rapidement des complications ïirritatives ou inflammatoires dans l’œil blessé et souvent l’ophtalmie sympathique.
La tolérance semble plus grande pour les métaux non oxydables que pour ceux qui s’oxydent facilement, tel que le fer.
Néanmoins, Terson a pu observer un fragment de fer toléré pendant vingt ans dans le corps ciliaire.
D’autres auteurs ont observé des éclats de capsule tolérés pendant quarante ans dans la chambre postérieure : pendant vingt ans dans la chambre antérieure.
D'une manière générale, l’on constate une suppuration surtout intense dans la chambre antérieure, le vitré et le corps ciliaire. Le métal provoque autour de lui un exsu-
dat purulent qui, dans quelques cas expérimentaux sur le
CRE he
lapin, s'organise peu à peu en une coque conjonctive, enkystant le fragment métallique, expliquant l’arrêt des phénomènes inflammatoires.
En plus de ces phénomènes, le fer provoque des altérations graves des tissus, avec coloration spéciale rouge brun, connues cliniquement sous le nom de Sidérose, depuis Bunge (1890), et étudiées par Von Hippel, puis Hertel. Cet auteur attachait même une médiocre importance à l’enkystement du fer comme obstacle à la réaction des tissus.
D'autre part, dans la Revue générale d’ophtalmologie, année 1913, M. le Professeur Rollet concluait à la suite de recherches expérimentales sur l’action intra-oculaire des métaux nouveaux (expériences sur le lapin) : … « L’aluminium, le tungstène, le fer et l’acier provoquent une réaction si légère qu’elle est invisible et consiste simplement en une transformation fibrineuse de l'humeur aqueuse aboutissant à une pseudo-membrane légère ».…
Les cas d’énucléation, à la suite de corps étrangers anciens, sont très rares ; nous avons cependant pu recueil-
lir les deux observations suivantes :
Clinique de M. le Professeur Rollet. Enucléation pour panophtalmie. Eclat toléré 20 ans.
D. A., énucléation le 1° septembre 1923. Eclat d'acier, il y a 20 ans, avec perte de vue. Actuellement, panophtal-
mie antérieure.
Fixation au formol. Coloration par la méthode de Perls
(Ferrocyanure de K, acide chlorhydrique).
Présence d’une coloration bleue prédominante dans l’épithélium du corps ciliaire, la capsule antérieure du cristallin, ainsi que la conjonctive cornéenne : Sidérose. Synéchies antérieures.
Synéchie postérieure presque totale.
On ne trouve nulle part de réaction fibreuse.
Clinique de M. le Professeur Rollet. Enucléation. Corps étranger toléré pendant 15 mois. — Observation due à l’obligeance du Docteur Bussy, chef du laboratoire de la clinique d’ophtalmologie.
A. L., caporal au 2° tirailleurs. Enucléation le 4 octobre 1919.
Corps étranger toléré pendant 15 mois. Sur une coupe antéro-postérieure passant par le méridien vertical de J’œil, on trouve le corps étranger dans les couches antérieures du vitré, à 5 millimètres du pôle postérieur du cristallin.
C’est un petit grain de sable, de la grosseur d’un grain de mil, à contours très irréguliers et pesant 0 gr. 03.
A l’analyse chimique, on le trouve constitué par du carbonate de chaux à peu près pur.
Tout autour du corps étranger, les couches antérieures du vitré sont occupées par un véritable abcès arrondi, du volume d’un haricot, de teinte jaunâtre, de consistance diffluente et qui se continue par des transitions insensibles avec le vitré sain.
Au microscope, cet abcès est constitué par un amas
de polynucléaires, dont le plus grand nombre est trans-
VA Ÿ: Pt
formé en globules de pus. Le vitré voisin est infiltré à assez longue distance par des leucocytes, mais nulle part il ne montre de tendance à l’organisation fibreuse de défense. Au niveau du pôle postérieur, le vitré est remarquablement sain.
La cornée montre une irrégularité dans l’architecture de ses lames, due à des lésions anciennes, mais on ne trouve aucune trace d'un processus inflammatoire récent. L'iris et le corps ciliaire présentent des lésions inflammatoires diffuses, infiltration de cellules corjcnctives mobiles et petites hémorragies interstitielles, mais ces lésions sont modérées et ne dépassent pas en intensité ce qu’il est banal de voir dans une iritis aiguë. Nulle part, on ne constate de tendance à la suppuralion.:
Le cristallin a disparu, il a été enlevé il y a deux mois. Il n’est plus représenté que par une capsui: éprussie, adhérente à la face postérieure de l'iris et pénétrée à sa périphérie par quelques néo-vaisseaux.
La rétine ne présente pas de lésions appréciables par les méthodes d'examen employées (fixation au formol : coloration à l’hématine éosine (Mallory).
La choroïde ne montre qu’un peu de-congestion, surtout dans son segment antérieur.
La sclérotique paraît indemne.
La recherche des micro-organismes dans la coupe ne
donne aucun résultat.
Il est intéressant de rapprocher ces deux cas non expémentaux des conclusions des recherches pratiquées sur
le lapin.
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Il semble que les réactions se bornent à des phénomènes de suppuration et que les réactions fibreuses, formation de coque, ne sont pas d’une règle aussi générale qu’il est classique de le dire. Nous faisons toutefois remarquer que, dans l’observation communiquée par le Docteur Bussy, il s’agit d’un corps étranger nor métal-
lique toléré pendant 15 mois.