TITI. — LE VENIN DE VIPÈRE DABOIA
Depuis peu, à la suite des travaux de Laignel-Lavastine et Koressios en médecine, Tramuset en stomatologie, on a expérimenté un hémostatique constitué par une solution diluée de venin de vipère Daboïa. Ce produit serait constitué par une couple fermentaire sérozyme et cytozime. In-vitro, son action est très intéressante (coagulation de plasma sanguin en ‘18 secondes). D'ailleurs les docteurs Geoffroy, A. Baker et Paul G. Gibson ont fait paraître dans la « Défense du Médecin » du 15 mars 1936 l’observation suivante : |
«Un garçon de 11 ans fut admis à l'hôpital Torbay le 11 octobre 1935, parce que’depuis 10 jours, il présentail une hémorragie de :la :gencive au niveau d’une incisive supérieure. Cet enfant avait un frère qui serait hémophile et deux sœurs en bonne santé. L’interrogatoire des parents ne permit de découvrir dans:la famille de l’un ou l’autre la notion d’une maladie sanguine.
Au moment de l'admission, l'enfant était pâle et en état de collapsus. Ses gencives présentaient un aspect inflammatoire et il avait plusieurs dents’ carriées. Le sang contenait 4.020.000 hématies par millimètre cube: avec 45 % d'hémoglobine et 500.000 plaquettes. Le temps :de ‘saignement était de.trois:minutes et demie, le.temps.de eoagulation de sept minutes et demie. Pas d’autres signes physiques.
Après lavage de la bouche à l’acriflavine au 1/1000°, l’état des gencives: s’améliora ét hémorragie cessa, mais elle reprit quelques jours plus tard. Toute amélioration
semblant improbable sans l’extraction.de.la -dent, on procèda.à son ablation ainsi -qu'à celle de la dent voisine le 23 octobre, sous anesthésie locale. Il n’y:eut. pas d'hémorragie importante. pendant huit heures. .Une hémorragie en nappe commença alors et continua malgré des tamponnements à l’adrénaline. Le sang recueilli coagulait, mais le caillot était friable. Le 24 octobre, on fit une transfusion de 200 centimètres cubes de sang du père
de l’enfant. A cause de l’adiposité de l’enfant, les veines
étaient très peu apparentes, sauf au niveau du poignet. Une incision permit de trouver une veine, mais elle était si petite qu’on re put lPutiliser: et finalement il fallut'inciser-au niveau du pli ‘du coude.‘ On refeérma les deux plaies.et on mit un;pansement serré à chaeun, mais malgré cela des. hémorragies se. produisirent. à leur niveau. L'enfant présenta: bientôt une anémie aiguë, mais lobligation de faire une nouvelle incision rendait une autre transfusion impossible.
Le 26 octobre, l’état de l’enfant était désespéré; les auteurs décidèrent alors d’essayer de se procurer du venin de vipère et avec beaucoup de difficultés parvinrent à avoir du venin de: vipère! Russell. A‘partir de ce moment, tout alla bien, on ‘appliqua le venin sur les plaiés, en solution de 1/10:000, au moyen de compresses. Pour ‘assurer ‘une meilleure action, on'désunit les plaies du bras.' Pendant les premières vingt quatre ‘heures on renouvela souvent le venin, et au: début les: plaies saignérent encore un ‘peu,: probablement parce que en-attendant l’action du venin, la compression seule \arrêtait J'hémorragie et que,-dès qu’elle cessait, il-se produisait ‘ne ‘hypérémie passagère considérable. ‘Au niveau des älvéoles dentaires, un caillot :se forma ‘immédiatement après l'application du vénin. Les plaies du bras guérirent &nttrois semaines.
\Ées auteurs insistent-sur de fait:que l’hémostase: a. été
immédiate au niveau des alvéoles dentaires. L'efficacité du traitement est donc certaine en un point où l’application était difficile. Enfin le caillot était ferme et il n’y a eu aucun symptôme d'intoxication malgré les doses considérables de venin employées au niveau des bras.
Nous pourrions donc conclure en complet accord avec Huet, Tramuset et Koressios que le venin de vipère daboïa :
1° Possède une action coagulante remarquable en applications locales;
2° Cette action coagulante est immédiate et agit en quelques minutes même dans les cas d’hémophilie grave.
3° Sa solution au 1/10.000 peut être laissée en place vingt quatre heures sans être caustique pour la muqueuse, même s’il s’agit d’une muqueuse plus ou moins lésée par plusieurs tamponnements successifs.
4° Si une récidive survient, un nouveau tamponnement peut être pratiqué avec arrêt immédiat de l’hémorragie.
5° Ces récidives ne surviennent que chez l’hémophile; s’il n'existe aucun trouble sanguin, une seule application suffit pour arrêter l’hémorragie; chez l’hémophile, la récidive ne se voit qu’au bout de plusieurs jours, ce qui peut donner le temps d’agir au traitement général.
Cependant, d’après l’observation suivante que nous devons au Docteur Tramuset et à la suite de la remarque du Docteur Koressios que le contact de la salive empêche le pouvoir coagulant très intéressant du venin, probablement du fait de l’alcalinité du milieu, nous devons reconnaître que ce n’est pas encore l’hémostatique rêvé (au point de vue strictement stomatologique s’entend),
car nous nous sommes impartis le devoir de ne traiter
que d’un procédé hémostatique rapide et facile d'emploi.
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OBSERVATION Il.
Mme P.. Louise, 32 ans, malade du Docteur ‘Framuset, Envoyée par le Dr. Langlet, pour une tuméfaction importante de la joue.
Antécédents héréditaires nuls. Personnels : règlée à 12 ans. Les règles durent six jours. Pertes abondantes. Depuis trois ans, les règles sont devenues très abondantes. Le médecin traitant a pratiqué des injections d’anthéma et d’arhémapectine tous les mois depuis un certain temps, sans quoi les règles auraient été trop longues. Temps de saignement : 37 minutes.
À l’examen, le 13 septembre 1935, nous trouvons une grosse poche kystique suppurée. Ablation du kyste et de la membrane kystique. Tamponnement de la cavité avec une mèche iodorformée. Depuis le jour de lopération, la malade présente un saignement continu tant au niveau de la poche kystique qu’au niveau de l’avant dernière molaire inférieure gauche qui avait été extraite et dont l’alvéole était également le siège d’un saignement ininterrompu. Tamponnements successifs pendant quatre jours. Des compresses pliées entre les dents favorisent ce tamponnement. Malgré cette compression, la cavité buccale est continuellement remplie de sang mélangé à la salive.
- Le 19 septembre à 22 heures, on tente un essai d’hémostase avec du venin de vipère Daboïa, avec une solution au 1/10.000. Après avoir enlevé les deux mèches, celle de la cavité alvéolaire et celle de la poche kystique et après avoir constaté que la bouche se remplissait ïmmédiatement de sang, on tamponne rapidement les deux cavités avec deux mèches imbibées de la solution de venin. On laisse ces mèches à demeure pendant 3 à 4 minutes, puis on les retire. On constate que, dans les ca-
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