‹ De l'hérédité dans les maladiesChapitre 23 sur 47 · M. de Laroque rapporte qu'il a vu une famille · texte numérisé non relu

M. de Laroque rapporte qu'il a vu une famille

entière composée de huit à neuf personnes tant homme que femme se plaindre plus ou moins des hémorrhoïdes.

139. Lafargue cite le fait suivant : Un homme de quarante et un ans, d'une constitution épuisée par des pertes de sang, se heurta le côté contre la clef d'une porte et eut une tumeur sanguine considérable.

Un des grands oncles et un oncle de ce même homme avaient péri d'hémorrhagie. Sur 17 frères ou sœurs qu'il avait eus, 14 étaient morts avant l'âge de trois ans , sans qu'on eût pu décider la cause de leur décès ; mais suivant la mère ils avaient été étouffés par le sang.

Deux de ses frères parvenus à un âge plus avancé étaient sujets à des épistaxis abondants. L un est mort à 9 ans à la suite d'un coup à la tête qui détermina une infiltration énorme de sang au-dessous du cuir chevelu; l'autre ayant reçu, à l'âge de 17 ans, un coup d'instrument tranchant au mollet, eut une hémorrhagie si opiniâtre que l'on fut obligé de lier l'artère crurale ; il mourut dune hémorrhagie consécutive à cette ligature (19).

1 40. Les exemples cités dans la Gazette médicale sont aussi fort remarquables; le premier a trait à une hémorrhagie constitutionnelle mais dont le caractère héréditaire n'est pas prouvé. L'auteur, M. du Bois de Neufchâtel, qui nomme cette affection hémorhaphilie, suppose seulement que la mère était atteinte de la même affection qui sévit sur quatre enfants et en fit périr trois ; un quatrième, ajoute Fauteur, ne tardera probablement pas à succomber. Un cinquième est mort de convulsions. M. du Bois cite plusieurs auteurs qui ont écrit sur cette maladie; tels que Otto, Nasse Ripp; etc.

On mentionne aussi deux observations extraites- de leurs travaux ; dans l'une , la maladie s'est manifestée sur plusieurs frères, sans que les parents ascendants en fussent atteints, ce qui se rapporterait plutôt à des maladies acquises qu'à l'hérédité ; dans l'autre ; qui avait trait à un juif, ce caractère héréditaire paraissait évident, car la maladie avait été successive-^ ment observée dans trois générations. Chose remarquable, ainsi que l'a remarqué le professeur Nasse, c'est que la maladie ne se communique guère qu'aux mâles, et s'il arrive que l'un d'eux parvienne à un certain âge, elle fait place à la goutte (21). Cette dernière remarque peut faire croire que l'observation suivante de Stahl avait aussi le caractère héréditaire : Un homme atteint de goutte depuis sa jeunesse avait, au moment que cet auteur écrivait, deux fils dont l'un offrit, dès l'âge de ?0 ans tous, les symptômes des hémorrhoïdes et de la goutte, l'autre n'était atteint que d'hémorrhoïdes (22).

141 . 4° L' hématurie règne à l'Ile-de-France, suivant M. Rayer, d'une manière endémique, et cela sous la forme simple, ou avec coexistence de graviers ou d'albumine dans l'urine. Peut-être existe~t-il dans ce cas quelque disposition héréditaire dans les habitants de cette colonie. Quoi qu'il en soit, nous verrons plus loin que la gravelle paraît être sous l'influence de l'hérédité, et, puisque l'affection calculeuse est la source la-plus fréquente de l'hématurie, il y a lieu de croire aussi que cette dernière affection peut tenir à des circonstances de parenté.

142. Nos observations contiennent peu de faits relatifs à l'hérédité des hémorrhagies , mais le nombre et l'authenticité des observations qui ont fait le sujet des

considérations précédentes ne permettent pas de douter que souvent les hémorrhagies sont sous l'influence d'une disposition de famille.

143. 4° Chlorose. Ictère. Il est fort difficile de dife si la chlorose est héréditaire : à ma connaissance , on ne s.'est guère occupé de ce sujet. Sauvages a rencontré quelque chose d'assez analogue chez des enfants en bas - âge (23) ; M. Roche parle aussi de jeunes sujets qui ont contracté cette maladie (24)* Marshall Hall dit bien que s'il existe dans une même famille plusieurs filles atteintes de chlorose , il est fréquent de voir les hommes de la même parenté offrir une pâleur habituelle (25). Mais ces documents, assez graves pour conduire à faire des recherches sur ce sujet , ne sont pas suffisants pour faire admettre l'hérédité de cette affection. Je ne me rappelle pas avoir rien vu de relatif à la transmission de la chlorose par la parenté, dans le mémoire de M. BlauddeBeaueaire; mes souvenirs me rappellent très vaguement quelques faits qui sembleraient établir sa probabilité ; mais les observations détaillées que je possède n'en font aucune mention. L'hérédité de la chlorose est donc très dou~ teuse.

5. 444. V anémie essentielle étant fort rare, il âY* aucmne recherche de faite sur son caractère d'hérédité. Celle qui est le résultat d'une autre lésion est hérédi*» taire si cette maladie l'est elle-même. Cette réflexion est entièrement applicable aux états organiques que l'on a réunis sous le nom de cachexies,

1 45.6. /crère.Boerhaave cite une famille dont tous les membres périrent ictériques au même âge et devinrent hydropiques, quelque médication qu'on employât. A la nécroscopie, on trouva le foie squirrheux ,ll est évident

que l'ictère était ici symptomatique, et que s'il était héréditaire, c'est que la lésion qui le causait l'avait été elle-même ; or, c'est ici une question relative au cancer et qui sera bientôt agitée. Seulement, il est curieux de voir ici le carcinome occupant le foie de père en fils, et, de génération en génération, produire des obstacles au cours de la bile. Sur seize cas d'icière, dans lesquels les observations ont été dictées dans mon service, avec beaucoup de soin, on n'a pas noté une seule fois que les parents eussent été atteints de la maladie. Tous ces ictères étaient symptomatiques et résultaient d'une cause matérielle qui mettait obstacle au cours de la bile. Il en était ainsi des cas nombreux observés par M. Cruveilhier et signalés dans son grand et bel ouvrage d'anatomie pathologique. Ce serait donc la lésion organique qui donne lieu à l'ictère dont il serait important de constater l'hérédité.

