‹ De l'hématosine, ou matière colorante du sangChapitre 1 sur 3 · IMPRIMERIE · texte numérisé non relu

IMPRIMERIE

DE MADAME ÜDZARD ( SEE VaLLAT LA CHAPELLE ) ,

Rue de l’Éperon, u°. 7-

DE L’HEMATOSINE,

ou

Par M. L.-R. LE CANU , pharmacien.

Le docteur Wels , dans un mémoire publié en 1797, paraît avoir, le premier, attribué la couleur du sang à l’existence d’une substance animale de nature particulière ; mais sa manière de voir, appuyée d’argumens plus ingénieux que solides , ne fut généralement pas adoptée, et les chimistes préférèrent admettre , avec Fourcroy etVauquelin, que le sang était coloré par un sous-phosphate de fer dissous à l’aide d’une petite quantité d’alcali.

Cettê opinion, à peine contestée (1), prévalut jusqu’en 1812, époque à laquelle MM. Berzelius et Brande prouvèrent, chacun de leur côté, que l’on pouvait extraire du sang une

(1) M. Thénard, a constamment attribué la couleur du sang à l’existence d’une matière colorante particulière. (Voir, à ce sujet , les Èlémcns de Chimie de Henry, t. II . page 2.97.)

matière colorante de nature animale (1). Suivant M. Berzelius , cette matière serait surtout remarquable en ce qu’elle contiendrait une grande proportion de fer dans un étal particulier de combinaison ; suivant MM. Brande et Yauquelin , elle en serait au contraire complètement exempte et ne se distinguerait en rien sous ce rapport des autres matières animales.

Quant aux propriétés qu’ils lui assignent, on remarque entre elles d’assez grandes différences , bien qu’elles tendent en général à établir entre cette substance et l’albumine une singulière analogie : ainsi , par exemple, tandis que M. Berzelius la croit insoluble dans l’acide hjdrocblorique aidé même par la digestion , M. Brande lui attribue une grande solubilité dans ce même véhicule.

(i) Les expériences de M. Berzelius datent de 1808; elles avaient été publiées en Allemagne, dans le Djur Chemicn, mais ne furent connues en France et en Angleterre que par suite de la communication qu’en fit cet illustre chimiste à la Société de Médecine de Londres à la fin de 181 5.

Wels, Transactions philosophiques pour 1 797, page 41^-

Fourcroy, tome IX, page i5i.

Berzelius, Ann. de Chimie, tome LXXXVIII, page 3g.

Brande, ici., tome LXXXX1V, page 52.

Yauquelin, An. de Chimie et de Physique, 1. 1, page g.

Berzelius, id. , tome V, page 42.

De semblables différences dans les propriétés et la composition d’une substance dont le rôle dans l’économie animale est extrêmement important m’ont fait penser qu’il ne serait point inutile de la soumettre à de nouvelles expériences. Dans le travail que j’ai l’honneur de présenter à l’Académie, je m’occuperai donc de rechercher la cause des anomalies que présente la matière colorante du sang, et en même temps de déterminer si celle qu’on extrait de plusieurs individus contient toujours du fer et dans des proportions à peu près égales; mais auparavant je rappellerai avec quelques détails les résultats obtenus en soumettant à un examen comparatif approfondi l’albumine et la matière colorante qu’on extrait du sang de bœuf par celui de tous les procédés connus, qui semble devoir être préféré. On verra, par cet exposé, que cette matière, jusque-là distinguée de l’albumine par la couleur seulement, possède plusieurs propriétés essentielles particulières.

Quatre procédés ont été proposés pour obtenir la matière colorante du sang ; ils sont dus aux recherches de MM. Vauquelin , Brande, Engelhart et Berzelius : M. Vauquelin conseille de délayer le caillot égoutté dans quatre fois son poids d’acide sulfurique étendu de huit parties d’eau, de chauffer le mélange à soixante-

dix degrés pendant cinq à six heures, de filtrer, de laver le résidu avec autant d’eau chaude qu’on a employé d’acide, d’évaporer les liqueurs à moitié et de les précipiter par l’ammoniaque. Le dépôt formé sera recueilli sur un filtre, lavé jusqu’à ce que les eaux de lavage cessent de précipiter le nitrate de baryte, et, séché , ce sera la matière colorante du sang.

