‹ De l'hématosine, ou matière colorante du sangChapitre 3 sur 3 · A L’ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES DE L’INSTITUT DE FRANCE · texte numérisé non relu

A L’ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES DE L’INSTITUT DE FRANCE

Sur un Mémoire de M. L.— R. LE CANU ,

AYANT I'ODR titre :

DE L’HÉMATOSINE ,

ou

Par MM GAY-LUSSAC et serullas.

Nous sommes chargés, M. Gay-Lussac et moi, de vous faire connaître un Mémoire de M. Le Canu, pharmacien, qui a pour titre : De V Hématosine ou Matière colorante du sang.

Les méthodes diverses, indiquées par MM. Berzelius , Brande , Vauquelin et Engelhart pour extraire la matière colorante du sang , donnent un produit qui n’est pas identique. Ce produit , quoique différent par quelques propriétés apparentes, selon le mode de sa préparation, ne présente pas moins en général aux

réactifs chimiques à peu près les mêmes caractères que l’albumiue : en sorte que , jusqu’à présent, les deux substances n’ont pu être distinguées que par la couleur.

M. Le Canu, peu satisfait de nos connaissances à cet égard , a pensé qu’un examen comparatif et plus approfondi de la matière colorante du sang et de l’albumine était nécessaire et pouvait conduire à la découverte de quelque propriété particulière à l’une des deux substances, et en a fait l’objet de nouvelles recherches. Il résulte de ses nombreuses expériences, dont nous supprimons les détails , que l’albumine et la matière colorante, telle qu’on l’obtient par le procédé de M. Berzelius , offrent en effet une grande analogie entre elles ; car elles se comportent sensiblement de la même manière et avec les acides et avec la plupart des autres réactifs ; mais que la matière colorante pure possède plusieurs propriétés qu’on ne retrouve pas dans l’albumine, entre autres celle de n’être précipitée de sa dissolution aqueuse ni par l’acétate ni par le sous-acétate de plomb. Il établit donc, par ce fait, quelle est d’une uature particulière , qui a été méconnue jusqu’à ce jour.

M. Le Canu attribue avec raison le désaccord qu’on remarque entre les résultats de

MM. Brande et Berzelius à ce que M. Berzelius opère sur la matière colorante coagulée par la chaleur, et M. Brande sur cette même matière non coagulée : il existe en effet entre elles la même différence que celle qu’on trouve entre l’albumine coagulée et celle qui ne l’est pas.

L’existence du fer dans la matière colorante du sang a été également un objet de contestation. MM. Brande et Vauquelin n’y ont pas reconnu la présence de ce métal, tandis que M. Berzelius a pu la constater. En effet , le fer ne peut être décelé par les réactifs dans la matière colorante non altérée ; mais son incinération complète donne un résidu très notable de peroxide de fer. M. Le Canu en a acquis la preuve en brûlant la matière colorante extraite du sang de quinze individus de sexe et d’âge différens. Une des propriétés les plus remarquables de la matière colorante actuelle des chimistes , et qu’il ne faudra plus confondre avec celle qu’est parvenu à isoler M. Le Canu, c’est de former, avec l’acide hydrochlorique, un composé dont une partie bien distincte se dissout dans l’alcool , tandis qu’une autre partie ne s’y dissout aucunement.

En examinant cette dernière partie insoluble, M. Le Canu a vu qu’elle ne différait en rien du produit qui résulte de l’action de l’acide

bydrochlorique sur l’albumine, c’est à dire de l’hydrochlorate d’albumine: d’où il suit que la matière colorante, telle qu’on l’a connue jusqu’à ce jour, est un mélange, ou, mieux, une combinaison d’albumine avec une substance dans laquelle seule réside la couleur. L’auteur appuie son opinion , d’après laquelle il regarde l’union de cette albumine avec la matière colorante comme une véritable combinaison, sur ce que la quantité d’albumine qu’on en sépare est constante et représente environ la moitié du poids de la quantité sur laquelle on a opéré, quelles que soient les précautions qu’on ait pu prendre pour enlever le sérum , aurait-on même commencé par séparer l’albumine du sang au moyeu du sous-acétate de plomb ? Cette combinaison , que les chimistes regardent comme un principe immédiat, et qu’ils distinguent sous le nom d’hématosine , d’hémochroïne, de zoohématine, ou de matière colorante, existe, selon M. LeCanu, dans le sang de bœuf, dans celui de mouton , mais non dans le sang humain. Ce qui le lui fait croire, c’est qu’a près avoir précipité le sang humain par un léger excès de sous-acétate de plomb, si on verse dans la liqueur rouge quelques gouttes d’acide hydrochlorique, afin de former un hydrochîoratc , le produit qu’on obtient, au lieu

de ne se dissoudre qu’en partie dans l’alcool , comme cela a lieu avec l’hydrochlorâte analogue qu’on prépare avec le sang de bœuf, s’y dissout en totalité, caractère déjà assigné à la matière colorante pure combinée à l’acide hydrochlorique.

