CHAPITRE VI
Observations publiées et statistiques
Il ne nous à pas semblé nécessaire de multiplier les exemples de famiiles jusqu'alors publiés, où l’on rencontre simultanément un nombre assez considérable de luxés. Nous voulons rappeler seulement la célèbre observation de Marguerite Gardas, publiée par Dupuy- TREN et une autre de M. PETIT DE LA ViLLÉON que l’auteur croit très rare parce qu’elle intéresse trois luxations échelonnées à trois générations et en série directe.
OBSERVATION I
Duruyrrex. Lecons orales, t. I, p. 25. In thèse BruxET
Il existe dans la ville de Nantua une famille dont plusieurs individus ont été et sont affectés de luxation originelle du fémur ; le plus ancien membre de cette famille est une femme de 89 ans, appelée Marguerite Gardas, fruitière. Deux de ses tantes, du côté maternel, mortes à 70 ans, ont été affectées de claudication dès ieurs premiers pas dans la vie ; elles disaient d’ailleurs qu’elles avaient toujours boité. Elles avaient les hanches grasses, hautes, brusquement saillantes, et marchaient les coudes en arrière, en clochant comme des canards. Le père de Marguerite avait une sœur boiteuse de naissance du côté droit, qui mourut à 80 ans.
Une autre sœur bien conformée, donna le jour à une fille qui présenta un raccourcissement du côté droit.
Marguerite Gardas, qui fait l’objet de cette note, est une femme grande et robuste, très grosse, à figure colorée, qui parait avoir été d’une presiesse remarquable dans son enfance. Chez elle, la maladie ne s’est déclarée qu’à trois ans, et les signes sont ceux d'une luxation spontanée du fémur. Le membre a un quart de diamètre de moins que l’autre membre; il y a trois ou quatre lijnes de moins en longueur. Cette femme a eu de son mariage, avec un homme étranger au pays et bien portant, une fille nommée Simone, qui a un raccourcissement congénital du membre droit d'environ trois pouces.
Cette fille s’est également mariée à un homme bien fait, mais dont le père avait également une luxation congénitale des deux fémurs ; elle a eu quatre enfants dont deux présentent l’infirmité héréditaire; l’un est une fille âgée de 23 ans, elle a une luxation des deux fémurs, leur tête est située dans la fosse iliaque externe, l’autre est un fils de 21 ans, qui a une luxation congénitale de la cuisse gauche. Le membre est plus court que l’autre de cinq pouces, la tête du fémur est en haut et en arrière, le grand trochanter est saillant et en dehors, la pointe du pied est tournée en dedans. Les deux membres sont également bien nourris.
OBSERVATION II
E. Perir DE LA ViLLéon. In Gazette hebdomadaire des sc. méd. de Bordeaux. 1908, p. 294. Résumé
Je -voyais, ces jours derniers, à ma consultation de la polyclinique une petite fillette de 22 mois, H. D... accompagnée de ses parents. Rien qu’à la voir marcher, rien qu'à la facon si caractéristique dont elle « canarde », on fait le diagnostic de luxation congénitale de la hanche. C’est en effet ce que confirme l'examen complet A côté de la fille
NT
se trouvait la mère, âgée de 24 ans, sa démarche est en plongeon périodique, elle est atteinte d’une luxation congénitale de la hanche. Enfin la grand-mère, âgée de 62 ans est encore alerte malgré son âge et malgré la facon fort disgracieuse dont elle canarde. Comme la fillette, comme la mère, la grand'mère est atteinte de luxation congénitale de la hanche. J'ai pratiqué de ces malades l'examen qui asseoit complètement le diagnostic.
C'est là une observation extrèmement rare dans la science, où le chirurgien a pu constater, examiner luimême trois générations échelonnées de la même famille et en série directe. Dupuyreen en a signalé un fait, PiécuauD fait allusion à un cas semblable, je n’en connais pas d’autres.
Nous ne pouvons partager l'avis de cet auteur qui considère ce cas Comme extrémement rare. Les observations publiées sont peut-être très peu nombreuses, mais cela provient de ce qu'un grand nombre de luxés ne sont jamais venus demander pour leur lésion le secours d’un orthopédiste, que la guérison de la malformation est de date relativement récente et ne peut avoir lieu que chez des enfants en bas âge. Pour nous, dans les quelques recherches qu'il nous a été possible de faire à la campagne et sur un nombre tellement petit d'observations que nous ne pouvons les donner comime statistique, nous avons trouvé deux cas de luxations congénitales à trois générations échelonnées de la même famille et en série directe. Nous en devons une à l’amabilité de M. le D' Forquix de Mirecourt, l’autre nous est personnelle, ce sont les observations I et XVII du chapitre suivant.
D'un travail publié en 1908 par WoLLENBERG, nou
Cr
avons liré les statistiques qui suivent. L'auteur divise l'hérédité en :
1°" Hérédité directe du coté du père
mi qi — — dela mère.
3” — indirecte — du père.
PT. EE — — de la mère.
5" Hérédité du côté paternel et maternel.
6 — sans qu’on connaisse la branche.
7 — familiale. (Lorsque plusieurs enfants
sont luxés, les parents étant sains.)
DELANGCADE, sur 126 cas observés. trouve 12 fois une influence héréditaire (9,5 "/,). 2 fois du côté paternel, 6 fois du côté de la mère, 4 fois sans qu'il ait spécifié de quel côté venait l’hérédité, 5 fois des luxations entre frères et sœurs (4,09 °/). En tout 13,5 °°, de cas héréditaires.