M. Brande l’obtient en agitant le sang au sortir delà veine, afin d’enlever la fibrine, qui se sépare en longs filamens , puis, abandonnant à elle-même la liqueur restante jusqu’à ce qu’il s’y soit formé un dépôt de matière colorante, et décantant le séfum surnageant.

M. Engelhart, dans un travail beaucoup plus récent, propose d’étendre le sang- battu de dix parties d’eau, de le chauffer à soixante-cinq degrés, de recueillir le dépôt brun qui se forme, de le laver et de le faire sécher (x).

Pour opérer enfin comme le recommande M. Berzelius, on coupera le caillot en tranches

(i) Je dois à mon excellent ami, M. Félix Boudet, la connaissance de ce procédé , que je n’ai trouvé décrit dans aucun ouvrage français. Il n’en est pas fait mention dans l’extrait qu’a^ donné du mémoire de M. Engelliart notre habile confrère, M. Robinet. ( Journal clc Pharmacie , tome XII, page 666. )

minces , ou les placera sur des feuilles de papier brouillard , afin d’absorber le sérum , on les triturera dans une petite quantité d’eau ; enfin, l’on exposera la dissolution à l’action de la chaleur. La matière colorante sera coagulée et n’aura plus besoin que d’être lavée, comprimée et séchée. ‘ <

De ces quatre procédés, le premier, ainsi que l’a parfaitement prouvé M. Berzelius, fournit une très petite quantité de matière colorante altérée , et mélangée tout à la fois de fibrine et d’albumine.

Le second , de l’aveu même de l’auteur, donne un mélange de matière colorante et de sérum ; -ils doivent donc être abandonnés.

Le troisième et le quatrième, au contraire, fournissent un produit beaucoup plus pur; toutefois, comme ils offrent tous deux l’inconvénient de présenter la matière colorante dans un état tel qu’on ne peut constater qu’une partie de ses propriétés eu raison de sa complète insolubilité dans l’eau , j’ai cru, pour me la procurer pourvue de toutes ses propriétés primitives, devoir apporter à celui de ces procédés qui en était susceptible une légère modification fondée sur cette observation bien connue, que la solution de matière colorante, évaporée à une

température inférieure à celle de cinquante degrés , la reproduit à l’état soluble.

A cet effet, après avoir partagé en parties extrêmement ténues une certaine quantité de caillot de bœuf parfaitement égoutté , je l’ai délayé, à plusieurs reprises , dans de l’eau distillée, afin d’entraîner le sérum adhérent, en ayant, à chaque fois, le soin d’exprimer fortement dans un lincre la masse restante. Je me

suis ainsi procuré un mélange de fibrine et de matière colorante, dont l’eau distillée a séparé la fibrine , en sorte qu’en exposant la solution filtrée à l’action du soleil , après l’avoir placée dans des assiettes à large surface, j’ai obtenu, pour produit de son évaporation spontanée, la matière colorante aussi pure qu’il est possible de l’obtenir par les procédés connus.

Ainsi préparée, la matière colorante du sang, que je désignerai, avec M. Chevreul , sous le nom d’hématosine(i), est solide, noire et brillante comme du jayet lorsqu’elle est en masse; terne et de couleur briquetée lorsqu’elle est en poudre ; brillante , translucide et rougeâtre lorsqu’elle est étendue en couches minces.

(i) On a aussi proposé de l’appeler zooheniatine, hcma— çhroïne.

L’eau froide la dissout avec facilité et produit une solution d’un beau rouge, d’une odeur et d’une saveur extrêmement fades, qu’on peut conserver pendant plusieurs mois sans qu’elle paraisse altérée. Si on abandonne cette dissolution à une évaporation spontanée, l’hématosine reparaît avec toutes ses propriétés , et spécialement sa solubilité dans l’eau ; mais si on l’expose à l’action d’une chaleur supérieure à celle de soixante-dix degrés, elle se décolore et laisse déposer, sous forme de flocons brunâtres, la matière colorante alors devenue complètement insoluble. Ayant soumis à l’action comparative de plusieurs agens des dissolutions également concentrées d’hématosine et d’albumine spontanées, j’ai obtenu les résultats suivans :

Dissolution de douze grains d’hématosine dans deux onces d’eau distillée.