4 46. 7. Fièvres éruptives, variole, rougeole, etc. Plusieurs cas de variole communiqué*1 de la mère au fœtus ont été publiés. Ce sont là des maladies propagées par contagion et peut-être par communication vasculaire. Ce ne sont pas là des cas de véritables maladies héréditaires; elles n'ont pas été transmises par génération; elles sont acquises avant la naissance. Mais ce qui est communiqué par la fécondation , c'est le germe de le petite vérole (99). Encore une fois, il est impossible, en théorie, de ne pas admettre ce germe; autrement comment se rendrait-on compte de l'effet de la vaccine? Comment une affection si légère détruirait-elle ou affaiblirait-elle si puissamment l'aptitude à contracter la petite vérole, si le principe, le rudiment, le linéament, le germe de celle-ci (comme on voudra l'appeler) n'existait pas à priori dans l'écono-

mie? N'est-ce pas en le détruisant, ou du moins en le modifiant puissamment, qu'elle détermine une action préservatrice? Or, ce germe, dans cette hypothèse, existerait sur tous les hommes et se transmettrait des parents aux enfants.

\ 47. Ne nous dissimulons pas cependant une difficulté des plus graves qui se présente ici : c'est que l'on se demande comment il se pourrait faire que, le germe étant épuisé dans un individu par la maladie dont cet individu aurait été frappé , ou détruit par la vaccine qui lui aurait été pratiquée, il arriverait cependant que cet homme transmettrait le germe qu'il n'aurait plus lui-même. A ceci, l'on peut répondre que tout le germe peut bien ne pas être détruit, qu'il peut en rester quelques traces qui suffisent pour être communiquées à l'enfant par génération, et que ces traces peuvent prendre un nouveau développement dans cette organisation nouvelle. Il est si vrai que la maladie elle-même ne détruit pas complétementle germe de la petite vérole,qu'on peut avoir celle-ci une seconde fois; et la vaccine en laisse si bien encore les éléments , que la petite vérole se dessine souvent, quoiqu'avec des symptômes généralement moins graves que sur des sujets vaccinés.

148. 11 est plus difficile de prouver que les autres fièvres éruptives aient un germe communiqué par hérédité. Ce que l'on peut dire de plus probant en faveur de ce germe , c'est qu'on n'a ordinairement qu'une seule fois plusieurs d'entre elles, et qu'il y a beaucoup d'analogies entre la variole dune part et la scarlatine et la rougeole, de l'autre. Il paraît convenable de rester dans le doute sur la question de savoir si ces dernières maladies ont un germe ou si elles en sont exemptes.

149. Remarquons seulement ici, à l'occasion de la rougeole, combien il faut se défier des observations dans lesquelles plusieurs frères sont atteints d'une même affection, et qu'on fait valoir à l'appui de la doctrine de l'hérédité des maladies. Que de fois n'arrive-t-il pas que trois ou quatre enfants sont affectés à la fois , ou successivement , de la rougeole; or, ce n'est pas, à coup sûr, à l'hérédité qu'il faut rapporter cet effet. Et cependant , un très grand nombre d'observations des auteurs, voire même quelques-unes de celles d'hémorrhagie constitutionnelle qu'on a citées comme héréditaires, sont tout-à-fait analogues.

150. En définitive, il est presque certain que le germe de la variole est héréditaire; c'est un sujet de doute que de savoir s'il existe un germe pour les autres fièvres éruptives, et s'il se communique par hérédité.

451. 8° La syphilis, effet évident d'un virus, est-elle héréditaire? Point de doute d'abord qu'elle peut être acquise (35), après la rupture de la poche des eaux ; ce n'est même pas une question de savoir si avant cette rupture, la mère peut communiquer à sa progéniture le mat dont elle est atteinte. Les auteurs parlent de faits où des enfants sont nés avec des symptômes syphilitiques assez développés pour prouver que ceux-ci remontaient à une ancienne origine. La question qui nous occupe n'est pas là. 11 s'agit de savoir si, au moment de la fécondation, l'enfant peut être infecté, et la solution de cette difficulté est extrême. Sans doute on trouverait dans les auteurs beaucoup de faits qui porteraient à le croire ; sans doute la théorie conduit à le faire admettre ; sans doute l'hypothèse de Louis (53), relative à la mort du germe par suite de l'action d'un

virus, e$t, comme nous Favoris vu, peu fondée; mais enfin, on manque d'un grand nombre de documents pour élucider cette question.

1 52. Il faudrait d'abord mettre de côté toutes les observations où Fa mère aurait été infeetée pendant la gestation ; et par conséquent toutes celles où existeraient dans le vagin des symptômes primitifs ou consécutifs, des écoulements, etc. ; il faudrait élaguer aussi les faits dans lesquels les symptômes présentés par l'enfant n'offriraient pas un caractère évidemment syphilitique. On aurait donc à examiner le vagin, le col utérin, etc., depuis le moment de la fécondation jusqu'à l'accouchement, et noter alors les accidents présentés par le fœtus, accidents rares sur lui, et qu'on ne pourrait prévoir avant la naissance. Il est donc presque impossible de réunir de tels faits.

1 53. Pour établir la réalité de la syphilis communiquée par génération, il faudrait qu'une mère atteinte de cette affection constitutionnelle, n'ayant eu aucun symptôme primitif depuis la fécondation , donnât naissance à un enfant atteint de véritables symptômes syphilitiques, ou encore , que le père étant infecté; la mère restant toujours saine, l'enfant qui naîtrait de cette union portât les mêmes accidents; or, qui ne voit de prime abord toute la difficulté ou plutôt toute l'impossibilité qu'on éprouverait à recuei llir de tels faits.

