DÉ FINITION
On donne le nom d’hématocèle péri-utérine à un épanchement sanguin enkysté dans l’excavation pelvienne, siégeant au pourtour de l’utérus, soit en dedans, soit en dehors de la cavité péritonéale.
Les premiers auteurs qui se sont occupés de cette affection ne donnent pas à l’expression d’hématocèle péri-utérine un sens aussi large, et, quoique dès le début on ait fait avec soin la distinction du siège primitif de la tumeur hématique, suivant que le sang avait été versé en dedans ou en dehors de la cavité péritonéale, on n’en a pas moins décrit presque exclusivement
de l’épanchement sanguin dans le cul-de-sac de Douglas, nous sommes heureux d’en donner un exemple remarquable.
La figure 2 est un exemple d’une forme beaucoup plus rare: il s’agit d’une hématocèle anté-utérine alors que la cavité utéro-rectale formée par des adhérences ne pouvait servir de réservoir au sang épanché. — Elle est empruntée aux Archiv fïtr Gynœkologie, 1813, à un mémoire de Karl Schroder ( Ueber die Bildung der Hœmatocele retro-uterina and ameuter ina).
rhématocèle intra-péritonéale , et surtout la forme rétro-utérine.
Cela s’explique : l’une, en effet, admise par tout le monde en raison de sa fréquence relative, a été l’objet de nombreux travaux; l’autre, au contraire, beaucoup plus rare, est loin encore d’être acceptée ; quelques observations tendent cependant à la faire admettre, et nous la décrirons dans la deuxième partie de notre thèse.
Dénommée autrefois par Nélaton etViguès, hématocèle rétroutérine, en raison de sa fréquence dans le cul-de-sac utérorectal, l’épanchement sanguin intra-pelvien a été encore appelé hématocèle pelvienne, circmn-utérine } pêri-utérine. Cette dernière désignation, employée pour la première fois par M. Gallard1, a l’avantage de comprendre toutes les variétés de siège de la collection sanguine; ne savons-nous pas que la tumeur située le plus habituellement en arrière de l’utérus occupe parfois les parties latérales, et que, dans quelques cas, le sang remplissait l’espace anté-utérin ?
HISTORIQ UE.
I/histoire de l’hématocèle péri-utérine ne remonte guère au delà d’une trentaine d’années.
C’est en France que cette affection a été bien décrite pour la première fois, et jusqu’à 1850 des faits s’y rapportant publiés sous des noms divers : tumeurs hématiques, tumeurs fluctuantes du bassin, etc., étaient à peu près passés inaperçus.
Observer un phénomène, le comprendre, en saisir les lois, puis le décrire est chose toute différente que le constater et le signaler incidemment ; c’est là une vérité banale et cependant
Bulletin de la Société anatomique , 1855.
quand on aborde l’histoire d’une question scientifique, elle paraît souvent méconnue.
On trouverait dans les livres hippocratiques la première mention d’accidents se rapportant à l’hématocèle ; au tome VIII, livre I, § 2, p. 21, on lit :
« Chez certaines femmes, à la deuxième ou troisième époque après la suppression des règles, si les membranes se portent vers le liane sans être devenues purulentes, il se forme au-dessus de l’aine une tumeur grosse et rouge ; il est arrivé plus d’une fois que les médecins, ne sachant pas ce que c’était, l’ont incisée et ont mis la malade en danger.
a Cette espèce de tumeur se forme ainsi : la chair puise du sang, s’en remplit et se soulève, à cause de ce sang qui la pénètre. Si l’orifice utérin revient vers les parties génitales et que les règles sortent par cette voie, le gonflement du flanc s’affaisse; mais si l’orifice ne se tourne pas vers les parties génitales, les règles se font jour par le flanc; elles prennent aussi la voie cle vomissement et parfois celle du siège. » Deux autres passages semblent également, avec un peu de bonne volonté, pouvoir s’appliquer aux tumeurs sanguines du petit bassin.
Ruysch1 est le premier auteur qui parle de l’épanchement sanguin rétro-utérin ; ayant trouvé à l’autopsie d’une femme du sang dans la trompe, dans l’utérus, il l’attribue au passage du sang menstruel dans le péritoine. Cette observation eut un grand retentissement et fut reproduite par les érudits de Leipsick. Néanmoins des observations semblables ne se multiplièrent pas, et le seul fait qui s’en rapproche est celui cité par I.-P. Franck 2. Le journal de Ilufeland pour J 818 fait aussi mention d’un cas de ce genre.
Dans le Dictionnaire en 30 volumes, tome V, Laugier, s’oc-
\ . Observationum analomico chirurgicarum centaria , Observation aü, p. 110. Amsterdam, 1671.