Dissolution de douze grains d’albumine dans deux onces d’eau distillée.

Chaleur.

Papier rouge.

Alcool

' A 65 degrés, la dissolution commence à se troubler à 70 degrés , et par

Îun contact suffisamment prolongé , elle se décolore, et l’hématosine se précipite en flocons bruns

| Rien

( Précipité rouge floconl neux

ILa dissolution ne com mence à se troubler qu’au dessus de 76 degrés.

[ La couleur du papier ( passe lentement au bleu.

| Précipité blanc.

Chlore liquide

Infusion de noix de galle ..

Eau de chaux.

Ammoniaque.

Acide ace'tique

( io )

Dissolution de douze grains d’Iiématosine dans deux onces d’eau distillée.

Précipite' blanc. La présence du fer dans le mélange devient facile à constater

Dissolution de douze grains d’ albumine dans deux onces d’eau distillée.

Précipite' blanc.

Précipité brun rouge. Précipité blanchâtre.

Acide sulfurique

Acide liydrochlorique

Acide nitrique

I Rien

f La couleur rouge est :

( avivée I

r La dissolution passe au' / brun sans qu’il s’y pro- ( ! duise de précipité ■

Précipité brun, soluble I dans un excès d’acide. .

Pas de précipité avec ( des liqueurs étendues. .

Id

Précipité brun flocon- Ineux , insoluble dans un 1 f excès d’acide

Ce précipité se produit ' encore dans des liqueurs

Prussiate fer- , rugineux de

potasse '

Hydriodate de j

étendues

^ Rien

potasse \

Deutochloru- j re de mer-

Précipité rouge flocon- 1 neux

Acétate de j

• Rien

plomb j

Sous - acétate \

1 Id

de plomb - . . \

Rien.

Rien.

Id.

Précipité blanc, soluble dans un excès d’acide.

Pas de précipité avec des liqueurs étendues.

Id.

Précipité blanc floconneux, insoluble dans un excès d’acide.

Ce précipité se prodjflt encore dans des liqueurs étendues.

Rien.

Id.

Précipité blanc floconneux.

Précipité blanc.

Id.

Le précipité produit par l’acétate et le sousacétate de plomb dans la solution albumineuse n’est pas dù seulement à la formation d’un carbonate de plomb; car l’acide nitrique ne le fait pas disparaître , et si après l’avoir dissous dans l’eau de potasse , on sursature la liqueur avec l’acide acétique , on en sépare des flocons blancs faciles à reconnaître pour de l’albumine.

L’alcool, les éthers acétique et sulfurique ne font éprouver à l’hématosine aucune espèce d’altération , ils en séparent seulement une petite quantité de matière grasse analogue à celle qu’oa rencontre dans le sang lorsqu’on ne l’a pas préalablement purifiée au moyen de l’éther. Il en est de même des huiles fixes ; mais les huiles volatiles, et notamment celle de térébenthine, finissent par la décolorer et par la rendre jaunâtre sans cependant la dissoudre.

L’ammoniaque et la potasse caustique la dissolvent instantanément; il se produit surtout avec l’ammoniaque une solution d’un rouge magnifique , dont l’acide acétique précipite des. flocons bruns clairs. Cette solution ammoniacale , abandonnée à une évaporation spontanée, laisse pour résidu l’hématosine sous forme, de masse rouge.

Cette meme substance se dissout encore à froid, dans les acides hydrochlorfque et acé-.

tique, et plus aisément que ne le font la fibrine et l’albumine. La dissolution qu’elle forme avec le premier de ces acides s’est comportée ainsi qu’il suit avec les réactifs, à l’action desquels je l’ai soumise comparativement avec des dissolutions acétiques d’albumine et de fibrine :

Noms des réactifs employés.

