AVANT-PROPOS
1 . La lecture des ouvrages ex professa publiés sur les maladies héréditaires , l'étude des nombreux documents relatifs aux histoires particulières d'affections dans lesquelles l'hérédité exerce une influence plus ou moins marquée, nous a bientôt fait voir que l'on ne possède guère encore les matériaux cliniques suffisants pour résoudre convenablementplusieurs des questions relatives à l'hérédité. Les auteurs sont à la vérité remplis de faits curieux qui touchent à des maladies observées de génération en génération dans les divers membres d'une famille; mais les faits positifs ne sont pas rapprochés des faits négatifs; presque partout les données statistiques manquent, et elles manquent surtout lorsqu'il s*agit des enfantsqui naissent de parents affectés de maladies présumées héréditaires. C'était déjà ce qui m'avait frappé lors de là rédaction de la thèse du concours pour la chaire cte clinique interne, en i833.
2. Ces considérations m'ont porté d'abord à faire le dépouillement de douze cents observations, parmi
celles qui ont été recueillies dans mon service et écrites sous ma dictée. Presque toujours , lors de l'étude des causes à la clinique , je mentionne l'hérédité , et j'y insiste toutes les fois que cette hérédité paraît avoir une influence marquée sur l'état actuel du malade, de sorte que, s'il arrive que rien ne se trouve noté sur l'observation , c'est qu'il n'y avait rien de remarquable sous ce rapport sur le sujet examiné.
3. D'un autre côté, j'ai pensé qu'il n'était pas impossible de réunir, dans le laps de temps qui m'était laissé, des matériaux nombreux recueillis dans les hôpitaux mêmes. Il m'a semblé qu'ils seraient plus précis et plus détaillés que ceux qui peuvent être fournis par des observations où l'on ne s'est occupé de l'hérédité que d'une manière purement accessoire. Des élèves des hôpitaux, qui ont donné des gages à la science par des concours ou des travaux, et dont j'avais constaté l'habitude pratique et le bon esprit , m'ont paru pouvoir mériter tout autant de confiance dans Fart d'interroger les malades et de recueillir les faits que tel ancien auteur dont la célébrité n'est pas toujours appuyée sur des bases aussi solides.
h. Du reste, il ne faut pas se méprendre ici sur la valeur des faits statistiques que contiendra ce travail. Bien qu'il s'agisse ici d'une cause simple , unique , et qui par conséquent se prête mieux que beaucoup d'autres aux calculs , il ne faut pas oublier que la statistique conduit à des résultats décevans lorsque les bases n'en sont pas bien établies, et il faut avouer que les rapports des malades sur les circonstances de parenté dont ils se ressouviennent, sont
parfois fort infidèles et fort incomplets; mais enfin la plupart des faits, que l'on peut extraire des observations connues, la plupart des documents que renferment les tableaux statistiques publiés dans les monographies sur l'hérédité, sont dans le même cas, et n'ont aucun avantage sur les observations, dont nous donnons plus loin les résultats. Faute de mieux, il faut se servir de ce que l'on a. Une bonne statistique serait fondée sur l'histoire de quelques milliers de familles dont on aurait suivi avec exactitude plusieurs générations, en notant exactement les maladies, dont les membres de ces familles auraient été successivement atteints, et en tenant compte aussi des circonstances autres que l'hérédité, qui auraient pu agir sur ces personnes. Il est impossible d'obtenir de telles données, et c'est là une utopie dont l'exécution restera toujours dans les desiderata,
5. 11 nous a paru enfin , qu'à la Salpêtrière, habitée par de vieilles femmes, on pouvait plus qu'ailleurs savoir quelles étaient les affections dont auraient été atteints les enfants de parents affectés euxmêmes de maladies réputées héréditaires. M. Veyne, interne à la Salpêtrière, a bien voulu te charger de cette recherche , qui fera partie de ce travail.