POSITION DE LA QUESTION
Sens dans lequel les mots hérédité et maladie doivent être compris.
Dans le langage ordinaire, le mot hérédité, emprunté à la jurisprudence, est le droit de recueillir la totalité ou une partie des biens qu'une personne laisse à son décès (1). Héréditaire est appliqué à ce qui vient par droit de succession (2).
6. En médecine, hérédité ne signifie plus un droit , mais bien une disposition, en vertu de laquelle certains états physiologiques ou pathologiques des parents se transmettent aux enfants par voie de génération.
7. Héréditaire, en médecine, se dit des maladies ou des circonstances d'organisation qui passent des parents aux enfants (3), et ce n'est pas toujours (comme le veut le dictionnaire de l'académie) d'une manière figurée qu'on s'exprime ainsi; mais on a pris la chose à la lettre, et on a dit iparentïbus liberi succedunt, non minus morborwn quàmpossessionwn hœredes (Fernel) .
8. L'expression m aladie, et ses synonymes dans diverses langues (comme le dit très bien M. Littré), dérivent de mots, qui expriment le mal et la souffrance (4). On s'est éloigné d'une idée aussi simple, et l'on a voulu distinguer la lésion ou l'altération primitive, de la maladie qu'on a considérée comme une réaction (5). Cette théorie abstraite ne peut tenir contre
des faits pratiques: l'altération de l'organisme par des tubercules est quelquefois trè8 évidente; l'individu qui en est affecté est très malade; à coup sûr il est atteint d'une grave maladie, et cependant on n'observe pas toujours alors de réaction. Il est préférable dad~ mettre avec M. Chomel, que la maladie consiste : dans une aberration notable survenue soit dans les disposa tions matérielles des solides ou des liquides, sojt dans l'exercice d'une ou de plusieurs fonctions (6)*
9, Si l'on voulait étudier l'influence de l'hérédité exclusivement sur la réaction qu'on suppose constituer la maladie, on serait sans doute dans un grand enibar^ ras ; mais en comprenant dans cette dénomination, à la fois l'aberraUon organique et la modification fonc^ tionnelle, la discussion de la question a des bases plus nettes, et se trouve plus susceptible de solution. C'est dans ce sens que le mot maladie sera employé dans ça travail.
1 0. La question posée par le jury est celle-ci : l'hérédité dans les maladies et non pas l'hérédité des maladies. S'il se fût agi de cette dernière phrase, on aurait eu seulement à rechercher quelles sont les maladies dans lesquelles l'hérédité est observée, et quelles sont \es affections dans lesquelles il n'en est pas ainsi. Mais d'après la manière dont la question est rédigée, il s'agit surtout de déterminer quelle est la part que Chérë-* dite peut açoir dans lés maladies et les diverses êir* constances de leur histoire, ainsi queles modifications quelle peut leur imprimer.
\ \ . Considéré sous ce point de vue, et de la façon que le jury l'a sans doute compris, le sujet prend unie importante extension, et se prête à des questions émi*nemment utiles.
42. Nous traiterons de préférence celles de ces questions qui auront un but pratique, et nous ne ferons qu'indiquer celles qui, n'étant pas susceptibles d'une démonstration rigoureuse, conduiraient plutôt à entrer dans des discussions stériles et sans portée, qu'à jeter quelques lumières sur des points obscurs du diagnostic et de la thérapeutique.
42 bis. D'ailleurs cette manière de comprendre la rédaction de la question, permet de présenter un ta* bleau général de l'influence que l'hérédité doit exercer sur la conduite du médecin dans la curation des maladies, et sur le pronostic qu'il en porte. Ce tableau n'a point encore été tracé d'une manière générale ; ce n'est qu'à l'occasion de quelques monographies qu'on en a indiqué quelques parties. La question que posa l'académie de Dijon en 1748 (7): comment se fait la transmission des maladies héréditaires ? n'avait rapport qu'à la manière dont l'hérédité avait lieu, et Louis, puisqu'il niait celle-ci , ne pouvait aborder les points pratiques de ce sujet. La société royale de médecine, en 4787 , proposa pour sujet d'un prix de la valeur de 600 livres, de déterminer : 4° s'il existe des maladies héréditaires , et quelles elles sont ; a0 s'il est au pouvoir de la médecine d'en empêcher le développement , ou de les guérir lorsqu'elles sont déclarées. Il est évident qu'il ne s'agissait point ici de l'hérédité dans les maladies , et de l'influence qu'elle peut avoir sur leurs causes , leur marche , leur diagnostic , leur pronostic et leur traitement ; aussi Pujol de Castres, qui publia une excellente dissertation sur ce sujet, tout en se montrant éminemment praticien, ne s'occupa guère que des maladies héréditaires. ïl en
fut ainsi du travail beaucoup moins complet et beaucoup plus systématique que Portai lut à l'Institut le 25 janvier 1 808 (8), de l'article que M. Petit inséra en 1 81 7 dans le Dictionnaire des sciences médicales (9) et de la dissertation de MM, Sauvé (10) et Ladmirault (11). MM. Robin (12), Lustremant (13), Sersiron (14), prirent bien pour sujet de thèse : de V hérédité dans les maladies ; mais ils ne s'occupèrent aussi que des affections héréditaires. Ce n'était point à coup sûr un tort que de traiter celles-ci à l'occasion de la question qu'ils avaient choisie , et il était même impossible de les passer sous silence alors que Ton voulait étudier l'histoire de l'hérédité dans les maladies; mais enfin ce n'était là qu'une partie du sujet , et les points les plus pratiques, ceux qui touchent à la conduite que le praticien doit tenir chaque jour au lit du malade, ont été, dans ces écrits, complètement passés sous silence. C'est cette lacune que nous chercherons à remplir.