Traité de médecine pratique, t. V, p
cupant des tumeurs du bassin, signale la présence des tumeurs hématiques entre le rectum et l’utérus; il cite une observation où la ponction d'une tumeur rétro-utérine fournit une notable quantité de sang.
La première description des kystes sanguins de l’excavation pelvienne a été donnée par H. Bourdon1. S’inspirant de la pratique de Récamier, il décrivit les signes physiques de ces tumeurs dont il plaçait le siège dans le tissu cellulaire péri-utérin. Deux fois Récamier croyant à un abcès, avait ouvert un épanchement sanguin enkysté. Velpeau, dans le tome IV de sa Médecine opératoire. dit avoir observé chez une femme une vaste tumeur
sanguine du bassin ; il en fit l’ouverture par le vagin et la malade guérit.
L’observation la plus complète que nous trouvons quelques années plus tard d’hématocèle rétro-utérine, a été publiée par M. Bernutz clans son Mémoire sur les accidents produits par la rétention du flux menstruel, paru dans les Archives de médecine2. Rapprochant de l’observation qui lui était personnelle la description donnée par Ruysch , il crut que ces kystes étaient toujours formés par le sang menstruel, à l’issue normale duquel s’opposerait soit un obstacle mécanique, soit une simple contraction spasmodique des orifices utérins.
La question en était là, lorsque parut la thèse de Viguès 3 (1850), élève de Nélaton. Dans ce travail intéressant, basé sur sept observations , l’auteur se préoccupe du siège anatomique de la tumeur sanguine, de la source de l’hémorrhagie. A la première de ces questions, il répond que l’épanchement sanguin est extra-péritonéal, et pour la seconde il propose une expli-
1. Mémoire sur les tumeurs fluctuantes du petit bassin ( Revue médicale, juillet-aoùt-septembre -1841 ).
2. Bernutz, Mémoire sur les accidents produits par la rétention du flux menstruel. — Archives générales de médecine , 1848.
3. Viguès, Thèse de Paris, 4 858. — Des tumeurs sanguines de V excavation pelvienne chez la femme.
cation nouvelle : le sang viendrait de l’ovaire, il s’en écoulerait directement dans la cavité péritonéale.
Peu de temps après la thèse de son élève, Nélaton 1 commençait ses leçons cliniques sur l’hématocèle, qu’il appela rétroutérine j l’étude magistrale qu’il fit de cette maladie lui donna dans le cadre nosologique la place qu’elle y a toujours depuis occupée. 11 s’attacha à donner une description exacte des signes physiques de la tumeur et précisa les conditions du traitement.
En 1851, l’hématocèle rétro-utérine fut à la Société de chirurgie 2 l’objet cl’une savante discussion à propos d’une communication de M. Monod « sur un épanchement de sang derrière l'utérus ». Nélaton, Robert, Huguier, Denonviliers, Lenoir, prirent part à la discussion. Robert, rappelant l’observation de Piogey3 dans laquelle la collection hématique occupait le côté droit du bassin, montra que l’hématocèle n’était pas toujours rétro-utérine, mais qu'on la rencontrait sur les côtés et dans l’épaisseur des ligaments larges. Huguier, prenant comme base de classification des épanchements sanguins leur siège anatomique, divisa les hématocèles en deux grandes classes : hérnatocèles intra et extra-péritonéales, suivant que le sang était épanché dans lesculs-de-sacs péritonéaux, et qu’il occupait le tissu cellulaire sous-péritonéal.
Cette dernière espèce, qui n’est qu’une pseudo-hêmalocèle dépendrait surtout d’une grossesse extra-utérine arrêtée à un ou deux mois de conception. Huguier, à l’instar de Robert, préconisa l’ouverture de la tumeur par ponction évacuatrice plutôt que par incision dans la crainte d’hémorrhagie. Ce mode de traitement, employé deux fois par Denonviliers, fut alors généralement accepté.
1. Nélaton, Leçons orales faites à l'hôpital Saint-Louis. — Gaz. des Hôpitaux, février 1851 — Leçons orales faites à l’hôpital des Cliniques. Gaz. des Hôpitaux. — Décemb. 1851-1852.)
2. Bulletins de la Société de chirurgie, 1852, p. 132-141-151.