‹ De l'hémianopsieChapitre 11 sur 39 · OBSERVATION · texte numérisé non relu

OBSERVATION

J'ai recueilli cette observation dans le service de mon maître, le professeur Panas, auquel je dois, comme beaucoup d'autres choses, l'idée première de mon sujet.

Hémianopsie latérale gauche, d'origine très probablement traumatique.

Ernest Et..., 35 ans, serrurier, tombe de 8 mètres de hauteur sur le flanc et la jambe gauches. Pendant la chute, la région temporopariétale gauche heurte violemment contre un poteau; pas de plaie du cuir chevelu, pas d'ecchymose consécutive.

Le jour même (17 juillet 1878), le malade ne ressent rien de particulier dans la tête ; mais dès le lendemain, il commmence à éprouver des vertiges, qui durent pendant trois semaines, en s'atténuant graduellement.

Ce n'est que vers le quatrième jour, qu'il s'aperçoit d'un trouble de la vue, surtout quand il veut regarder vers sa gauche. A droite, la vue est normale.

Au moment de son entrée à l'Hôtel-Dieu (salle Saint-Antoine, n° 26, service de M. le professeur Panas), le 17 janvier 1879, on constate une hémianopsie latérale gauche double ; ce qui l'étonné un peu, car il croyait que son œil gauche seul était intéressé. Il est évident que c'est là une fausse interprétation, et qu'il faut rapporter à la perte de la moitié gauche du champ visuel ce qu'il met sur le compte de l'œil gauche seul.

En outre, on constate au*, deux yeux des synéchies, qui éveillent l'idée d'une ancienne iritis double, d'origine peut-être syphilitique. Cependant, le malade se défend énergiquement d'avoir jamais eu un accident de ce genre. Malgré cela, M. Desmarres, qui l'a soigné en ville, lui a imposé un traitement complet par le mercure et l'iodure de potassium; de plus, il lui a fait faire des instillations de collyre à l'atropine.

r Ce même traitement a été continué à l'hôpital, dans la pensée que l'hémianopsie pouvait dépendre d'une production syphilitique, développée dans le crâne.

Pendant le cours de ce traitement, pour remédier aux adhérences de l'iris, M. Panas a pratiqué dans la même séance, par le même procédé, avec les mômes instruments, l'iridectomie des deux côtés.

L'existence de l'hémianopsie ne pouvait en aucune façon contreindiquer cette intervention, puisqu'il est avéré que le nerf optique (seul en cause ici) ne joue aucun rôle dans les phénomènes nutritifs de l'œil.

L'opération qui avait été exécutée avec autant de bonheur d'un côté que de l'autre, a donné le meilleur résultat à gauche. Mais à droite, dès le lendemain, on constatait du chémosis et le jour suivant, l'œil suppurait.

Cet accident frappa vivement tous ceux qui en furent témoins.

Pourquoi cette complication à droite et pas à gauche? M. Panas a pensé qu'elle pourrait peut-être s'expliquer par une lésion concomitante de la cinquième paire du côté droit.

Cette lésion est d'autant plus possible, que le côté droitest précisément le même que celui du nerf optique qui ne fonctionne plus.

Dans le cas d'une production syphilitique de la base, il est très facile de supposer l'action simultanée sur la bandelette optique et le trifacial ; dans le cas d'une lésiontraumatique, il faut admettre que celle-ci existe également à droite, c'est-à-dire du côté opposé à celui qui a recule choc. On sait que ces conditions sont facilement et assez souvent réalisables, pour qu'on n'ait pas de répugnance à admettre une semblable interprétation.

Quoi qu'il en soit, le fait n'en reste pas moins d'un intérêt considérable, surtout au point de vue de l'enseignement pratique qu'il y a à en retirer. Toutes les fois qu'on se trouvera en présence d'une hémianopsie où l'on devra intervenir chirurgicalement, il faudra interroger avec soin l'état de la cinquième paire ; surtout si l'on a affaire à une hémianopsie produite par une lésion basilaire.

Dans le fait que je rapporte, la sensibilité dn trifacial, explorée le deuxième jour après le début des accidenis inflammatoires, fut trouvée normale des deux côtés. Mais à ce moment, il était déjàtrop tard, car il aurait fallu savoir au paravant si la cornée était sensible ou non; l'insensibilité pouvant se confiner dans cette seule membrane.

Les suites de l'opération ont été, pour l'œil droit, la perte complète (il ne reste plus qu'un petit moignon) ; pour l'œil gauche, le statu quo.

Le 12 juillet. Le champ visuel de l'œil gauche offre l'étendue et la forme représentées par la figure 13.

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FiG. 13, — Œil gauche.

On y voit que la moitié droite du champ visuel se partage en deux zones; l'une centrale (claire) où l'acuité visuelle est normale ; l'autre plus excentrique (en' demi-teinte) où il y a encore un peu d'amblyopie.

Le champ dp? couleurs examiné, d'une façon grossière, paraît offrir des dimensions en rapport avec celui de la lumière blanche. Toutes les nuances sont facilement et rapidement distinguées.

L'examen du fond de l'œil à l'ophthalmoscope ne révèle aucune altération appréciable.

Au commencent du mois de septembre l'œil, a été le siège d'un peu de rougeur, mais cet accident n'a pas eu d'importance.

Quand le malade a quitté l'hôpital, quelques jours plus tard, son champ visuel (représenté par la figure 14) offrait, dans la portion

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