‹ De l'Héméralopie dans les Maladies GénéralesChapitre 19 sur 33 · RHONE · texte numérisé non relu

RHONE

Quaglino, Fumagelli, qui en sont les défenseurs; en

France, Fonsagrives, Néboux, Baizeaux prônent

l'usage du fiel de bœuf, de même que Hubbenet en Russie. Ainsi, nous sommes en présence d’une médication universellement adoptée depuis longtemps; mais, si les auteurs se mettent d'accord sur les résultats de cette thérapeutique, ils envisagent différemment son mode d'actions Et ici deux écoles sont nées : les uns, dans les fumigations de fiel de

bœuf, refusent tout rôle au foie et ne voient que

l’action de la vapeur d’eau; c’est Baizeau qui défend cette opinion et, pour rester fidèle à son idée, il conseille l'emploi de simple vapeur d’eau que, toutefois, il additionne d'ammoniaque. En contradiction avec cette première théorie, se dresse l’école qui accorde une action vraiment spécifique au fiel de bœuf et au foie seul, elle compte parmi ses adeptes Fonssagrives et Dumas; de là, l’usage de faire ingérer à tout héméralope du foie de bœuf, comme le veut aussi Trantas qui accorde aux tissus hépatiques la fonction de régénérer le pourpre rétinien ; de là encore l'habitude d'instiller dans l’œil des collyres composés avec le suc extrait de la glande hépatique.

A côté de ce mode de traitement, il nous faut réserver une place spéciale à l'huile de foie de morue. Despont en eut l'initiative dans un rapport présenté à l'Académie des Sciences en 1863 et fut suivi dans cette voie par Gosselin, qui constata les heureux résultats de cette médication.Le professeur Gayet, dans son article du Dictionnaire Dechambre,

se déclare moins convaincu de l'efficacité de ce remède, parce que, dit-il, parmi ces malades guéris en deux Jours, il y a bien peut-être quelques simulateurs à quirépugne l'usage de l'huile de foie de morue. Néanmoins, ce mode de traitement fut adopté par Fontan qui accorde à l'huile de foie de morue une action tonique, par Bénazech pour qui cette huile agit par ses corps gras, son phosphore, et ses alcaloïdes, par Aguilar Blanchi, Vaucel, Lecœuvre; Laveran se montre quelque peu sceptique sur l’efficacité de cette thérapeutique. Enfin Sélizki emploie l'huile de foie de poisson.

Tels sont les deux médicaments principaux, mais on s’est adressé encore à des toniques généraux divers (fer, quinquina). C’est ainsi que Granizo, admettant à l’origine de l'héméralopie une cause anémiante, conseille l'administration, larga manu, de toniques, de même que Galezowski et Fontan. On a donné également la quinine comme spécifique et ce, par les auteurs qui voyaient dans l’héméralopie une affection palustre. Grandclément à prôné l’antipyrine qui lui aurait donné quelques guérisons ; Aguilar Blanchi, les injections hypodermiques de cyanure de mercure ; Quaglino,les injections de strychnine.

De même, on a essayé d'atteindre l’héméralopie par des médications locales variées; c'est d'abord Netter qui, attribuant l'héméralopie à l’accumulation de pigments formés par l’action d’une lumière trop intense, condamna ses malades au cabinet ténébreux. Baldy, dans sa thèse, a consigné des

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cas de guérison obtenus par cette méthode qui a rencontré de nombreux adeptes Audhouït exige le port d'un bandeau; Galezowski ne va pas jusqu’à conseiller le cabinet noir, mais recommande d’'éviter la chaleur et la lumière. Vaucel et Dumas, de même, ordonnent le séjour dans un appartement sombre, associé, il est vrai, à des toniques ou à des modificateurs locaux. Aguilar Blanchi agit localement sur l'œil, par l'électricité volto-faradique ; se servant du courant induit, il apoylique les deux rhéophores sur la même paupière et renouvelle chaque jour ces séances d’électrisation. Fontan attribue la plus grande part, dans la guérison de l'héméralopie, à l’ésérine; c'est égalementle remède cher à Galezowski qui veut déterminer le rétrécissement de la pupille et favoriser ainsi l’accomodation. Singulière médication, dit Gayet. Enfin Vaucel fait pratiquer une saignée, tandis que Audhouït applique des sangsues aux tempes. Chaussonnet emploie le tartre stibié. L'empirisme a fait naître l'emploi de la mousse de savon ?n oculo, et même O’Briare affirme avoir constaté des cas de guérison.

De ce rapide exposé des pratiques thérapeutiques employées entre l'héméralopie, il ressort qu'il n'existe aucun remêde vraiment spécifique de cette affection ; c'est ainsi, d’ailleurs, que conclut le professeur Gayet et il ajoute : « Dans les cas où la cécité nocturne frappe, en vertu d’une cause épidémique, des hommes encore robustes, nous pensons que c'est le cas de recourir au cabinet ténébreux de Netter, avec purgatifs et à quelques révulsifs légers.

