‹ De l'hémostase: Dans la désarticulation de la hancheChapitre 10 sur 31 · II. — COMPRESSION DE L’AORTE · texte numérisé non relu

II. — COMPRESSION DE L’AORTE

Pendant longtemps, la compression de l’aorte est restée dans le domaine de l’obstétrique. En 1864, Gamgee (de Birmingham) eut l’idée de l’employer pour interrompre le cours du sang dans le membre inférieur pendant la désarticulation de la hanche. La compression, exercée à l’aide d’un instrument analogue au compresseur de Signorini, donna un résultat satisfaisant; la perte du sang fut très-peu considérable et le malade guérit. Cette observation, communiquée à la Société de chirurgie, reçut un accueil favorable. Depuis cette époque, la compression de l’aorte a été soumise à un grand nombre d’épreuves, avec des résultats divers. On la pratique au niveau de l’ombilic ou un peu au-dessous, en se servant de la main ou d’un appareil compresseur. La compression digitale serait certainement préférable si elle n’était extrêmement fatigante pour l’aide qui la pratique.

Les instruments le plus fréquemment employés dans ce but sont les compresseurs de Pancoast, d’'Esmarch et de Lister.

Ils se composent tous d’une pièce dorsale qui repose sur la région lombaire et sert de point d'appui, et d’une pelote compressive appliquée sur l'aorte.

Dans le compresseur d’Esmarch (1), la pièce dorsale en forme de gouttière embrasse la région lombaire et se termine de chaque côté par un crochet; entre ces deux crochets, on tend des bandes élastiques passant au devant de l’abdomen et destinées à comprimer la pelote.

(1) Esmarch, Chirurgie de querre, 1873.

Tous ces instruments ont l’inconvénient d’être des appareils spéciaux, que le chirurgien peut ne pas avoir sous la main. Il est, du reste, facile d’improviser un compresseur aussi efficace que les précédents. On fait une pelote, en roulant autour d’un bâtonnet une longue bande de toile. Cette pelote est placée droit au-dessous de l’ombilic, exactement maintenue sur l’aorte au moyen d'un bâtonnet, par un aide, et vigoureusement serrée contre la colonne vertébrale par cinq ou six tours circulaires d’un bande élastique.

Dernièrement, M. Haward, à St-George’s Hospital (4), ayant à pratiquer une désarticulation de la hanche, comprima l'aorte au moyen du procédé suivant : il prit un cône de bois, dont le sommet émoussé et présentant une surface de 2 ou 3 centimètres carrés fut placé sur l'aorte abdominale. La base du cône, présentant une surface de 8 à 9 centim. carrés, était creusée d’une large rainure, dans laquelle on fit passer les circulaires d’une bande élastique qui entourait le pelvis. Le résultat, dit l’auteur, fut satisfaisant, et l’hémorrhagie parfaitement conjurée.

On le voit, quel que soit le procédé employé, l'appareil instrumental est des plus simples, et le chirurgien aurait sous la main une précieuse ressource s’il pouvait compter sur l'efficacité de son action. Examinons en quelques lignes la valeur réelle de ce moyen d’hémostase.

Depuis longtemps, les accoucheurs employaient avec succès la compression de l'aorte pour réprimer des hémorrhagies utérines graves après la parturition. Mais, dans ce cas particulier, les conditions sont éminemment favorables ; la souplesse et la dépressibilité des parois abdominales, chez la femme qui vient d’accoucher, permettent d'arriver aisément sur la colonne vertébrale ; la compression manuelle suffit même le plus souvent.

Dans toute autre circonstance, au contraire, les meilleurs compresseurs échoueront, par la raison que l’abdomen ne présente pas cette

(1, l'he Lancet, 3 janvier 1885.

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