154. D'ailleurs, comme le dit M. Gullerier neveu (contradictoirement à l'opinion de su oncle, formulée dans le Dictionnaire des sciences médicales, en 1821, page 146), les symptômes syphilitiques des enfants présentent souvent un caractère très douteux. « Autrefois, il suffisait qu'un enfant fût petit, maigre, qu'il eût la peau comme flétrie, et qu'il présentât l'as-

pect de la vieillesse, pour qu'on le déclarât atteint de syphilis héréditaire ; à plus forte raison s'il avait quelques rougeurs aux fesses,, ou vers les parties sexuelles. L'ophthalmie purulente à laquelle les enfants sont si sujets, était encore un motif d'anathème. A présent qu'on observe avec un peu plus de soin, on sait que ces enfants de mauvaise apparence ont souvent été malades pendant le cours de la vie intrautérine, et que cet aspect ne caractérise pas plus la vérole qu'une belle carnation et un embompoint notable n'en excluent l'idée, lorsqu'il se montre d'ailleurs des symptômes caractéristiques. Il faut bien se souvenir que le premier âge de la vie est sujet à une foule d'éruptions cutanées, totalement étrangères à la syphilis, et se garder par conséquent de considérer comme vénériens les enfants qui viennent à en être atteints, comme cela s'est fait trop souvent. »

1 55. Ce n'est pas qu'il n'y ait quelque raison de croire au fait de la véritable hérédité de la syphilis. Ce sont les maladies du père, la mère paraissant saine, qui ont surtout servi à les fonder; on a cité partout cet enfant qui portait un ulcère à la gorge sur le lieu même où se trouvait celui de son père; j'ai vu, comme beaucoup d'autres, des syphilides papuleuses sur les enfants issus de pères atteints d'accidents primitifs ou consécutifs; une femme paraissait complètement saine, son mari avait des symptômes très graves de vérole constitutionnelle et portait en outre une ulcération horriblement douloureuse et d'apparence cancéreuse qui, très large et ayant résisté à l'opium, aux cataplasmes, aux antiphlogistiques, s'améliora du jour au lendemain et guérit sous l'influence de l'application de l'onguent mercuriel double. Presqu'à l'instant, sous cette in-

Uuence, les douleurs excessives qui avaient lieu depuis deux mois, se calmèrent; cet homme guérit, il y avait déjà plusieurs années qu'il était malade. Quatre enfants, qui étaient nés de cet homme et de cette femme en apparence saine, étaient morts en venant au monde, et l'un d'entre eux avait présenté des syphilides manifestes et des taches cuivreuses sur presque toutes les parties de la peau. Certes voici un fait en apparence concluant; mais pour qu'il le fût véritablement, il aurait fallu mieux examiner la mère qu'on ne le faisait alors ; explorer l'état du col utérin et avoir constaté par ces recherches, si après la fécondation la femme n'avait pas été atteinte elle-même de syphilides guérie ultérieurement. Ce fait ne pourrait être cité en faveur de l'hypothèse de Louis sur la mort du germe; car ici le germe infecté a pris du développement.

\ 56. Quant à cette autre opinion, que la syphilis exis« tant chez les parents peut produire d'autres affections telles que les scrofules, le cancer, les difformités, etc., elle a été débattue ailleurs,et nous y reviendrons encore.

\ 57. Dans l'état actuel de la science on ne peut admettre avec certitude que le virus syphilitique soit héréditaire en prenant ce mot dans sa véritable acception , mais on a de très fortes raisons pour supposer qu'il en est ainsi.

4 58. Contentons -nous de dire qu'un médecin profondément versé dans l'étude des maladies syphilitiques, qui a beaucoup vu, et bien vu, a fréquemment remarqué que les enfants nés de pères et de mères atteints de syphilis, sont souvent eux-mêmes affectés de lésions organiques variées.

4 59. 9. Gale» Quelques auteurs ont cru long-temps que la gale jouait un très grand rôle dans les maladies;

ils la considéraient comme susceptible des transformations les plus nombreuses et les plus variées. Peut-être qu'en cherchant bien on trouverait des matériaux nombreux sur les idées qu'on se formait relativement à l'hérédité de la gale. Aux yeux de ces auteurs, la question devait être grave : car iîs regardaient cette affection comme des plus sérieuses. De nos jours on a vu encore le charlatanisme exploiter l'idée d'un virus psorique transformé, latent, et l'on s'en est servi pour servir à prôner un spécifique. Plus récemment encore une théorie bizarre a vu dans la gaie dégénérée le point de départ de beaucoup de phénomènes morbides. On n'oubliait qu'une chose, c'est crue, de nos jours, la gale est une affection rare dans les classes aisées, et que les lésions morbides y sont communes. Aussi, considérons-nous, comme des hypothèses dénuées de preuves, ce qu'on pourrait dire sur la transmission de la gale par hérédité. La présence démontrée de Vacants scahiei dans les vésicules psoriques ; la destruction de la maladie par la destruction de l'insecte , nous paraissent rendre superflue la discussion des questions relatives à l'hérédité de !a maladie dont il s'agit. Toutefois , nous ne tenons que médiocrement à ces opinions , et si l'on nous faisait voir des faits susceptibles de les modifier, nous les accepterions de grand cœur , ainsi que les raisonnements qu'on en pourrait déduire s'ils étaient fondés.

160. 10. Goutte La plupart des auteurs, et principalement de ceux qui remontent à une époque un peu reculée, s'accordent à r garder la goutte comme héréditaire. Mor&agni, cil par M.Guilbert, a dit, t< Ipsepuellos vidi, qui y infuntiâ vix peractâ, acerbis articulorurn dolonbus prehensidecumbebant; sed eorurn egoetpa-

rentem , et mt&n, et proavum noveram arlhritidi obnoxios (30).

1 61 . M. Guilbert dit avoir eu sous les yeux un exemple, et, pour ainsi dire, un fait du même genre que celui de Morgagni : Un homme avait eu huit enfants avant d'être affecté de la goutte, quil garda le reste de sa vie. Pendant cette maladie, il devint père d'un neuvième enfant : c'était le seul de toute la famille qui fût goutteux, etc.» Le même auteur cite un cas tiré des lettres de Loubet, qui répond à la question de savoir,si infailliblement le fils d'un goutteux est destiné à souffrir les douleurs de la goutte. Un père goutteux engendra deux fils jumeaux, qui, comme lui, devinrent grands et forts. L'un vécut avec son père • il contracta ses goûts : l'autre, obligé de vivre sobrement et de prendre de l'exercice, en fut préservé toute sa vie (52).