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Si elle s'adresse à des hommes débilités il faut faire surtout de la prophylaxie, soustraire ces malades aux causes qui les détériorent et les rendre à une bonne et solide hygiène. Enfin, si elle fait des victimes parmi ceux qu'a déjà frappés une autre affection, c'est vers la cure de cette affection que doivent se diriger tous les efforts de la médication, surtout si on a dés raisons de penser qu'elle tienne sous sa dépendance la cécité nocturne ».

C'est à cette conclusion que nous nous rattachons en principe. Lorsque l’héméralopie est symptomatique d'une affection générale, il y a lieu de lutter contre cette maladie générale. Il nous reste à savoir par quels moyens, une fois installée lhéméralopie, nous lutterons avantageusement contre elle Au sujet de la pathogënie nous avons admis à l’origine de ce symptôme un trouble dans le fonctionnement de la cellule hépatique qui est plus où moins touchée, suivant que le processus à été chronique où aigu, partant, les phénomènes d'insuffisance seront plus légers ou plus graves. C'est donc l'insuffisance hépatique que nous devons traiter.

Ce traitement sera d'abord prophylactique, c'està-dire visera les causes de cette insuffisance, l'infection, quil est parfois difficiie d'viter et l'intoxication plus facile à combattre. La suppression du poison, qu'il soit exogène (alcool) ou endogène, s'impose con're l'auto-intoxication ; un régime approprié, un exercice suivi assureront le bon fonctionnement des voies digestives et du foie; à plus forte raison ces prescriptions s'imposent chez les gens atteints

OR

Ur d'une lésion hépatique antérieure, ou dans les pays chauds.

Le traitement curatif doit varier suivant la gravité des cas et le degré d'insuffisance. Dans les cas de légère insuffisance (affections aiguës surtout) nous devrons traiter la cause productrice et ici la médication varie suivant la notion causale. Combattre la lësion du foie : dans les cas de spécificité, nous aurons à notre service le mercure et l’iode (syphilis) ou le quinquina (paludisme). Nous aurons encore les alcalins qui, pour Roger, stimuleraient la circulation hépatique, peut-être même la cellule.

Enfin, lorsque l'insuffisance a déjà créé des désordres, que convient-il de faire ? Il faut :

1) Lutter contre l’'intoxication et de plusieurs façons introduire le moins possible de substances toxiques dans l'organisme; dans ce but, nous éliminerons de l'alimentation les graisses qui sont mal digérées, les substances azotées (viandes noires, en particulier, dont l'action toxique estnettement démontrée quand le foie est supprimé (expériences de Hahn, Pawlow) donc emploide viandes blanches),employerles œufs, légumes verts, les hydrocarbonés (parce que le sucre favorise, dit Roger, le fonctionnement dela cellule hépatique) ; donner du lait qui diminue la toxicité urinaire. Enfin, pour répondre à la même indication, nous ferons de l’antisepsie intestinale suivant les préceptes de Bouchard, en ayant recours aux Antiseptiques insolubles (naphtol, salol, bismuth, calomel).

2) Combattre l'absorption des boissons ; usage

En . des laxatifs qui provoquent de la décongestion hépatique.

3) Et, si nous arrivons trop tard, si l'absorption des poisons est faite, sile syndrome héméralopie bat son plein, il faut provoquer l'élimination de ces toxines; le lait est le médicament de choix, en ce qu'il produit une .diurése intense de concert avec les lavements froids. On excitera également les fonctions cutanées.

Après avoir agi ainsi sur lintoxication, nous exciterons la cellule hépatique par des cholagogucs; les préparations de bile constituent le plus puissant de ces agents, extrait de fielde bœuf ou de sels biliaires qui sont l'élément spécifique. ou urée. Plus près de nous, on à conseillé l'ingestion de parenchyme hépatique (J. Teissier, Gilbert, Spillmann) qui a donné des cas d'amélioration notable. Gilbert et Carnot prétendent que, non seulement le parenchyme hépatique excite la fonction glycogénique, mais encore favorise la régénération du tissu hépatique. Nous sommes donc revenus à la vieille médication de l'héméralopie, par l'huile de foie de morue et le foie de bœuf qui, en somme, repose sur le même principe. Si les tentatives thérapeutiques sont restées vaines, il sera de toute nécessité de prévenir, autant que faire se peut, les désordres ultérieurs des membranes de l'œil (rétinite, atrophie optique).

En somine, nous croyons pouvoir dire : le traitemount de l’héméralopie doit être celui de l'insuffsance hépatique dont elle est fonction.

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