Chlore liquide

Infusion de noix de galle.

Ammoniaque .

Dissolution

d’hématosine.

Dissolutions d’albumine et de fibrine.

Précipité blanchâtre Précipité blanc gélatigélatineux ) neux.

■ Précipité brun J Précipité brun clair.

Précipité brun, insolu- / Précipité blanc, insolu-

ble dans un excès d’am- l ble dans un excès d’ammoniaque soluble dans Jmoniaque, soluble dans l’acide acétique j l’acide acétique.

Pas de précipité si les f Pas de précipité si les liqueurs sont étendues.

Précipité brun, soluble dans un excès d’acide. .

j Pas de précipité avec

' 1 1 /-r 11 mi o t rt TV r I line

liqueurs sont étendues.

Précipité blanc, soluble dans un excès d’acide.

Pas de précipité avec des liqueurs étendues.

Acide sulfurique

Ides liqueurs étendues.

Précipité brun, soluble dans un excès d’acide. .

Pas de précipité avec des liqueurs étendues. .

„ • . ( Précipité brun [ Précipité blanc verdâtr.

Prussiate fer l . . , r l ,

ru ineux le ■ Lc précipité se f°rme J Le précipité se lorme rugineux c c \ encQre Jalis cles licrueurs j encore dans des liqueurs

potasse ' '

Id.

„ d • p,. ( Précipité brun ( Précipité blanc.

dénotasse L> J Pas Pr^c’B^1® avec Pas précipité avec e potasse | jeg |j[queurs étendues. . f des liqueurs étendues.

Deutocblorure de mercu-

Rien \ Bien.

re

Avec l’acide hydrochlorique , l’hématosine produit une solution d’un brun presque noir , que la chaleur ne trouble pas et que l’ammoniaque précipite. Cette solution peut être considérée comme une solution dans l’acide hydrochlorique d’un hydrochlorate sensiblement neutre, que nous allons examiner conjointement avec les hydrochlorates analogues à base d’albumine et de fibrine , après que nous aurons fait connaître le moyen de les obtenir.

L’hydrochlorate d’hématosine s’obtient en versant dans les dernières eaux de lavage du caillot un excès d’acide hydrochlorique , recueillant les flocons bruns qui se précipitent , les comprimant fortement dans un linge, puis les faisant sécher au bain-marie.

A l’aide d’ un procédé semblable , on se procure l’hydrochlorate d’albumine en remplaçant la solution d’hématosine par du sérum parfaitement privé de matière colorante, ou bien encore par une solution de blanc d’œuf.

Quant à l’ hydrochlorate de fibrine , comme cette substance est insoluble dans l’eau, il faut commencer par la dissoudre dans l’acide hydrochlorique , passer la solution acide au travers d’un linge destiné à séparer les matières grasses non dissoutes et l’étendre de beaucoup d’eau. On obtient, par ce moyen, des flocons blancs

d’hydrochlorate acide que deux ou trois lavages privent de l’excès d’acide.

L’hydrochlorate d’hèmatosine est d’un brun rouge à l’ètat d’hydrate, noir à l’état sec, d’une saveur légèrement acide. L’eau le dissout aisément en se colorant en brun foncé, et il en est de même de l’alcool faible ; mais l’alcool concentré ne le dissout qu’incomplétement, et laisse un résidu, sur lequel nous aurons plus tard occasion de revenir.

L’hydrochlorate d’albumine est d’un blanc parfait , légèrement acide , soluble dans l’eau, surtout à chaud, complètement insoluble dans l’alcool concentré.

Les dissolutions aqueuses d’hydrochlorates d’albumine, de fibrine et d’hématosine , essayées par les réactifs, se sont comportées ainsi qu’il suit :

Noms

des

réactifs.

Dissolution

d’hydrochlorate

d’hcmatosinc.

Dissolutions d’hydrochlorates d’ albumine et de fibrine.

Papier de tour-

La couleur du papier

[ La couleur du papier

passe ail rouge

1 passe au rouge.