162 L'ouvrage de Scudamore 9 cité par M. Ferras, renferme un tableau dont voici le résumé : chez 32 individus, hérédité de père ; de mère, chez neuf ; de père et de mère , chez trois ; six avaient eu seulement leur grand père goutteux ; un autre, sa grand'mère seulement:; quatre, un oncle ou une tante. Malgré ce résultat, l'auteur semble avancer qu'en général on a trop expressément regardé la goutte comme une maladie héréditaire. MM. Chomel et Requin , croyant que la goutte et le rhumatisme articulaire sont identiques, admettent par conséquent l'hérédité comme étant très commune. M. Roche, regardant la goutte comme très distincte du rhumatisme, dit qu'un état particulier du sang est la cause principale de cette différence, opinion partagée par M. Gruveiihier, qui croit en effet que la surabondance (Fune matière tophacée est la lésion matérielle spéciale de la goutte , et que cette produc-

tion tophacée a pour base l'urate de soude et le phosphate de chaux. Or, MM. Cruveilhier, Bally, Roche , regardent la goutte comme héréditaire. Il est fâcheux qu'on n'ait pas encore la possibilité d'éclairer cette question par des résultats statistiques nombreux, bien analysés, recueillis dans les hôpitaux. Les faits de goutte sont fort rares chez les pauvres. Il y avait , il y a deux mois, un malade très misérable qui avait eu des attaques de goutte , alors qu'il vivait dans l'aisance et buvait abondamment. L'infortune l'ayant forcé à vivre plus simplement, il n'était plus goutteux. Je n'affirme pas que les faits de goutte cités dans notre tableau soient bien des cas de goutte; je les donne pour ce qu'ils sont. Des souvenirs de pratique civile, des assertions de médecins, et surtout le témoignage des hommes honorables que je viens de citer, me font admettre pour le moment que la goutte est héréditaire ; mais il est très possible que des faits viennent plus tard ébranler cette manière de voir. Sur 26 cas de goutte recueillis dans les hôpitaux et mentionnés dans nos observations , il y en a six où le mal était héréditaire, ce qui tendrait a confirmer l'opinion précédemment émise.

163. 1 1 . Scrofules. L'hérédité des scrofules ne peut plus être contestée aujourd'hui , disent MM. Fournier et Bégin, dans le dictionnaire (34) des sciences médicales; ils ajoutent cependant que quelques médecins, conséquents avec les opinions qu'ils se sont créées sur le mécanisme de la transmission de cette maladie des parents aux enfants, ont cru devoir révoquer en doute la possibilité de cette hérédité. Pour eux, ils ne pensent pas qu'il soit possible de ne pas croire à l'hérédité des scrofules; si l'on tient compte des obser-

vations recueillies par Bordeu, Cullen, Portai, etc., hâtons-nous d'ajouter que MM. Fournier et Bégin ne voient dans cette hérédité des scrofules qu'une disposition constitutionnelle à la maladie scrofuleuse. Puis ils citent M. Lepelletier qui pense qu'il n'est pas nécessaire que les parents soient scrofuleux pour donner le jour à des enfants affectés en naissant des écrouelles , et Lalouette,dont l'opinion est que des enfants qui ont été conçus pendant la menstruation, sont fréquemment scrofuleux ; étrange opiniou que M. Lepelletier dit cependant avoir confirmée deux fois; ils ajoutent ensuite que les circonstances qui affaiblissent les parents disposent aussi aux scrofules* Nous avons déjà parlé ailleurs des opinions de Portai sur l'hérédité des scrofules , et les considérations générales dans lesquelles nous sommes entrés, nous ont conduit à citer plusieurs faits particuliers qui portent à faire admettre cette possibilité de transmission des écrouelles par voie de génération. Cette opinion acquiert encore un plus haut degré de probabilité quand on se rappelle que les médecins qui se sont occupés spécialement de cette affection à l'hôpital Saint-Louis, n'hésitent pas à regarder les scrofules comme essentiellement héréditaires ; on est d'autant plus conduit à s'en rapporter à leur parole fondée sur de nombreuses observations, que les cas qu'ils ont l'occasion de voir sont ordinairement le plus haut degré de l'affection scrofuleuse; que la phthisie semble parfois succéder par hérédité aux scrofules, et que ces deux affections semblent être de même nature. Je sais même qu'un grand praticien a vu des abcès par congestion, des tumeurs blanches, etc., d'apparence scrofuleuse, sembler se transmettre d'une génération à une autre.

4 64. Toutefois, si l'on s'en rapporte au très remarquable travail de M. Baudelocque sur les scrofules, l'hérédité ne jouerait ici qu'un rôle secondaire (35); il croit que l'insalubrité de l'habitation devrait occuper le premier rang. Il cite , il est vrai, des observations fort remarquables où des familles entières étaient atteintes de scrofules ; telle est surtout la suivante :

165. Un homme âgé de 47 ans, bossu, d'une faible constitution, a épousé une femme robuste dont la mère était scrofuleuse. Sur huit enfants issus de ce mariage, deux sont morts en bas âge, six sont actuellement vivants. L'aîné de ces derniers, âgé de 20 ans, est profondément scrofuleux ; il présente de nombreuses cicatrices sur le corps, aux aines, aux cuisses, vers le grand trochanter, au-dessus de la clavicule gauche, etc. Il s'est bien porté pourtant jusqu'à lâge de 17 ans ; alors survint un abcès froid vers l'angle de la mâchoire inférieure ; dès lâge de 1 4 ans il avait quitté les écoles pour aller dans une fabrique travailler le velours de coton. Ce jeune homme a une sœur âgée de 18 ans et demi J rachitique aussi ; quatre autres jeunes sœurs jouissent dune bonne santé.