M. Le Ganu a étudié comparativement les propriétés de la matière colorante connue avec celle qu’il a fait connaître, en laissant le nom d’hématosine à la première. Il désigne la nouvelle sous le nom de globuline.

Il a trouvé que cent parties d’hématosine ont donné , par l’incinération complète :

Perte en produits gazeux. qn,nA.'2 j .

1 ° , ! moyenne de quatre

bels divers .

Peroxide de fer. ..... o,534 I

Cent parties de globuline par une incinération entière lui ont fourni :

Globuline d’homme. Globuline de bœuf.

Perte en produits gazeux. 98,26 98,60

Peroxide de fer r,^4 i,4o

11 11a obtenu, dans ces dernières analysés, que des traces de matières salines, attendu

qu’elles ont été séparées par le procédé de préparation.

On voit que la quantité de fer qui existe dans la globuline est plus que double de celle contenue dans l’hématosine ; ce qui doit être , puisqu’on a reconnu dans cette dernière la moitié environ de son poids d’albumine, dont la globuline se trouve privée.

Pour obtenir la globuline, M. Le Canu verse un léger excès de sous-acétate de plomb dans du sang de bœuf battu , étendu de quatre à cinq fois son poids d’eau. A la liqueur filtrée il ajoute assez de sulfate de soude pour précipiter tout l’excès de plomb qu’on en sépare par une nouvelle filtration après quelques heures de repos. La liqueur, qui est d’un très beau rouge, tient en dissolution la matière colorante, les sels qui font partie du sang, l’excès de sulfate de soude, et l’acétate de soude formé dans l’opération. L’addition d’une suffisante quantité d’acide hydrochlorique pur décolore la liqueur , en donnant lieu à des flocons bruns d’hydrochlorate acide. Ces flocons, recueillis sur un linge, exprimés fortement et séchés au bain-marie , sont traités par 1 alcool bouillant.

La dissolution alcoolique étant mise en contact avec l’ammoniaque liquide ajoutée goutte à

goutte , afin qu’il n’y en ait pas excès, se trouble, de brune qu’elle est passe au rose, et laisse déposer d’abondans flocons rouges , qu’on lave à plusieurs reprises à l’eau bouillante pour lui enlever les dernières portions d’ammoniaque. Cette matière desséchée est la globuline pure.

Pour exécuter avec succès cette opération, il faut prendre quelques précautions qu’indique l’auteur.

En résumant ce qui précède, on trouve que la matière colorante du sang, connue par les chimistes sous le nom d’hématosine, n’est pas un principe immédiat, mais une combinaison d’albumine, et d’une substance particulière que M. Le Canu , à l’aide d’un procédé facile et qu’il décrit avec soin, est parvenu à isoler.

Il propose de nommer cette substance globuline (i), en lui assignant les caractères suivans :

i°. D’être d’un beau rouge à l’état d’hydrate et d’un rouge brun à l’état sec;

2°. De contenir, ce qu’il est facile de démontrer par l’incinération, les 00,174 de son poids de fer, c’est à dire une quantité double de celle

(1) Il nous semblerait plus convenable de lui laisser le

nom d’hématosine , donné par M. Chevreul à la matière

colorante du sang.

trouvée dans la matière de M. Berzelius, et par conséquent proportionnelle à la quantité d’albumine qui en a été séparée ;

3°. D’être très soluble dans les alcalis , et beaucoup plus que ne l’est l’albumine coagulée, car il suflit de deux à trois gouttes d’eau de potasse ou d’ammoniaque pour en dissoudre très promptement plusieurs grammes;

4°. Enfin , et c’est une de ses propriétés les plus remarquables , de former, avec l’acide hydrochlorique, un composé soluble dans l’alcool concentré.

Ges faits, présentés avec clarté, et qui ont exigé beaucoup d’expériences pour les établir, font du Mémoire de M. Le Canu un travail qui mérite l’approbation de l’Académie, nous avons l’iionneur de vous la demander.

Signé Gay-Lussac,

G.-S. Serullas , Rapporteur.

Certifié conforme

Le Secrétaire perpétuel , Conseiller d’Etat , Grand-officier de la Légion-d’ Honneur,

Signé G. CUVIER.

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