Chlore liqui-

Précipité blanchâtre

i Précipité blanc flocon-

Infusion de i

noix de galle.. 1

Précipité brun

Précipité brun clair.

Précipité brun soluble

Précipité blanc soluble

Ammoniaque.

dans un excès d’ammo-

dans un excès d’ammo-

niaque 1

niaque.

Noms

des

réactifs.

Dissolution

d’hydrochlorate

cl’hématosine.

Dissolutions d’ hydrochlorates d’albumine, et de fibrine.

Acide hydro-

■ Précipité brun soluble

Précipité blanc soluble

chlorique. . . •

dans un grand excès d’a-

dans un grand excès d’a- .

eide

eide.

Prussiate fer-

Précipité brun

1 Précipité blanc.

rugineux de

| Le précipité se forme

Le précipité se forme

potasse

j encore avec des liqueurs

I encore avec des liqueurs

[ étendues . .

étendues.

Hydriodate

f Précipité blanchâtre. .

) Précipité blanc.

de potasse . . .

/ Pas de précipité avec

Pas de précipité avec

Sous - acétate

(des liqueurs étendues..

des liqueurs étendues.

de plomb. . .

| P>ien.

Rien.

L’acide sulfurique concentré fait passer au violet la couleur rouge de l’hématosine, par un contact assez prolongé cette matière se dissout, et la liqueur qui en résulte est troublée par l’addition de l’eau, qui en sépare des flocons bruns, et la décolore complètement. Si on essaie alors la liqueur par le prussiate ferrugineux de potasse , on y reconnaît très distinctement la présence du fer.

L’acide sulfurique étendu de trois fois son poids d’eau ne la dissout pas , il se produit un sulfate acide, qui reste au fond de la liqueur sous forme de masse d’un brun noir. En chauffant , l’acide prend une très légère teinte brune, mais sans que l’hématosine se dissolve sensiblement.

( lG )

On peut, cependant, par un procédé semblable à celui que nous avons décrit, se procurer des sulfates analogues aux hydrochlorates; il paraîtrait toutefois que ces compose's .sont beaucoup moins solubles dans l’eau que ne le sont les hydrochlorates.

L’hématosine , lorsqu’elle est parfaitement sèche , peut rester expose'e pendant plusieurs heures à la température de l’eau bouillante sans perdre sa solubilité dans l’eau; cependant il est probable, ainsi qu’on l’observe pour l’albumine soluble , que l’action de la chaleur très long-temps prolongée finirait par lui faire perdre entièrement sa solubilité.

Chauffée à une température supérieure , elle fond , se boursoufle , puis se décompose en répandant l’odeur propre aux matières animales en décomposition. Elle fournit un charbon volumineux, brillant et léger, dont les cendres, de couleur rouge, ressemblent tellement au peroxide de fer, qu’elles en paraissent uniquement formées.

Cent parties d’hématosine extraite du sang d’individus différens ont donné, dans trois expériences :

1 re

Expé-

Expé-

Expé-

rience.

rience.

rience.

Perte représentant le poids de la matière animale

Sous-carbon, de soude.

Hydrochlorates alcalins

S. -carbonate de chaux.

de magnésie . . . j

Phosphate de chaux. . .

de magnésie . . .

Peroxide de fer

Total

L’analyse de M. Berzelius donne, pour la même quantité de matière colorante :

Perte

Sous-phosphate de fer.

Phosphate de chaux. .

de magnésie.

Chaux pure. . ....

Acide carbonique. . .

Perte

Oxide de fer

C est à dire, a peu de chose près, la même proportion de peroxide. Quant aux matières salines, on conçoit que j’ai dû nécessairement

en trouver davantage , puisque M. Berzelius opérait sur de l’hématosine coagulée par la chaleur, et par conséquent privée de sels solubles , tandis que je me suis servi d’hématosine obtenue par la simple évaporation de l’eau de lavage du caillot.

L’hématosine qu’on obtient en coagulant ces eaux de lavage au moyen de la chaleur ou de l’alcool, ou bien encore en décomposant par l’ammoniaque la solution aqueuse de son hydrochlorate, fournit, à l’analyse, des résultats analogues aux précédens ; mais on observe, entre ses propriétés et celles de l’hématosine spontanée , des différences tout à fait semblables à celles que présentent l’albumine soluble et l’albumine coagulée.

