III. —— Luxations tératologiques
Nous rangeons dans cette classe toutes les luxations congénitales ayant pu se produire à la suite d’un vice primordial du germe, comme le veulent PALLETTrA, Du- PUYTREN, GERDY et après eux WOLLENBEBG, Où bien à la suite d’un arrèt de développement de larticulation, comme l’expliquaient BRESCHET et DELPECH.
De l'examen radiographique de tous ces malades, il ressort, dans presque tous les cas, que la cavité articulaire est plus ou moins effacée; les bords sont courts, inégaux, sans démarcation bien nette avec la fosse illiaque externe, d’où impossibilité pour la tète fémorale de s’y loger ou du moins grande difficulté. Les muscles pelvi-fémoraux après l'opération ne se laissent pas allonger, ils ne veulent pas s'adapter à la nouvelle position du membre; “ ils semblent congénitale-
ment trop courts et malformés ,.
Le traitement, rarement parfait, est le plus souvent simplement satisfaisant, quelquefois nul.
L'hérédité y est signalée beaucoup plus souvent, M. FrœzLicH l'a rencontrée 15 fois sur 49 cas.
Malgré toute la précision de l'examen radiographique, il est facile de comprendre qu'on puisse commettre des erreurs de classement. Dans ce groupe, on peut trouver toute une gamme de hanches malformées, depuis le cas extrème dans lequel la cavité cotyloïde est complètement aplanie et disparue jusqu’au cas où la cavité est presque normale ou du moins semble l'être. Comme le public a tendance à trouver une origine traumatique aux lésions observées, on sera inconsciemment amené à ranger ces cas dans la première classe, comme luxations mécaniques. Voilà comment à notre avis M. FRŒLICH a pu trouver quatre luxations traumatiques dans des familles où les parents présentaient la même difformité. Enfin nous pouvons encore comprendre entre ces groupements quelques termes de passage, un vice primordial du germe peut avoir son action néfaste renforcée par des phénomènes mécaniques.
CHAPIPRES IV
Distribution géographique de la lésion et son étude dans les diverses races au point de vue héréditaire.
Actuellement, nous savons que la luxation congénitale de la hanche n’est pas également fréquente dans les divers pays ou les différentes races, le nombre en varie d’une région à l’autre; dans certaines elles sont très répandues, dans d’autres elles manquent, sans qu'on en connaisse la raison.
Le chirurgien Mortière dit que toutes les luxations de ce genre qu'il a vues à Lyon lui étaient fournies par l'Ardèche et le professeur FORGUE a fait une constatation analogue à Montpellier où la malformation est très fréquente.
Kiamissox ne partage pas cet avis : “Quelques auteurs, dit-il, ont été frappés de sa présence particulière dans certaines contrées. C’est ainsi qu'ALBERT et NICOLADONI croient cette malformation fréquente dans le Tyrol. Mais, il faut bien je dire, mieux nous connaissons tout ce qui a trait à la luxation congénitale, plus nous sommes en mesure de porter un diagnostic hâtif et de dépister pour ainsi dire l'affection de la première période, plus nous sommes frappés de sa fréquence. En ce qui me concerne, les très nombreux malades que j'ai pu observer, appartenaient à tous les points de la
France et je n’ai pas noté de localisation spéciale à telle ou telle région. ,
Pour WoLLENBERG, la fréquence de la luxation varie d'une façon très considérable suivant les régions. Kor- TEWEG observe la fréquence de cette infirmité en Hollande; après lui, NaraTH confirme ce fait. Le professeur (GauDiER en voit très peu à Lille, tandis qu'elles sont très fréquentes en Lorraine. particulièrement dans les Vosges, la Meuse et les Ardennes, d’après M. FR&LICH.
LE Damaxy a fait à ce sujet de patientes recherches dans nombre de départements de l'Ouest, du Centre et de l'Est de la France et a établi des statistiques aussi exactes que possible. Il a trouvé de véritables “ nids de luxations ,. Par exemple, dans la commune de Pléven (Côtes-du-Nord) il a constaté 10 luxations pour 631 habitants, soit une proportion de 1 luxé pour 63 personnes, alors que les communes voisines n’ont qu'un pourcentage courant de 1 pour 209 ou de 1 pour 309. On ne saurait admettre que cette proportion soit l'effet d'un pur hasard, d’une simple coïncidence. Quelles causes pourrait-on invoquer pour expliquer cette étrange prédilection ? Le Damaxy n’en trouve “ ni dans la constitution, ni dans le relief du sol, ni dans les particularités de races, ni dans les professions, mœurs et coutumes, ni dans l’'emmaillotage des enfants, ni dans les conditions de l'émigration ,. Ne pourraiton incriminer souvent l’hérédité ?
À l'appui de cette hypothèse, prenons dans la statistique de LE Damaxy lui-même des exemples dans lesquels les antécédents familiaux sont connus et signalés d une façon précise.