I G6. Ces 6 enfants ont été élevés au milieu de circonstances atmosphériques bien différentes. Le père était d'abord tisserand; alors le fils aîné quittait à peine la maison; en cessant daller à l'école , il a été occupé à un travail sédentaire et couchait d'abord avec ses parents. Plus tard le père se fit manouvrier, les enfants ne restèrent plus à la maison. Dès qu'ils pouvaient marcher, îa mère les emmenait avec elle dans les champs ou les envoyait mendier. M. Baudelocque voit avec raison dans ce fait plutôt un exemple de lin-

fluence de l'habitation que celle de l'hérédité; c'est bien là un de ces cas où plusieurs causes prédisposantes concourent à produire un effet unique.

\ 67. Il est une remarque fort importante à faire dans la question d'hérédité par rapport aux scrofules, c'est que l'on n'a pas distingué entre elles avec assez de soin, les affections nombreuses que l'on a embrassées sous cette dénomination ; c'est ainsi que très souvent il se manifeste, a l'époque des deux dentitions, des engorgements sous le cou qui donnent lieu à des abcès, et qui ne sont pas à coup sûr des lésions de la même nature que les engorgements des os, les grandes suppurations , les caries , les maladies des jointures, etc. Les premières peuvent fort bien n'être en rien héréditaires , tandis que les secondes peuvent l'être, et tant que de grandes distinctions ne seront pas faites sur ce sujet, il restera beaucoup de doutes. Dans l'état actuel de la science , c'est surtout de l'analyse qu'il faut porter dans l'étude des maladies ; quand on aura assez analysé, alors on généralisera.

168. Toutefois, il paraît actuellement évident qiië l'hérédité joue un grand rôle dans le développement des scrofules. Voici une note que M. Patouillet a bien voulu me communiquer : « Jamais je n ai trouvé un seul cas où , dans les scrofules, il me fût permis de décliner l'hérédité. Pendant Tannée \ 829, j'ai été dans le service assigné à ce genre de maladies, et j'ai été à même de constater la généralité de ce fait ) jamais, ajoute-t-il, la maladie héréditaire ne saute une génération.

1 69. Bien qu'il soit peu de personnes que je mette, comme talent, au dessus de M. Patouillet, je ne puis

accepter ses faits sans craindre qu'il n'ait ici considéré comme symptôme scrofuleux chez les ascendants, certains cas que d'autres médecins n'auraient pas considérés comme tels.

4 70. Des relevés, faits à l'occasion de ce travail, à l'hôpital Saint-Louis , ne donnent pas des résultats semblables ; en voici la substance :

4 71 . 72 Scrofuleux furent examinés, et tous étaient atteints de cette maladie à un haut degré ; cette constitution vicieuse se manifestait chez eux par la carie des os j des tumeurs blanches des articulations , des abcès par congestion , la suppuration des ganglions du cou , de l'aisselle ou de l'aine ; par des engorgements ganglionnaires considérables, des conjonctivites chroniques , des kératites avec ramollissement et ulcérations. Les malades offraient ces divers symptômes isolés ou réunis en plus ou moins grand nombre ; quelques-uns étaient affectés de phthisie pulmonaire. Sur ces 72 sujets il y en avait 19 qui présentaient des circonstances importantes à noter. Sur 6 , la mère était morte phthisique; sur4 c'était le père qui avait succombé à la même affection. La mère d'un autre avait succombé à un cancer avec carie du sternum; A avaient des frères scrofuleux ; la grand'mère de l'un était morte scrofuleuse. Sur 3 , la mère avait des cicatrices scrofuleuses au cou.

172. Ainsi, dans ces relevés, il y aurait un quart des cas où l'hérédité aurait été constatée.

473. Mais d'autres faits de nos relevés portent à faire admettre que la phthisie des pères peut se reproduire sur les enfants sous forme de scrofules ; car sur 1 3 scrofuleux il est arrivé 4 2 fois que les pères étaient

phthisiques ; et une seule fois, l'individu atteint d'écrouelles était né d'un cancéré.

1 74. Il est évident que,pour apprécier convenablement l'influence de l'hérédité dans des cas pareils, il faudrait tenir compte des autres circonstances dans lesquelles les sujets se trouveraient placés, et notamment de la nourriture et de l'habitation; car, presque toutes les familles observées avaient été dans de mauvaises circonstances hygiéniques ; mais enfin les relevés précédents ne permettent guère de révoquer en doute l'influence de l'hérédité sur le développement des scrofules. Ce qui va suivre sur les tubercules pulmonaires viendra peut-être encore à l'appui des faits précédents.

175. 12. Tubercules en général et surtout phthisie pulmonaire. La question seule de l'hérédité des tubercules est large. J'ai dû la traiter lors du concours de 1833 (36). Depuis lors, de nouveaux faits n'ont pas, il est vrai, modifié les conclusions de cette thèse dans les rapports avec les faits qui y sont relatés ; mais ils ont conduit à faire penser que les tubercules sont plus facilement transmis par les parents que je ne le croyais alors; qu il me soit permis de me servir ici des documents que j'avais à cette époque sur l'hérédité des tubercules, du cancer et des maladies du cœur. Si mes opinions d'aujourd'hui ne sont pas toujours celles que j'avais alors, c'est que je trouve absurde de ne pas changer d'avis lorsque des faits nouveaux et plus nombreux viennent à modifier de premiers résultats. Je réunis dans cet article, avec l'intention d'abréger , ce qui a trait à la phthisie pulmonaire et aux tubercules, dans quelques parties qu'ils se développent.

La phthisie a été considérée depuis Hippocrate comme

— se —

héréditaire. Des auteurs modernes ont admis jusqu'à ces derniers temps une semblable opinion. M. Andral, en faisant la remarque qu'une constitution particulière dispose aux tubercules , donnait une preuve de plus en faveur de l'hérédité , puisque les constitutions des hommes sont souvent transmises par les parents.