Elle est complètement insoluble dans l’eau , sans odeur et sans saveur. Sa couleur varie du rouge brun au brun noir , sans doute en raison d’un plus ou moins grand état de cohésion , car l’hématosine brune de M. Berzelius devient tout à fait noire par une complète dessiccation au bain-marie, et d’un beau rouge, au contraire, par. un contact avec l’eau suffisamment prolongé.

L’eau de potasse, préparée dans les proportions de trois parties d’eau pour une de potasse à l’alcool, la dissout lentement.

L’ammoniaque caustique à vingt-quatre degrés ne la dissout pas sensiblement, même par un contact prolongé.

L’acide acétique concentré lui communique une consistance gélatineuse, mais ne la dissout bien qu’à l’aide de la chaleur.

L’acide hydrochlorique ne ia dissout à la température ordinaire que très difficilement et lorsqu’on l’emploie en grand excès.

On a tout lieu de penser, d’après cela, que les différences observées entre les résultats de M. Berzelius et ceux de M. Brande tiennent à ce que le premier de ces chimistes opérait sur de l’hématosine coagulée paria chaleur ; tandis que le second au contraire opérait sur de l’hé— matosine obtenue en abandonnant au repos du sang battu, et par conséquent à l’état soluble.

Quoi qu’il en soit, il résulte évidemment de tout ce qui précède qu’on peut, à l’aide de certains procédés , extraire du sang de bœuf une matière organique, que sa couleur, la propriété de se coaguler à une température moins élevée , de former avec l’acide hydrochlorique un composé en partie soluble dans l’alcool, et surtout celle de n’être précipitée de sa dissolution aqueuse ni par l’acétate ni par le sous-acétate de plomb, distinguent de l’albumine.

11 en résulte, de plus, que cette matière co-

lorante contient toujours du fer en quantité notable, bien que nos meilleurs réactifs ne puissent en signaler la présence tant qu’elle n’a point été altérée.

Cette circonstance , déjà signalée par M. Berzelius , explique comment il se fait que M. Vauquelin n’a pu constater la présence du fer dans la matière colorante du sang, puisqu’il le cherchait uniquement, à l’aide des réactifs, dans ses dissolutions; tandis qu’il est nécessaire, pour rendre la présence du métal appréciable , d’incinérer complètement la substance organique. Quant à M. Brande, qui non seulement admet l’absence du fer dans la matière colorante, mais encore prétend que le sang lui-même n’eu contient que des quantités à peine sensibles; malgré son habileté bien bon nue, il me semble d’autant plus difficile d’admettre les conclusions qu’il a tirées de ses expériences , qu’ayant incinéré les caillots du sang de quinze individus, j’ai constamment obtenu pour produit des masses rougeâtres , dont l’eau séparait une quantité considérable de paillettes micacées de peroxide de fer.

Un examen plus approfondi permet de reconnaître que la matière colorante du sang de bœuf, telle quon l’a connue jusqu’ici , et telle

que nous venons de l’étudier, ne constitue pas un véritable principe immédiat. On peut le démontrer de la manière suivante. Que l’on précipite par quelques gouttes d’acide hydrochlorique sa solution aqueuse , que l’on recueille sur un linge les flocons bruns d’hydrochlorate acide , et qu’après les avoir bien séchés on les traite par l’alcool bouillant, on obtiendra une liqueur alcoolique acide, de couleur rouge brune , dont l’ammoniaque précipitera d’aboudans flocons rouges, et, comme nous avons eu déjà l’occasion de le dire, un résidu blanc insoluble. En examinant ce résidu, on verra qu’il présente tous les caractères de l’hydrochlorate d’albumine, et ne diffère en rien de celui qu’on obtient directement en précipitant du sérum par de l’acide hydrochlorique.