LuDLOFF sur 23 cas en a trouvé 2 familiaux (AZ AY
NaraTa sur 100 cas qu'il lui a été donné d'observer, en trouve 31 d’origine héréditaire. 3 fois l’hérédité est directe du côté du père (soit 3 °/,), 3 fois du coté de la mère (3 °/,), 9 fois le mal provenait de la famille du père (9 ° ,):8 fois de celle de la mère (8°’,), enfin 1 fois des deux parents. Nous avons donc un pourcentage de 24°, pour les cas héréditaires, en regard de 7 °1, pour les cas familiaux.
Beaux sur 80 luxations congénitales de la hanche, constate dans 10 cas “ une influence familiale pré-
= Ab
dominante , mais ne donne pas d’autres renseignements.
VOGEL dans une statistique qui comprend 20 observations trouve 30 °/, de cas héreditaires. 7 cas d'hérédité maternelle (3,5 °/,); 1 cas du côté paternel (0,5 ‘/,), 8 cas dans la famille de la mère (4 °},), 9 dans celle du père (4,5 °‘J), 1 dans la famille du père et de la mère. L'auteur trouve enfin 6 cas (3 °|,)
de luxations familiales.
SPRINGER a réuni 40 cas (il en a noté 41, mais les observations 7 et 10 concernent deux jumelles). Il trouve seulement 2 cas de luxations familiales.
BLENCKE ne trouve sur 105 observations que : 1 cas d'hérédité maternelle, 4 cas d’hérédité par cousins ou
cousines et 4 de luxations familiales.
LE Damaxy a, parmi 72 cas, trouvé 19 d’entre eux présentant chez leurs proches un ou plusieurs cas de luxation congénitale: 1 fois l'hérédité était directe du père (1,4°/,), 5 fois de la mère (6,9 °/;), 10 fois dans la famille du père ou de la mère (13,8 °,). Ce qui fait en tout 16 cas héréditaires (22,2 ° ,). En plus il signale 3 cas de luxations familiales (4,1 ‘/,) Ce sont là les résultats d’un travail paru en 1908 dans la “ Revue de Chirurgie ,.
Pour résumer toutes ces statistiques précédentes, nous avons encore emprunté au travail de WozLEN- BERG le tableau suivant :
a > t P2 0 = D .© “ à 2 = É | AUTEURS 2 5 | E à | AR ANES = | 2 SE Oo | PR = ER DELANGLADE. - | 126 1 5 | MEunreEs 93 » 2 N'ERATEA ES = | LOU 3 7 VOGEr 0 48-1200 1 6 | SPRINGER + + : 40 » 2 BLENCKRE: «+ « | 105 » 4 | Ee DANSE 12 1 sal Toxar - .--|1600 6 29 | Pourcentage . . (AC DC 41 De É 2 4 7 | 6,6 Z hsë Z14,3 7] | GLÆSSNER , +. -| -200 1 4 |
Dans un nouvel article paru dans le “ Zeitschrift für orthopædische chirurgie , en 1908, GLÆSSNER ajoute aux statistiques précédentes les observations que luimème a eu l'occasion de relever dans le service de Horra: il trouve sur 200 cas, 1 fois de l’hérédité directe du côté paternel et 1 fois du côté maternel; 15 fois de l’hérédité indirecte du côté paternel, 14 fois du côté maternel, 3 cas où l'hérédité existe des deux côtés : dans 3 cas il constate des antécédents, sans en connaitre la branche, ce qui fait un total de 37 cas héréditaires. Enfin. il signale { cas familiaux, c'est-àdire où il a trouvé la luxation congénitale de Ia hanche chez plusieurs enfants, frères ou sœurs, sans que les parents présentent de semblable difformité.
PCT ne
Avec WOLLEXBERG il admet que la luxation héréditaire est plus fréquente que Ia luxation familiale et que dans environ 20 ‘,, des cas, il faut reconnaître l'influence manifeste de lhérédité. ,
Enfin, de tous les travaux faits par Le Damaxy et parus en 1907 et 1909, de toutes les observations par lui rassemblées, nous avons, pour les ajouter à sa statistique personnelle, extrait tous les cas où ses correspondants ont parlé d’une facon certaine des antécédents héréditaires.
Voici les résultats que nous avons obtenus.
Landivisiau. 4.385 habitants. Observations du D' Loussor. Cas de luxations observés : 17; cas héréditaires ou familiaux : 4.
Un frère et sa sœur; Une mère et sa tante.
Lanmeur. 2,573 hab. Obs. du D' Guircemor.
Cas de luxations observés : 9; cas héréditaires : 3. La mère et ses deux filles.
Mur. 2,391 hab. Obs. du D' Desnaves.
Cas observés : 30 (dont 2 douteux); cas héréditaires : 7. 4 frères et sœurs et leur tante.
1 fillette et sa grand'mère.
Port-Brillet. 1.231 hab. Obs. du D' MEzaxcrau. Cas de lux. cong. de la hanche observés : 5; cas héréditaires : 2. Une filleite avait sa mère luxée. Une fillette a une tante présentant la même lesion. Ponts. 408 hab. Obs. du D' AURRÉE.
Cas observés : 4; cas héréditaires : :.
Les 3 luxés sont frère, sœur et cousin.
Saint-Oswin. 750 hab. Obs. du D' AUBRÉE.
Cas de lux. observés : 4; cas héréditaires ou famihaux : 4.