‹ De l'Hémiplégie HystériqueChapitre 76 sur 78 · PATHOGÉNIE · texte numérisé non relu

PATHOGÉNIE

Nous venons d'étudier les causes occasionnelles qui, avec le plus de fréquence, font éclore les phénomèênes hystériques en général et l’hémiplégie hystérique en particulier. Demandons-nous maintenant quelle est la cause intime de cette paralysie et comment on peut l'expliquer.

Piorry, ayant observé des paralysies et des hémiplégies nerveuses avait cru devoir donner de leur pathogénie l'explication suivante :

Il prétendait que pendant les attaques d’hystérie, le système nerveux éprouvait un mouvement moléculaire d’oscillation qui le remuait profondément et que ce mouvement vibratoire aménerait une déperdition considérable du fluide nerveux de laquelle résultait la paralysie.

Piorry appuie son dire sur ce fait que les hystériques éprouveraient, au début de l'attaque, un fourmillement qui partirait du ventre et irait jusqu'à la gorge.

Briquet fait, avec juste raison, remarquer que ‘la boule hystérique ne donne pas le moins du -monde la sensation de fourmillement. Cet auteur accuse aussi Piorry d’assigner à la paralysie hystérique un point de départ qu'elle n'a pas toujours. Briquet n’a vu la paralysie hystérique ‘succéder à des attaques convulsives que chez la moitié de ses malades. Chez l’autre moitié elle s’est développée sur des femmes qui n’avaient pas encore eu d'attaque ou qui n’en avaient plus dépuis longtemps.

On peut voir, d’après les idées purement fantaisistes de Piorry sur les paralysies nerveuses qu’à cette époque on était peu éclairé sur leur patho-

génie.

Il faut bien avouer qu'on n’est pas aujourd'hui “à état d'expliquer d'une manière bien satisfaisante les paralysies sans lésion apparente. Tout ce que nous pouvons affirmer c’est qu'évidemment -un trouble matériel quelconque existe quelque part .dans le système nerveux, mais nous ne savons pas en quoi 1] consiste.

D’après M. le professeur Lépine les nouvelles ‘idées sur la structure du système nerveux central que l’on doit aux beaux travaux de Cajal sont de -hature à légitimer une hypothèse sur la nature des ‘æoubles en question : on sait que pour M. Cajalles extrémités nerveuses qui apportent à une cellule l'influx nerveux et que, pour cette raison, il

nomme cellulipètes ne pénètrent pas dans la cellule! mais s'appliquent simplement à sa surface par des. prolongements ramifiés très délicats. Cela étant il: est facile de concevoir que la cause la plus minime puisse écarter ces prolongements et rendre leur application à la surface de la cellule moins intime. On sait qu'avec la conception ancienne il y avait continuité de tissus depuis les cellules pyramidales de l'écorce jusqu'aux plaques terminales motrices de Kühne. Avec cette donnée anatomique il fallait de toute nécessité, pour qu'il se produisit une paralysie, une cessation (ou une diminution considérable) de l’influx nerveux, ou bien une rupture morbide des conducteurs. Au contraire, puisqu'il n’y à en réalité pas continuité, mais simple contiguité, on comprend bien mieux l’interruption possible du courant nerveux. C’est ce qu'on voit tout les jours avec le courant électrique; on sait qu'il suffit que les contacts métalliques soient terms par une oxydation presque insensible pour. que le courant ne passe pas. Cette vue de M. le professeur Lépine, bien qu'hypothétique, nous paraît digne d'attention.

Où se trouve cette altération minime = interrompt la contiquité des expansions nerveuses et produit la paralysie hystérique ?

: I est absolument improbable que ce soit à la périphérie et tout porte à croire que ce trouble à lieu dans l’hémisphère du côté opposé à l’hémi-

plégie et vraisemblablement dans la substance corticale. M. P. Janet à fait remarquer avec beaucoup de justesse que dans l’anesthésie hystérique lessensations arrivaient au cerveau, mais n’étaient pas perçues par la conscience. k

C’est donc seulement le dernier acte de la perception qui fait défaut dans ce cas. Dans l’état actuel de nos connaissances sur le cerveau, on peut affirmer que l’interruption est corticale. Il doit en être de même dans le cas de paralysie du mouvement.

Pour expliquer l'apparition tardive d’une paralysie hystérique traumatique qui souvent ne survient, comme on sait, que plusieurs jours après le traumatisme, Charcot, après Tood, a pensé qu'il s'agit d’une autosuggestion :

Un cocher, par exemple, est tombé de son siège, il n’a, dans le moment de son accident, qu’une simple contusion du bras ou de l’épaule, sans conséquence ; puis, sans présenter d’autres phénomènes, 1l guérit de sa lésion traumatique. Mais au bout de 8, 10, 15 jours il s'aperçoit que le bras traumatisé est atteint de faiblesse, il ne peut plus manier le fouet; enfin la paralysie s’accentue, il a bientôt une monoplégie complète.

Charcot explique ce phénomène en disant que le malade s’est préoccupé de son mal outre mesure: et c’est la crainte obsédante de devenir impotent qui cause la paralysie.

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On pourrait objecter à cette manière de voir que, dans beaucoup de cas, on à affaire à des malades insouciants qui se préoccupent de leur état souvent moins que de raison. |

Mais cette objection n’est pas valable, car il n'est pas nécessaire que l’obsession ait été consciente. Le malade s’est préoccupé de son traumatisme, mais sa préoccupation à été ignorée de lui.

Le fait suivant semble dans une certaine mesure confirme la manière de voir de Charcot: C’est à savoir que la paralysie dans la monoplégie hystérique à en général, pour limite, juste celle que le vulgaire, ignorant des données anatomiques, attribue au membre supérieur, la couture de lhabit. Il est probable qu’un médecin atteint d’hémiplégie hystérique aurait une anesthésie plus en harmonie avec ses connaissances anatomiques.

La conception de Charcot semble donc donner la clef du mécanisme pathogénique de la monoplégie hystérique traumatique. Peut-on donner de l’hémiplégie hystérique la même explication ?

Evidemment non, d’abord parce que dans beau-

coup de cas il n’y à aucun traumatisme qui fixe l'attention du malade sur ses membres, et ensuite parce que l’hémiplégie hystérique n’est pas la réunion simple de deux monoplégies, frappant de paralysie l’une le membre supérieur, l’autre l'inférieur. Or, on sait que dans l’hémiplégie

hystérique il y à autre chose, notamment l’hémianesthésie.

Il y à dans la production de l’hémiplégie hystérique quelque chose d’inconnu, d’inexplicable. Nous ne faisons aucune difficulté à le reconnaître.

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