176. M. Dupuy avait noté que les tubercules sont héréditaires chez les animaux. Selon lui , la phthisie se transmet à leurs descendants. Un bélier phthisique, au rapport de M. Delafond , a produit 16 à 20 animaux tuberculeux, dans un troupeau de mérinos à l'école d'Alfort. Monsieur Bricheteau (42) se fondant sur des faits relatés par Baillie, Bayle, M. Cruveilhier, de tubercules observés sur les fœtus, admet quJils peuvent préexister à la naissance, etc. (43). La statistique est venue ébranler les opinions reçues sur ce point important de la science.

177. Ce n'est que dans la dixième partie des sujets, disais-je, que d'après les recherches de M. Louis, les parents étaient phthisiques. Il y a cependant des faits nombreux qu'on a allégués en faveur de cette influence héréditaire ; mais, presque toujours, dans ces cas, les enfants s'étant trouvés dans les mêmes circonstances que celles où se rencontraient les parents, les mêmes causes ont pu agir sans qu'il faille absolument remonter à l'influence de l'hérédité pour expliquer leur effet. Quand on citerait un grand nombre de phthisiques qui auraient donné le jour à des tuberculeux, cela ne prouverait pas que la phthisie, en général, soit en rapport avec l'hérédité.

178. Cette dernière réflexion me paraît encore vraie en ce sens que le plus grand nombre des phthisiques n'est pas issu de scrofuleux ou de phthisiques.

1 79. M. Fournet ne pense pas qu'on puisse élever de doutes sur la possibilité de la transmission de la phthisie pulmonaire par voie d'hérédité. Cet auteur fait remarquer cependant que l'absence de phthisie, chez les proches parents d'un malade, n'est point une raison suffisante pour en exclure l'existence chez ce malade. Il trouve souvent la cause de la phthisie dans des circonstances accidentelles; mais, si ces circonstances viennent à manquer aussi bien que celles de l'hérédité, il croit que , toutes choses étant égales d'ailleurs , la phthisie acquise se développe de préférence dans des hommes qui présentent une constitution spéciale.

4 80. L'opinion de M. Fournet est ici conforme à celle du plus grand nombre des auteurs. Baumes a surtout très largement insisté sur l'hérédité delà phthisie, qu'il croit éminemment contagieuse (38). À cette occasion il discute fort longuement sur les maladies héréditaires et admet que le virus pulmonique n'est autre que cette matière ramollie et ichoreuse qui existe dans la maladie. Mais il vaut mieux interroger les faits que de se perdre dans des citations. Voyons donc ce que ces faits nous apprennent.

\ 81 . Les auteurs qui ont traité des maladies héréditaires citent beaucoup de faits particuliers en rapport avec la transmission de la phthisie par les parens. Portai, Pujol, Petit, Lombard, etc., en rapportent de nombreux exemples. La plupart de nos confrères en ont observé, et M. Bally en a vu de son côté qui lui paraissent positifs. M. Fournet a basé son opinion relative à l'hérédité sur des observations nombreuses. Voici quelques-uns des cas qui se trouvent dans mes observatio ns et dans les documents récemment recueillis dans les hôpitaux.

1 82. Un homme dont le père et la mère sont morts, l'un aliéné, l'autre phthisique, s'est marié trois fois ; ses deux premières femmes sont mortes phthisiques; la troisième est très sujette aux hémoptisies , et sur 16 enfants, il en a perdu 14 de la poitrine.

183. Dans d'autres familles, le père, la mère et deux frères succombent victimes de la phthisie ; ou bien une mère voit successivement périr 1 0 de ses enfants avant l'âge de 17 ans; ou bien encore, une femme dont le père, 3 frères et 3 sœurs sont morts tuberculeux, est elle-même tuberculeuse , elle donne naissance à plusieurs enfants, et ne peut en élever un seul. On trouve encore un père dont le fils est phthisique et dont 3 frères , 4 sœurs , et une tante maternelle ont péri de même; sur 10 frères, 9 sont morts, un seul reste atteint d'une pareille maladie ; d'autres fois enfin 2 sœurs meurent tuberculeuses, ainsi que la mère et 6 tantes maternelles. Voici maintenant des résultats plus généraux :

1 84. Les premiers sont fournis par ma thèse de concours de 1833.

Sur douze phthisiques qui avaient eu des engorgements présumés scrofuîeux du cou, il y en avait onze dont les parents n'avaient point été atteints de phthisie.

Sur quarante-deux phthisiques qui n'avaient pas eu d'engorgement au cou, il y en avait trente-neuf dont le père et îa mère n'avaient point été frappés de maladies de poitrine, et les trois autres avaient eu leurs mères atteintes de cette maladie.

Chez l'un d'eux, une tante maternelle était morte phthisique; ce qui ne pouvait guère avoir eu d'influence sur la santé de sa nièce.

Dans f\ cas où les pères et les mères avaient été bien

- 8'.) portants , une sœur on un frère était mort phthisique, ce qui pouvait tenir beaucoup plus à l'influence commune des causes qui avaient pu agir sur ces familles, qu'à celle de l'hérédité.

1 85. Ainsi, sur ces 54 cas de phthisie, il n'y en a que 4 où l'hérédité puisse être signalée. Ce qui fait à peu près 1 sur 13. Sur 13 personnes d'un âge mûr, non phthisiques, il y en a certainement au moins une dont le père ou la mère sont morts d'une maladie de poitrine ; donc, dans les cas que nous avons observés alors, l'hérédité ne paraît pas avoir influé sur la phthisie.

186. Voici maintenant des résultats de nos derniers documents puisés soit dans nos observations dictées, soit dans les relevés faits ces jours derniers dans les divers hôpitaux.

Sur 269 cas de phthisie, il y en a eu 63 héréditaires (en ligne directe) , et 206 non-héréditaires. Ce qui fait à peu près la proportion du quart du total des phthisiques.

Sur 49 cas bien particularisés, il y avait 18 sujets dont les pères étaient tuberculeux, 27 dont les mères présentaient la même affection et 4 qui la tenaient à la fois de leur père et de leur mère.

