CHAPITRE PREMIER
Des quelques données historiques que nous possédons, il semble ressortir qu'avant la guerre, la technique de l’extraction des corps étrangers sous le contrôle des rayons X était assez vague et assez mal définie. GRASHEY avait imaginé un dispositif permet tant d'examiner d’un œil l’écran fluorescent tandis que Pautre œil suivait l’intervention. Les difficultés que présente cette méthode conduisirent les opérateurs à pratiquer les extractions dans l’obscurité ou dans Ja pénombre. C’est ainsi que CIvez se sert de la radioscopie pour guider un crochet de Kirmisson à la recherche d’un corps étranger de l’œæsophage. Puis on imagine de nouveaux perfectionnements : en 1906, Harer présente au Congrès de Milan sa table opératoire radiochirurgicale pour extraction sous écran. Plus tard, WuzzyAMoz fait connaitre les services que
peut rendre l’emploi des instruments coudés dont 1l se servait en opérant avec la bonnette sous le contrôle des rayons. dom
Mais, en somme, peu de praticiens s’engagèrent dans la voie nouvelle, et pendant les premiers mois de guerre, les publications offrent peu d’exemples de chirurgiens opérant avec l’étroite collaboration du radiologiste, sous le contrôle direct de la radioscopie.
Il faut dire qu’ils étaient en droit de craindre pour eux-mêmes les accidents graves dont tant de radiologistes anciens sont atteints, or c’est un devoir pour le chirurgien de conserver ses mains à l’abri des rayons nocifs : « Les mains du chirurgien sont son arme de combat. » Et jusqu'alors on n'avait guère appris à travailler avec un faisceau radioactif de petit diamètre. Et pour obtenir des gants au plomb une protection suffisante, il faut leur donner une épaisseur, qui rend impossible toute intervention opératoire. Enfin, de par une technique mal réglée, le chirurgien se voyait souvent dans la nécessité de laisser longtemps ses mains däns le cône des rayons, cherchant du doigt ou de la pince la voie qui devait le conduire au projectile.
Mais là n’était pas seulement la difficulté. Pour extraire ans) un projectile sous la direction et le contrôle constant de l’ampoule radiogène, 1l fallait opérer dans l'obscurité, pour ainsi dire, à l’aveuglette. Peu d'opérateurs consentaient à diminuer ainsi les chances de succès en augmentant la fréquence des contacts septiques possibles; et bien peu auraient voulu opérer sans rien y voir, dans les régions dangereuses où se trouvent parfois les projectiles, au contact d’un paquet
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vasculo-nerveux, en plein tissu pulmonaire ou Hépatique. Mieux valait, à tout prendre, le léger degré d'incertitude que laissait un repérage radioscopique donnant la profondeur à partir d’un point marqué sur la peau; mieux valaient encore les compas, instru ments précis et de haute valeur, entre des mains expémentées. ù
C’est à Lyon que la méthode du contrôle radiosco— pique, pendant l'intervention, obtient les premiers succès. M. ENGEL apporte en septembre 1914une table radioscopique transportable et l’utilise dans les principaux services chirurgicaux du centre hospitalier et de la région.
Dans les premiers jours d'octobre 1914, WuLLyamoz arrive, lui aussi, à Lyon avec une table radioscopique et parvient, sous les auspices de M. le professeur CLuzET, à mettre en valeur les résultats que peut donner l'emploi de sa méthode appliquée à la chirurgie de guerre. Mais cette méthode, et M. le professeur CLUZET le reconnait lui-même, nécessite la présence d’un médeein radiologiste. Cependant, après avoir rencontré une assez vive opposition de la part d’autres radiologistes et chirurgiens, la méthode conquiert bientôt tous les suffrages. Et nous pouvons bientôt voir sa renommée s'étendre rapidement. C'est d’abord le D' TÉmoin, de Bourges, qui fait connaitre les excellents résultats que lui donne l’emploi du contrôle radioscopique. Plus tard, Gosser et MaucLarRE apportent leurs témoignages aux nouvelles méthodes. Puis ce sont les célèbres travaux d'OMBREDANNE et LEDOUX-LEBARD qui, opérant à Tours, mettent définitivement au point la tech-
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nique du contrôle intermittent à l’aide de la bonnette.
Peu à peu, deux courants s’établissent nettement différents. À la suite de WuLLyAMmoz, d'OMBREDANNE, de RecHou, un certain nombre de chirurgiens pratiquent l’extraction sous le contrôle de la bonnette que porte le radiologiste. |
D’autres, avec MaAuCLAIRE, opèrent sous le contrôle de l’écran, et tiennent à voir eux-mêmes le projectile qu'ils vont enlever. Tels sont les principes des deux méthodes. RecHou limite le rôle du chirurgien et fait extraire le projectile par le radiologiste. H. Perrr, Moxop se servent de la lumière rouge pour éclairer le champ opératoire pendant toute la durée de Pintervention. PeriT DE LA VizLéox apporte, en août 1946, un argument en faveur de la méthode de Mauclaire, en faisant connaître sa technique pour l’extraction des projectiles intrapulmonaires, et les excellents résultats qu’elle donne entre ses mains.
Les communications deviennent peu à peu plus nombreuses, et chacune des méthodes employées, parait être, aux mains de ceux qui l'utilisent, la raison de leurs succès. |
Pour nous, après avoir, à l’armée d'Orient, pratiqué quelque peu le contrôle à l’aide de la bonnette, après avoir essayé plusieurs fois l'intervention en salle obscure, ou en lumière monochromatique rouge, nous sommes arrivés à ne plus nous servir que de la technique que nous avons l’honneur de présenter.