‹ De l'hérédité dans les maladiesChapitre 13 sur 47 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

Preuves physiologiques à l'appui Je l'hérédité.-— Vices de confoi malions congénitales, infirmités congénitales.

66. De nombreux faits d'histoire naturelle et de physiologie prouvent que les dispositions organiques des parents sont transmissïbles à leur progéniture. Ce puissant argument a été invoqué en faveur de l'hérédité par Pujol , Portai , Petit , et par tous ceux qui ont défendu leur doctrine.

67. D'abord on a cité l'exemple des végétaux (47), la persistance de leur organisation par l'hérédité , les variétés remarquables d'une même espèce sous le rapport de la forme , de la couleur, des qualités sapides et nutritives , qui se transmettent par les graines , et qui sont Ion g- temps à reprendre le type premier de la nature , alors même que la culture ne vient pas les modifier.

68. Puis on s'est étayé de l'exemple si fréquemment observé des animaux présentant des formesparticulières en rapport, non pas avec l'espèce primitive, mais avec les races et les variétés , races qui se trouvent ainsi perpétuées d âge en âge et de générations en généralions; cela est vrai du chien, des animaux grégères, du cheval, etc. Par cette influence héréditaire, et indépendamment de toute autre circonstance, le cheval de course est svelte et a les jambes fines, et celui de

travail présente une apparence lourde, mais vigoureuse. La connaissance de ce fait d'hérédité est, en économie rurale, la source des applications les plus utiles.

69. Non-seulement les animaux héritent ainsi des conformations extérieures, mais ils reçoivent aussi de leurs parents des dispositions organiques intérieures analogues aux leurs ; car la forme du thorax , de l'abdomen, du crâne, est en rapport avec celle des parties qu'ils contiennent, et il est impossible que les unes soient modifiées, sans que les autres le soient à leur tour.

70. L'instinct des animaux suit également les lois d'hérédité. Bon chien, dit -on, chasse de race. Le chien courant est remarquable par son courage , le chien d'arrêt par son admirable disposition instinctive, et, quelle que soit, l'éducation que vous leur donnerez, vous ne détruirez pas complètement en eux ces types d'intelligence qui les séparent et qui ne sont pas moins varies que leurs lormes.

71 . Le croisement des races a fourni des preuves encore plus positives de l'influence des prédispositions héréditaires; l'existence des mulets démontre que les deux sexes impriment leur cachet à l'être qui résulte de leur accouplement, soit, comme le veulent Haller (48) et M. Velpeau (49), que la mère ait une influence plus marquée que le mâle sur le produit de la conception, soit que le père ait une part égale dans cette influence, ce que certains faits porteraient à croire, pour quelques cas au moins.

72. Les vicesde conforma tion, chez les animaux, conduisent à des données du même genre. « Réaumur a vu et décrit deux races particulières de poules dont la pre-

mière porte toujours cinq doigts à chaque pied , tandis que la seconde offre constamment, de génération en génération , des individus privés de croupion » (50). Sans doute on ne croit pas facilement cette allégation qu'on a faite de chiens auxquels ou a coupé la queue dans plusieurs générations et dont les petits ont été plus tard privés de queue (51),; mais il n'est pas moins certain que des vices de conformation sur les animaux se sont parfois transmis des parents à leur progéniture. <

73. Mais ces faits ont surtout acquis de la valeur par le rapprochement des observations qu'on a pu faire sur l'homme.

74. La forme extérieure des individus est singulièrement influencée par celle de leurs ascendants. Cela est d'abord observé dans les familles. Les parents dont la figure est régulière, comme Haller l'a remarqué (52), donnent souvent naissance à de beaux enfants; et le contraire a lieu dans des circonstances opposées. Les traits de la face, en particulier, sont souvent fort analogues sur les pères ou les mères et sur leur progéniture. On sait qu'il y avait, des familles romaines qui portaient les noms de aasones ou de labeones , d'après le développement de certaines parties de leur visage; les Bourbons ont eu de tout temps le nez aquitin. Ces ressemblances ne tiennent pas à l'influence de l'éducation, ou à d'autres circonstances secondaires ; car il ne s'agit pas ici des parties molles, ou même d'os influencés dans leurs formes par des muscles dont les contractions les modifieraient; mais bien du développement des os du nez, de la saillie du crâne, du prolongement des mâchoires en avant, etc., la où ne s'insèrent pas des fibres musculaires. Chose

remarquable, c'est que ces traits caractéristiques des familles ne se manifestent pas toujours dans les premières périodes de la vie, mais plus tard et lorsque les enfants sont parvenus à l'âge où les parents offraient tel ou tel caractère de ligure ou de physionomie. Ceci est un fait physiologique complètement en rapport avec ce qui a été dit plus haut sur le développement de certaines aptitudes pathologiques. Cullen avait remarqué, suivant M. Ladmirault , que, parmi les enfants d'une famille, ceux qui ressemblaient le plus à leurs parents étaient les plus exposés aux maladies héréditaires.

75. Ces ressemblances ne s'étendent pas à la stature qui, déjà, est si bien en rapport avec l'organisation des parties profondes. C'est ce que savait le père du grand Frédéric, lorsqu'il faisait marier ses gardes avec des des femmes d'une haute proportion.

76. La longévité elle-même semble être le privilège de certaines familles, ainsi que le pensait iïaller. Ceci ne surprendra pas, alors qu'on réfléchira qu'une longue lie est la conséquence d'une bonne organisation primitive , et que le cachet de l'organisation est ordinairement imprimé par les parents. De sept frères ou sœurs dont les parents sont morts vieux , il y en avait six vivants \ dont le moins âgé avait 65 ans et le plus vieux 81 ans.