1 87. Mais voici un résultat encore plus curieux et auquel on ne s'attendait pas. Sur 374 femmes interrogées à la Salpêtrière par M. Veyne , et qui, parvenues à une vieillesse plus ou moins avancée , avaient joui en général dune bonne santé, il ne s'en est trouvé que 16 qui aient eu des enfants tuberculeux. En supposant qu'un certain nombre d'entr'elles aient induit en erreur sur Vétat de santé de leurs enfants, ce que je suis très porté à croire, il n'en est pas moins certain que ces femmes, d'une bonne constitution et devenues vieilles,

— gravaient rarement donné le jour à des enfants pbthU siques.

1 88. Il résulte manifestement de tout ceci que la phthi sie est éminemment une maladie héréditaire. Cette proposition devient bien plus évidente encore si l'on se rappelle que beaucoup d'enfants meurent par suite de tubercules dans le cerveau, le mésentère, etc., et sans qu'on les considère comme phthisiques ; qu'il est même beaucoup d'adultes qui succombent à des maladies accidentelles autres que la phthisie , bien que la nécroscopie montre qu'il existait des tubercules dans le» poumons, etc. Le résultat statistique précédent établi sur une assez large échelle est en rapport avec ce fait ; que les praticiens voient si fréquemment des familles entières, dont les membres succombent successivement à la phthisie.

189.11 ne faut pas croire°;cependant que tous les enfants de parents phthisiques succombent par suite d'affections tuberculeuses. Voici ce qui a été observé sur les 374 vieilles femmes de la Salpètrière : il y en a 28 dont les parents sont morts phthisiques , sans avoir par conséquent transmis leur maladie à leurs enfants. La moyenne d'âge pour toutes ces femmes est d'environ 60 ans. Ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que dans la moitié des cas, ce sont les mères qui ont succombé à la phthisie (n° 26). De ce qu'on est né d'un phthisique, on n'en est donc pas dévoué certainement à la phthisie. Il aurait été à désirer sans doute qu'on pût savoir ici quel était l'âge des parents phthisiques, la datedela naissance des enfanls, l'époque de leur maladie et de leur mort, et qu'il eût été possible de déterminer si les aïeux avaient été tuberculeux. Il a été impossible d'avoir des documents aussi complets.

190. 13. Cancer. Ainsi que je l'ai l'ail pour la phfhisie, je transcrirai ici pour le cancer ce que j'ai inséré dans ma ihèse de 1833 sur ce sujet. (39)

« On a dit que le cancer était héréditaire, mais c'était moins de le dire qu'il s'agissait , que de le prouver. Bayle et M. Cayol ont cité les faits suivants : sur une famille de cinq personnes, il y en avait trois cancérées; une mère, portant un carcinome de la face,, eut un fils qui mourut d'un cancer de l'estomac ; trois sœurs furent atteintes de squirrhes ou d'encéphaloïdes ; une mère cancéreuse donna le jour à une fille, qui fut atteinte de la même maladie. On a cité encore le cas de Napoléon , dont le père était mort, comme lui, d'un carcinome de l'estomac. M. Récamier admet l'hérédité du cancer; cependant les faits qu'il publie sont bien loin de militer en faveur de cette opinion. Sur les 97 cas mentionnés dans son remarquable travail, il y en a 88 dans lesquels les parents n'avaient pas de maladies cancéreuses , ou du moins où l'on ne parle pas de cette circonstance ; or, on aurait probablement noté celle-ci si elle eût existé ; car on a mentionné des circonstances d'hérédité bien moins importantes, telles que des migraines, des seia^ tiques, des tubercules , dont les parents avaient été atteints. Des neuf autres cas, il y en a trois où des sœurs étaient cancérées, les parents étant sains, ce qui ne dit rien pour la question de l'hérédité ; car il est facile de concevoir que des causes d'habitation , de régime, etc., agissant sur plusieurs personnes à la fois, peuvent, indépendamment de f hérédité , produire les mêmes effets. (Obs. 14% 47e des maladies du sein ; 8e des maladies autres que celles du sein.) Dans un autre cas de cancer, il y avait eu chez la mère, et à la

suite d'une couche , une maladie du sein présumée cancéreuse; mais cette maladie, évidemment d'origine inflammatoire, ne peut guère être comptée parmi les affections influant sur l'hérédité (Obs. 6fi des maladies du sein ) ; dans une autre encore ( Obs. 1 0e des maladies autres que celles du sein) , la mère d'une personne cancérée est morte à 70 ans. Or, la maladie qui a causé la mort à cet âge avancé, n'a pas pu influer sur celle des enfants qui sont nés un si grand nombre d'années auparavant. Il reste donc quatre cas de cancers des parents, sur 97 cas de cancers des enfants ; ce qui fait à peu près un vingt-cinquième. Or, sur 25 personnes très saines , il y a peut- être un plus grand nombre d'enfants atteints du cancer. Ainsi, rien ici ne constate l'influence de l'hérédité sur le développement du cancer ; et les faits mentionnés par M. Cayol (26) ne sont pas, comme il l'avoue lui-même, assez nombreux pour résoudre la question, Ces faits peuvent avoir été le résultat de simples coïncidences , et nullement de l'influence de l'hérédité.

191. Ajoutons quelques observations particulières aux considérations précédentes; car la transmission héréditaire du cancer, comme le dit M. Choinel, est encore douteuse aux yeux des hommes qui n'adoptent pas légèrement une opinion, et les faits ne sont pas encore assez nombreux pour que la question puisse être décidée. En vain distingue-t-on, avec M. Sanson (40), le squirrhe , et sa prédisposition que seule on regarde comme héréditaire. Cette prédisposition même estelle héréditaire ? Les observations ne sont pas assez multipliées pour résoudre cette difficulté.

1 92. Voici quelques exemples , pris parmi beaucoup d'autres, qui présentent de l'intérêt Un homme

porte un sarcocèle du testicule droit; la mère est morte à l'âge de 66 ans, d'un cancer de l'utérus. Un individu présente les symptômes évidents de cancer à l'estomac; sa mère a succombé, à 48 ans, des suites d'une tumeur cancéreuse ulcérée à la cuisse gauche. Une femme est atteinte d'un carcinome utérin et d'une tumeur encéphaloïde des ovaires; la mère avait aussi une tumeur dans le ventre : son mari est mort phthisique ; de \ 7 enfants issus de cette union, 1 6 ont succombé à des tubercules pulmonaires.

