OBSERVATION II
Pabliée par MM. Leenhardt et Norero (travail du service du Professeur Dejerine),
Le
Le nommé B.., âgé de 34 ans, représentant de commence, vient à la consultation de M. le professeur Déjerine, le 2 mars 1906.
Ses antécédents personnels sont excellents jusqu’au moment de son entrée au régiment. À cette époque, il y a 12 ans, il est atteint d’un chancre Syphilitique de la lèvre
eue inférieure, suivi de roséole. Il prend des pilules de proto-
iodure, mais au bout de quatre mois, il cesse tout traitement.
Au mois d’août 1900, il est pris en passant sur la place
4 Û 7} ss : “de Clichy, d’un étourdissement avec chute, mais sans perte
de connaissance, Au bout de quelques minutes, il peut reprendre son chemin, sans éprouver de malaise. Maïs quelque temps après apparaissent des céphalées extrêmement
persistantes, obligeant le malade à cesser tout travail. Au
mois de mars 1905, ces maux de tête sont toujours aussi violents et s’accompagnent de vertiges, d’étourdissements, mais sans chute. fe
Le 16 mars 1905, en sautant de son lit, le matin, le
malade tombe à terre, sans perdre connaissance : il veut
faire des efforts pour se relever, mais constate que sa Jambe droite est complètement paralysée ; il peut cependant se traîner sur les mains pour appeler, mais peu à
- peu le bras droit devient lourd, et environ une demi-heure
après la chute, le bras droit est à son tour complètement paralysé, la bouche déviée, la parole embarrassée.
Une quinzaine de jours se passèrent, le malade étant complètement hémiplégique du côté droit. Puis, peu à peu, les mouvements revinrent, d’abord au bras, puis à la jambe, et au bout de trois mois il marcha à peu près bien, mais la jambe était un peu plus raide que celle du côté opposé. Le bras droit était aussi moins souple que le gauche et moins vigoureux.
Les maux de tête persistent toujours après cette attaque. ETS
Actuellemenñt, le malade vient consulter pour des douleurs très vives qu'il éprouve dans les membres inférieurs des deux côtés, douleurs en éclairs, revenant souvent dans da journée et dans la nuit. Elles sont survenues
pour la première fois en janvier 1906, il y a done deux mois. Ces douleurs se montrent aussi depuis quelque temps, mais plus rarement, dans les membres supérieurs. ps,
Erar ACTUEL. — I] ne reste plus rien d’apparent au pre.
sn
mier aspect de l’ancienne hémiplégie qu’a présentée ce malade.
Motilité. — Tous les mouvements sont faciles, les articulations souples. La force musculaire est conservée aux membres supérieurs ; il faut noter cependant qu’elle est nettement plus marquée du côté gauche. Signe de Romberg très net. La marche est absolument normale sans la moindre trace d’ataxie. Pas d’atrophie musculaire.
Réflexes. — Les réflexes patellaires et achilléens sont abolis. Les réflexes radiaux et olécraniens du côté gauche sont abolis : ceux de droite sont très exagérés.
Sigrie de Babinski positif à droite. Signe d’Argyll-Robertson.
Mictions impérieuses. À en, il ya deux mois, quelques émissions involontaires d’urine.
Ici encore, il s’agit d’un tabes classique à évolution normale, dont l’hémiplégie semble avoir marqué le début. ;
De plus, comme dans l’observation précédente, il existe très nettement de la dissociation des réflexes.
Ogservarron III
Empruntée à Debove.
Jules T.., âgé de 48 ans. Son père vit encure. Mère morte de fièvre typhoïde. Personne dans sa famille n’a
à 14 fn LÉ
eu de maladie nerveuse. Il n’a Pas eu la syphilis et sa
santé fut toujours bonne Jusqu'à l’âge de 25 ans. À cette époque apparurent des douleurs vives, lancinantes, dans les cuisses, qui revenaient tous les 15 jours et duraient 24
heures environ. A l’âge de 27 ans, diplopie qui dura un
sd
A 33 ans survient une crise gastrique caractérisée par des vomissements et des douleurs atroces ; elle dure 10 jours ; puis, trois mois après, nouvelle cerise, Ces accidents gastriques devinrent plus fréquents, puis finirent par se présenter tous les mois. Un peu plus tard, le malade remarqua qu’il marchait difficilement dans l’obseurité ; ses forces diminuèrent et les phénomènes d’incoordination survenant, la démarche devint caractéristique. |
Impuissance génitale. En 1876, étant sur un banc, il fut subitement frappé d'hémiplégie droite, avec aphasie. Ces phénomènes paralytiques avaient complètement disparu
au bout de 15 jours.