77. Les ressemblances entre les parents et leur progéniture se rencontrent aussi habituellement pour la conformation intérieure que pour la forme extérieure des parois des cavités où ils sont contenus ( On sait que la disposition des parties profondes décide souvent de celles de l'enveloppe extérieure) (n° 69). Ce

fait est d'une observation vulgaire, et il est inutile d'y insister. C'est-îà déjà un argument puissant en faveur de l'hérédité des maladies ; car il n'est pas douteux que celles-ci soient ordinairement en rapport avec des modifications de structure; or, si naturellement les parents ont des modifications organiques du même genre que leurs enfants, il faudra bien que ceux-ci soient exposés à leur tour aux mêmes maladies que celles auxquelles cette disposition organique avait conduit leurs parents.

78. Les ressemblances morales paraissent aussi être héréditaires. Ici le fait est plus difficile à constater, parce que le moral est puissamment influencé par l'éducation. Toutefois, le fait est d'abord positif comme nous l'avons vu (n. 76) pour les instincts des animaux, et de plus il est des familles malheureuses où l'intelligence est si peu développée, qu'en vérité il est difficile de ne pas admettre qu'il y ait là quelque chose d'héréditaire. Il en est d'autres, au contraire, qui sont remarquables par l'énergie, l'étendue, la variété des facultés intellectuelles. Sans doute, il est rare de voir un grand homme naître d'un grand homme ; mais c'est que dans tous les temps, comme dans celui-ci, les grands hommes sont rares.

79. On a cité des cas dans lesquels des dispositions morales particulières étaient, disait-on, l'effet de l'hérédité : telle est cette fille dont le père fut supplicié pour cause d'anthropophagie, et qui conserva toute sa vie une propension très grande à se livrer à ce crime abominable; mais ici il est fort possible qu'il se soit agi d'une influence morale après la naissance, et non pas d'une disposition héréditaire.

80. Les ressemblances observables dans les familles existent aussi dans les diverses nations ; et dans les di-

verses races. Ce serait répéter plusieurs fois les mêmes choses que d'y insister. Rappelons seulement quelques faits. Chaque peuple a ses traits caractéristiques; chaque nation a une aptitude organique et morale qui lui est propre , et cela sous les mêmes latitudes et presque dans le même climat, dans le même pays. C'est surtout la couleur des peuples et des races, qui fournit une preuve sans réplique en faveur de l'hérédité. Déjà on voit une teinte particulière du tégument, être propre à chaque famille , mais c'est de peuple à peuple et surtout d'une race à une autre, que les différences sont sensibles. Ce sont des circonstances d'hérédité plutôt que de climat qui les déterminent, et le croisement de ces races prouve sans réplique que le père ainsi que la mère impriment à l'enfant une influence héréditaire. Celle-ci a lieu même sur les parties profondes des différentes espèces, et le crâne, le fémur, les os maxillaires du Caraïbe, du Mélanésien ou des Malais seront différents des mêmes os observés sur les individus de la race Caucasique.

81. Il est, dit-on, certaines familles, échappant à la contagion ou à l'influence des maladies épidémiques, et Vanswiéten, selon M. Sersiron, rapporte que Diemerbroèck, qui, parvenu à l'âge de 70 ans, avait soigné des varioles par milliers, n'avait jamais été atteint de la petite vérole. Or, son père et sa mère, qui étaient nonagénaires, sa grand'mère qui était morte octogénaire, deux proches parents parvenus à l'âge de quatre-vingts ans, et plusieurs autres membres de cette famille privilégiée, avaient été également épargnés par cette maladie.

82. De nombreux vices de conformation ont été, dans quelques cas, héréditaires. On en cite surtout qui ont

rapport à un arrêt de développement , tels que des atrophies d'organes qui devraient exister, on la disjonetion de parties ordinairement réunies. Quelquefois il y a aussi addition d'organes qui, dans le plan primitif, ne devraient pas exister.

Il faut attacher peu d'importance aux faits suivants, parce que l'hérédité peut y être contestée :

Deux demoiselles d'une même famille sont privées d'ongles à chaque main ,♦ la mère ne présente rien de semblable; mais dès l'âge de 25 ou 26 ans, tous les cheveux de la mère étaient blancs, ce qui contrastait singulièrement avec sa jolie figure. Morgagni, cité par Portai (56), fait mention de trois sœurs qui étaient muettes dès leur naissance, et Portai lui-même cite le cas de quatre enfants, issus des mêmes parents, qui étaient aveugles en venant au monde (57). Une jeune femme portant une énorme tumeur dansl'hypochondre gauche, que l'on a long-temps prise pour une augmentation de volume de la rate, mit au monde un enfant dont le crâne était moitié moins grand que d'ordinaire, dont les yeux étaient agités continuellement par un tremblement convulsif, et qui vécut, pendant quatre mois, dans un état de maigreur squéléttique.Deux frères habitaient Poitiers : l'un était notaire, l'autre huissier: tous les deux avaient un strabisme remarquable des deux yeux, qui était accompagné de tels mouvements d'oscillation spasmodique des globes oculaires, qu'on ne concevait pas comment ils pouvaient fixer les objets, et surtout lire et écrire. Or, j'ai vu périr d'une affection cérébrale aiguë l'un des enfants du plus jeune de ces frères, et je crois me rappeler que l'un des garçons de l'autre frère a succombé à une maladie de l'encéphale.

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