Le rhumatisme articulaire aigu est-il héréditaire
« La plupart des pathologistes répondraient par i'af-
firmative ; leurs opinions sur ce sujet pourraient bien être le résultat de la confusion que le mot rhumatisme a apporté dans la science. Comme on a réuni sous cette dénomination un très grand nombre de lésions, il est arrivé que dans les questions qu'on a posées aux malades atteints de rhumatisme articulaire aigu sur leur parenté , on a très souvent trouvé que leur famille comptait quelques rhumatisants. Mais si Ton arrive à particulariser les faits, et à interroger seulement sous le rapport de cette maladie, on voit bientôt que le nombre de ceux dont les parents en avaient été atteints est loin d'être considérable. Peut-être ne le serait-il pas plus que pour les personnes affectées de pleurites et depneumonites. »
\ 28. Les chiffres que nous possédons sur les rhumatismes articulaires aigus, ne décident pas cette question d'une manière positive, mais portent plutôt à faire admettre qu'à faire rejeter cette hérédité. Sur quarante cas de cette maladie, où l'hérédité a été notée, et il s'agit ici d'observations écrites sous ma dictée, les parents en ligne directe n'ont été affectés que sept fois de rhumatisme articulaire aigu ; ce qui fait moins que le cinquième des cas. Dans une note que M. Patouillet m'a remise sur l'hérédité de plusieurs maladies, je trouve des résultats bien plus positifs en faveur de l'hérédité : sur quarante-cinq cas de rhumatisme articulaire aigu , il n'y en aurait eu que sept où l'hérédité n'aurait pas été observée.
1 29. Si l'on réuni tles chiffres de M. Chomel, ceux de M. Patouillet et les miens, on arrive à ces résultats : que sur cent soixante-cinq cas de rhumatisme il y en a quatre-vingt-un où l'hérédité a été constatée , ce qui
ferait à peu près ta moitié des malades sut lesquels rhérèSté aurait été observée -
TâO. 3* Les hëmorrhagies ont ëtë considérées par le plus grand nombre des auteurs comme pouvant se transmettre par hérédité. Les autorités les plus graves peuvent être citées à l'appui de cette opinion. C'était ïa manière de voir d'Hoffmann, (7) de HuFeland (8) pour ï'épistaxis (M. Bally m'a dit il y a quelques mois avoir vu un cas d'épistaxis héréditaire); c'était celle de M. Chomel (9) et de beaucoup d'autres avant eux potrr l'hémoptysie. La plupart de ceux qui regardent la phthisie comme héréditaire, partagent cette dernière opinion. M. Roche a insisté sur l'hérédité des hëmorrhagies (10) : « Dans beaucoup de cas, dit-il, on a remarqué que la disposition aux hëmorrhoïdes se transmettait comme beaucoup d'autres caractères de la constitution des hommes, par la génération...... et
il n'est pas rare devoir l'hématurie, Ï'épistaxis et -surtout l'hémoptysie .se transmettre de cette façon , » etc. M. Raige Delorme partage cet avis, au moins pour les hëmorrhoïdes (4 0). On ne peut nier que la métrorrhagie normale n'ait quelque rapport avec l'hérédité, et il doit en être ainsi pour les hëmorrhagies anormales.
131. Il faut distinguer, relativement à l'hérédité, celles qui tiennent aux solides et celles qui paraissent dépendre d'une altération des liquides : les premières sont depuis long-temps connues; elles ne sont héréditaires qu'à un degré moyen, d'après les auteurs. Mais il est une classe d'hémorrhagies qui paraissent liées à Un état particulier du sang et sur lequel on a publié depuis peu de temps d'importants travaux. L'un est insère dans les Archives par M. Lebert(12); l'autre est consigné dans la Gazette médicale (13). Il s'agit
d' individus auxquels on a donné le nom de bluter s et qui pour la moindre cause ont des hémorrhagies très difficiles à arrêter, et qui les font périr. Souvent la maladie présente au début les formes de l'arthrite. Or, dans la majorité de ces cas, on trouve dans ces observations des circonstances d'hérédité fort remarquables.
\ 32. M. Sanson rapporte l'observation d'Appleton qui succomba à une double hémorrhagie. Sur M petits enfants et arrière-petits-enfants qu'eut cet homme, cinq moururent d'hémorrhagie pour des blessures insignifiantes, et tous les autres furent sujets à des hémorrhagies spontanées dont quelques-uns périrent (4).
4 33. John Otto, médecin à Philadelphie, raconte que la femme Smith, établie en Amérique, près de Plymouth, transmit à tous ses enfants une telle disposition aux hémorrhagies, que non-seulement les égratignures ont pu déterminer des pertes de sang considérables, mais encore que la guérison de ces plaies n'a jamais été obtenue d'une manière durable chez certains membres de cette famille. Les mâles seuls étaient sujets à cette hémorrhagie, en même temps qu'ils avaient souvent des rhumatismes articulaires (16).
134. Le docteur Hugues a obtenu les détails suivants sur une famille :
a. Les individus mâles étaient sujets à des hémorrhagies ;
b. Elles ne se manifestaient jamais seules, elles s'accompagnaient constamment d'un rhumatisme plus ou moins étendu ;
c. Les entorses ou les contusions les plus légères ont toujours été suivies d'un rhumatisme dans la partie affectée ;
d. Le plus grand nombre des hommes parvenus à un
certain âge, ont été presque impotents par le rhumatisme ;
e. La mort par hémorrhagie avait eu lieu fréquemment, plusieurs fois à la suite d'une saignée, quelquefois après une plaie accidentelle, d'autres fois par une hémorrhagie interne,* deux fois la mort par hémorrhagie a été la suite de la simple application d'un vésicatoire.
/. L' hémorrhagie a toujours précédé le rhumatisme;
g. Les femmes, qui ne présentaient jamais la même disposition, la transmettaient sans exception à leurs enfants ;
h. Cette disposition pouvait être suivie jusqu'à la quatrième ou la cinquième génération (15).
1 35. Alza-Aaravius parle de plusieurs enfants d'une même famille qui, après s'être frotté les gencives avec la main, ont eu des hémorrhagies si rebelles, qu'elles n'ont cessé qu'après les avoir épuisés et leur avoir donné la mort. Un autre, ayant eu une veine ouverte, périt aussi de cette hémorrhagie qui ne cessa qu'avec la vie (16).
136. Le Journal des Progrès (1828) fait mention d'une famille Saxonne composée de cinq enfants, dont l'ainé mourut d'hémorrhagie pour s'être mordu la langue, dont le second perdait beaucoup de sang dès qu'on lui enlevait l'épiderme, et dont le cinquième présentait la même disposition, mais à un moindre degré (15).
1 37. On lit dans les Archives générales de Médecine (n° de juillet 1835) l'histoire de la famille Gamble, dont les enfants mâles présentaient une disposition aux hémorrhagies. (15)