J’avais d’abord supposé que l’albumine séparée de l’hématosine provenait d’une certaine quantité de sérum qu’on ne pouvait enlever au caillot par des moyens mécaniques ; mais des expériences ultérieures m’autorisent à penser qu’il n’en est point ainsi , et que cette substance faisait primitivement partie d’une combinaison particulière qu’on avait jusqu’alors prise pour le principe colorant lui-même. En effet, quelques précautions que l’on prenne en

préparant l’hématosme de bœuf, quelque réitérés que soient les lavages du caillot , elle fournit toujours la même proportion d’albumine , environ la moitié de son poids, quantité beaucoup trop considérable pour qu’on puisse raisonnablement l’attribuer à un simple mélange, et, de plus, les résultats sont encore absolument semblables lorsqu’on commence par séparer du sang, au moyen du sous-acétate de plomb, l’albumine qu’il contient. D’après cela, l’hématosine, ou matière colorante des chimistes, constituerait un véritable composé d’albumine et d’une matière colorante encore inconnue , que je proposerai de désigner sous le nom de globuline , pour la distinguer du composé dont elle fait partie, et pour lequel on devra réserver le nom d’hématosine , de zoohématine ou d’hémocliroïne (i).

(i) L’insolubilité, dans l’eau, de la matière colorante obtenue par le procédé de M. Engelhart, ne m’a pas permis d’y constater la présence de l’albumine ; mais si 1 on lait attention que ce chimiste l’obtient en chauffant à soixante cinq degrés du sang étendu de dix parties d eau , et que c’est précisément à celte température que s opéré la coagulation d’une solution étendue d’hématosinc , il devient extrêmement probable qu’il a seulement connu le composé dont il vient d’être fait mention.

Dans le sang de bœuf, dans celui de mouton la globuline existe combinée à l’albumine ; mais dans le sang d’homme elle paraît exister à l’état de liberté , du moins lorsqu’on applique à cette espèce de sang le procédé ci-dessus indiqué. On voit que l’hydrochlorate, au lieu de ne se dissoudre qu’à moitié dans l’alcool , s’y dissout complètement moins un très léger résidu d’hydrochlorate d'albumine , que l’excès de sous-acétate avait redissous.

De la globuline.

Pour obtenir la globuline , je verse dans du sang de bœuf battu et préalablement étendu de quatre à cinq fois son poids d’eau un très léger excès de sous-acétate de plomb; je filtre, et dans la liqueur filtrée j’ajoute assez de sulfate de soude pour précipiter tout l’excès de plomb. Ap rès avoir abandonné le mélange à lui-même l’espace de quelques heures , afin de déterminer la séparation du sulfate de plomb formé, je filtre de nouveau : de là une liqueur cl’un rouge magnifique retenant en dissolution toute la matière colorante , les sels qui faisaient partie du sang, l’excès de sulfate de soude et l’acétate de soude provenant de la double décomposition du sulfate de soude et de l’acétate de plomb.

Par l’addition d’ une suffisante quantité d’acide hydrochlorique pur, la liqueur se décolore, et il s’en sépare des flocons bruns d’hydrochlorate acide. Je les recueille sur un linge, les exprime fortement et les fais sécher au bainmarie. Enfin , je les traite à plusieurs reprises par l’alcool bouillant.

En ajoutant à la liqueur alcoolique quelques gouttes d’ammoniaque liquide, elle se trouble, de brune qu’elle était passe au rose, et laisse déposer d’abondans flocons rouges, qui doivent être traités à plusieurs reprises par l’eau bouillante , afin d’en séparer les dernières portions d’ammoniaque, puis, enfin, séchés.

C’est la globuline à l’état de pureté.

Les précautions à prendre pour bien réussir sont :

i°. De ne pas laisser la solution rouge trop long-temps en contact avec l’excès de sousacétate de plomb, qui finirait par l’altérer et la faire passer au brun ;

2°. De dessécher parfaitement le coagulum acide, attendu que l’ hydrochlorate d’albumine est très sensiblement soluble dans 1 alcool affaibli ;

5°. D’étendre la solution alcoolique de manière «à éviter la formation du précipité gélatineux que laissent déposer, par leur refroidisse-

ment, les premières liqueurs alcooliques , lorsqu’elles sont trop concentrées; autrement ou courrait risque de n’obtenir avec l’ammoniaque qu’une décomposition incomplète ;

4°. D’employer l’ammoniaque en quantité suffisante pour éviter la formation d’un sousliydrochlorate ;

5°. Et, enfin, de ne pas ajouter un trop grand excès d’ammoniaque , qui redissoudrait le précipité.