Au commencement de mai 1860, un matin, le malade s’aperçut que les mouvements du bras devenaient difficibles ; 24 heures plus tard, ils étaient impossibles ; la .Jambe droite était si faible qu'il ne put se tenir debout.
“La parole était embarrassée, il y avait de la paralyise
faciale droite. Nous voyons pour la première fois le malade le 15 mai et nous le trouvons dans l’état suivant
chute de la paupière droite, paralysie faciale droite. Le membre supérieur droit est complètement paralysé ; il est le siège d’un léger œdème, surtout marqué à la face dorsale de Ia main. La paralysie du membre inférieur droit est incomplète et le malade peut soulever légèrement ce membre. L'incoordination motrice est facile à constater dans les deux membres, du côté gauche. Plaques irré-
Er 0
gulières d’anesthésie à la surface du corps. Le malade
a une dyspnée assez forte, que nous attribuons à une | pleurésie du côté gauche. L’épanchement augmentant, e nous extrayons, le 17 mai, un litre de liquide citrin. Le 24
mai survint un érysipèle de la face qui dura six jours. | Dans le courant du mois de juin, l’hémiplégie s’amenda, 4 mais les phénomènes généraux allaient toujours en s’ag gravant, et le malade mourut le 27 juillet.
A lP’autopsie : tuberculose pulmonaire, néphrite interstitielle, hypertrophie du ventricule gauche, selérose des cordons postérieurs de la moelle dans toute sa hauteur, foyer de ramollissement dans la protubérance, intéressant surtout la moitié gauche ; dégénérescence secondaire du faisceau pyramidal correspondant.
Cette observation est intéressante surtout parce qu’il n’y a pas de syphilis à la tête de ces accidents et que les deux hémiplégies survenues au cours de l’évolution du tabes étaient profondément différentes puisqu'il fut impossible à l’autopsie de découvrir la cause de la première 70 alors que la seconde était produite par un ramollissement, intéressant la moitié gauche de la protubérance.
PT
ee CONCLUSIONS
De tout ce qui précède, nous pouvons conclure : 1° Que l’hémiplégie au cours du tabes est plus fréquente qu'on ne l’avait cru jusqu'ici.
- 2° Que son étiologie, tout en étant encore obscure, peut dépendre de l’hystérie ou de lésions organiques (hémorragie, ramollissement ou lacunes cérébrales). Il faudra toujours songer à la syphilis comme origine possible de” ces accidents. :
3° Les variétés cliniques sont innombrables ; toutefois, pour :plus de simplicité, on peut les classer en deux groupes : ou l’hémiplégie reste flasque et sans retour des réflexes, ou elle s'accompagne de dissociations des réflexes tendineux, qui sont abolis aux membres inférieurs
et exagérés aux membres supérieurs.
4 Son diagnostic peut présenter quelques difficultés et une fois qu’on l’aura établi, il faudra se demander quelle en est l’origine. C’est à ce propos que la recherche des réflexes, du signe de Babinski et de l’inversion du réflexe tricipital sera d’une grande utilité.
5° Son pronostic sera d'autant plus so un à une ee pl us avancée
BIBLIOGRAPHIE: te Let)
- CaBroL. — Thèse de Paris, 1897.
- Lopss. — Thèse de Paris, 1899.
k Cayra. — Thèse de Paris, 1902.
CESTAN. ss Sur l’évolution dans le cours du tabes de l’hémiplégie permanente d’origine cérébrale. Progrès Médical, 10 juin 1899.
Desovs. — De l’hémiplégie des ataxiques. Progrès Médical, 24 décembre 1881, et 31 décemibre 1881.
LeexnarD et 'NORERO. — Observation. Société de Neuro-
logie, séance du 5 avril 1906.
Gurzzain et LaroOHE. — Sur un cas de tabes en évolution
chez un ancien hémiplégique. Société de Neurologie. Séance du 7 février 1907.
Mourier. — Tabes en évolution chez un hémiplégique. Société de Neurologie, 8 novembre 1906.
Fournier. — Lecons sur le tabes syphilitique, 1882.
-— Lecons sur la période préataxique du tabes, 1885.
Souques. — Inversions du réflexe tendineux du triceps brachial dans l’hémiplégie associée au tabes. Revue de Neurologie, 6 avril 1911.