193. Un homme porte un cancer de l'estomac; son père a succombé à la même affection (Lhéritier).

1 94. Mme Duhauvel, sage-femme à Paris, est morte d'un cancer de l'estomac; sa mère et sa sœur avaient déjà été victimes de la même maladie. Ces personnes ont toutes succombé à 40 ans (Lhéritier).

\ 95. Sur 23 cas de cancer recueillis lors du concours de \ 833, il n'y en a eu qu'un seul dans lequel on pourrait accuserl'hérédité d'avoir causé la maladie. La mère, chez cette malade, avait succombé à un cancer utérin, et elle-même en a été atteinte. Les 22 autres n'ont eu ni parents ascendants , ni parents collatéraux, ni enfants qui fussent morts du cancer.

\ 96. M. Lasserrea constaté dernièrement à la Salpêtrière que sur 24 cancers de l'utérus, appréciés à l'aide du toucher, il y a eu seulement 3 cas bien manifestes d'hérédité; pour 5 autres, son influence est douteuse : dans 1 7 cas, pas la moindre apparence d'hérédité .

197. Mais voici, d'un autre côté, qu'en reprenant les autres faits recueillis dans nos observations particulières à l'hôpital St.-Louis, et à la Salpêtrière, par M. Veyne, on trouve 58 autres faits de cancers qui, réunis à ceux de mes anciens relevés et à ceux de

M. Lasserre, donnent un total de 106 cas. Or, sur ee nombre, il y en avait 20 où l'hérédité était plus ou moins bien constatée, et 86 dans lesquels on ne put en trouver de preuve. Est-ce assez d'un peu moins du cinquième des cas d'hérédité pour faire croire à la réalité de l'action de cette prédisposition ? D'après ces faits, il y a lieu de le croire ; car sur 20 personnes nées de parents non cancéreux qui parviennent à ï âge où le cancer est fréquent , il n'y en a pas ordinairement 5 qui périssent par suite de cette maladie. Il est à remarquer que 3 cancéreux sont nés de parents phthisiques, 1 d'un scrofuleux, 1 d'un dartreux, 4 d'une mère morte d'une métrorrhagie qui probablement était due à un carcinome. (Ces derniers faits ne font pas partie du calcul précédent).

198. 14. Ossifications morbides. Celles-ci nous paraissent, dans une multitude de cas, le résultat des altérations de structure déterminées par l'âge. Nous raisonnons ici par ce qu'a vu M.Rostan à la Salpêtrière, et par ce que nous avons vu nous-même. Ce n'est pas que nous n'admettions que l'inflammation puisse causer des ossifications ; il faudrait n'avoir pas lu l'excellent travail de M. Piayer et les importants travaux de M. Legroux sur ce sujet ; il faudrait aussi n'avoir pas observé, pour ne pas le croire. Mais je dis que le plus ordinairement les concrétions, les ossifications des artères, du cœur, des vaisseaux, sont la conséquence de modifications anatomiques déterminées par Tàge. De plus, certaines constitutions prédisposent au dépôt de sels calcaires dans les tissus. Or, la longévité, la constitution, sont fréquemment liées, ainsi que nous l'avons établi, à l'hérédité. La conséquence est rigoureuse : rostéogénie morbide doit être modifiée par

cette prédisposition. Une autre induction doit être tirée de celle-ci, c'est que les effets des ossifications seront aussi on rapport avec cette même hérédité. Or, dans bien des cas, les maladies du cœur avec altération de forme, de volume, de capacité, sont les résultats des ossifications des vaisseaux ou du cœur lui-même; delà, cette conclusion que l'hérédité doit avoir une influence marquée sur certaines maladies du cœur, et cela principalement chez les vieillards. Nous n'avons, du reste, aucun fait particulier par lequel nous puissions sanctionner ce raisonnement.

199. 15, Entozoaires. 11 \ arait que l'on attribue de haute antiquité, les versa l'hérédité. C'est peut-être même là l'explication la moins improbable, soit de leur existence chez les animaux, soit de la conservation de leurs espèces, Hippocraïe, Brendel, Selles, ont vu des enfants naître avec des vers intestinaux ; on en a également trouvé dans des fœtus de vache, dans celui du chat, du mouton, du chien.

200.Rosen (mal. des enfants;, a observé le tœnia chez deux filles dont la mère et la grand'mère en avaient été atteintes. Un fait analogue a été vérifié sur des chiens.

Stalpart, Vander Wiel (obs rares , t. 11 ) , a, dit-on, rencontré un lombricoïde niché dans le placenta et un autre dans le conduit ombilical.

201 . Ces faits relatés dans le dictionnaire des sciences médicales par M. Mérat (45), sont loin de présenter les conditions nécessaires pour résoudre la question de leur transmission héréditaire. Le cas suivant, dû à M. Dupuy, est bien plus concluant (46).

202. Une truie fut couverte par un mâle qu'on fit venir d une ferme, où la ladrerie régnait, et dès ce moment, les animaux qui naquirent de cette femelle furent

-g6 plus ou moins affectés de cette maladie. Un petit fut tué à l'âge de six semaines, il présenta des hydatides dans le foie et les muscles. On sacrifia les animaux issus de cet accouplement ; depuis cette époque aucun porc ne fut affecté de ladrerie. Les animaux provenant de l'ancienne race, quoique soumis aux mêmes influences d'habitation et de nourriture que ceux de la dernière race, n'ont pas été affectés dhydatides. Cet exexiiple d'hérédité est fort remarquable, parce que la source de la maladie provient ici du mâle. Les autres faits cités par M. Dupuy, et qu'il a empruntés en partie à M. Tessier, sont moins positifs, en ce sens que la mère a paru communiquer le mal, qui pouvait avoir été transmis pendant la vie intra-utérine, et non pas au moment delà génération.

203. Dans l'état actuel de la science, la question d'hérédité des entozoaires sur l'homme est encore douteuse, car ce ne sont pas quelques faits isolés qui suffisent pour la résoudre.

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