La globuline est sans odeur, sans saveur, rouge de sang lorsqu’elle est à l’état d’hydrate , d’un brun rouge lorsqu’elle est sèche.

L’eau et l’alcool ne la dissolvent ni à chaud ni à froid.

La potasse liquide et l’ammoniaque à vingtquatre degrés la dissolvent au contraire avec une extrême facilité. Sa solubilité dans la potasse est telle qu’il suffit de cinq à six gouttes de solution alcaline pour dissoudre plusieurs grammes de globuline.

La dissolution alcaline n’est pas coagulée par la chaleur. Essayée par les réactifs , elle s’est comportée ainsi qu’il suit :

Noms des réactifs.

Infusion de noix de galle.

Prussiate ferrugineux de potasse

Précipite brun .

Rien .

Acide acétique

Acide hydrochlorique. . . .

Acide sulfurique

Chlore liquide

Précipité brun, immédiatement soluble dans un excès d’acide.

Précipité brun, difficilement soluble dans un excès d’acide.

ld.

I Formation d’un précipité brun clair, i lequel finit par se décolorer complé- Jtement. La liqueur est tout A fait

(incolore et limpide. Le prussiate y fait aisément reconnaître la présence du fer.

L’acide sulfurique concentré dissout la globuline et se colore en rouge, mais l’acide sulfurique étendu ne la dissout pas même à l’aide de la chaleur.

Les acides hydrochlorique et acétique la dissolvent rapidement et se colorent en brun. Il se produit, avec le premier de ces acides, des composés analogues aux hydrochlorates d’albumine et d’hématosine précédemment examinés.

L’hydrochlorate neutre , qu’on peut aisément obtenir en évaporant au bain-marie la solution alcoolique provenant du traitement de l’hydrochlorate d’hématosine, est en petites lames brillantes , d’une odeur fade, d’une saveur acide et désagréable. L’alcool et l’eau le

dissolvent aisément surtout à chaud. Sa solution aqueuse se comporte, ainsi qu’il suit, avec ies réactifs :

Noms des réactifs.

Chlore liquide

Infusion de noix de galle. .

Prussiate ferrugineux de potasse

Hydriodate de potasse. . .

Sous-acétate de plomb. . .

Ammoniaque.

j La liqueur est décolorée , il s’y prol duit un précipité blanchâtre , et si (dans le mélange légèrement acidulé I on vei'se quelques gouttes de prussia - J te , il se manifeste , au bout de quel- ! ques instans, une légère teinte bleue, [ qui va croissant d’intensité et finit par devenir très sensible.

Précipité brun clair .

Précipité brun .

(Précipité brunâtre .

■ Pas de précipité avec des liqueurs étendues .

Rien .

C Précipité soluble dans un excès ( d’ammoniaque.

Lorsqu’on l’expose à l’action d’une chaleur suffisamment élevée, la globuline fond, se boursoufle, se décompose, répand presque jusqu’à la fin des vapeurs ammoniacales et fournit un charbon volumineux, dont on retire , par une incinération complète, un résidu rouge presque uniquement formé de peroxide de fer. Deux analyses, l’une de globuline de bœuf, l’autre de globuline d’homme, m’ont fourni les résultats suivans , dans lesquels la proportion de peroxide est , comme on le voit , plus que double de celle que donne l’hématosine , et

par conséquent proportionnelle à la quantité d’albumine séparée.

Globuline de bœuf. Globuline d’homme .

Perte 98,60 98,26

Peroxide de fer. 1,40 1,^4

Dans ces deux analyses, je n’ai obtenu que des traces de matières salines.

En résumé , la globuline se distingue de l’albumine :

i°. Par sa couleur ;

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