‹ De l'hérédité dans les maladiesChapitre 34 sur 47 · ARTICLE V · texte numérisé non relu

ARTICLE V

Maladies des muscles et des os.

280. Je dirai peu de choses sur les maladies des muscles et sur les douleurs dont ils sont le siège envisagées sous le rapport de l'hérédité; remarquons seulement que ces douleurs, ainsi que quelques né' ralgies, se trouvent très souvent comme antécédents chez les parents de ceux qui portent des maladies semblables. Ces douleurs ne paraissent point être de même nature que

l'arthrite aiguë avec état couenneux du Gang. On trouve sans doute dans les antécédents de ceux qui sont atteints de cette dernière affection , des douleurs musculaires chez les parents ; mais si l'on interrogeait beaucoup d'hommes sains, (particulièrement dansles classes inférieures, à une époque où les pères ont été presque tous militaires) on y rencontrerait presque autant d'individus atteints de douleurs musculaires, que dans la famille des gens affectés eux-mêmes de douleurs dans les muscles (1).

281 . 2° Rachitism e.ostèo-malaxie, difformités. Avant de parler de l'hérédité du rachitisme, il serait utile de bien définir ce qu'on entend par cette expression, afin de savoir si c'est une affection générale dont le ramollissement des os est un effet ; ou bien s'il s'agit seulement d'une maladie des parties dures. Il est évident qu'on a confondu, sous ce nom, des états organiques très différents les uns des autres. Sur la très grande majorité des vieilles femmes, comme je m'en suis assuré à la Salpêtrière, il se forme des inflexions de la colonne vertébrale qui deviennent surtout fort marquées, lorsqu'à l'aide de la percussion du rachis et des traces noires, on dessine la forme des vertèbres dorsales et lombaires. Or, ces femmes âgées présentent par fois de très grandes déviations, bien que dans leur jeunesse elles aient été, suivant leur dire, toujours bien conformées. C'est ici un phénomène en rapport avec l'âge, avec la raréfaction du tissu des os observée par M. Ribes ; et cette ostéo-malacie , en quelque sorte physiologique, doit être bien distinguée de l'affection à laquelle on donne le nom de rachitisme. M. J. Guérin, à qui l'on doit de si belles recherches sur le sujet dont nous avons ici à traiter, a séparé avec le plus grand soin

— r23 ce qui est du à un état général de la constitution, et ce qui dépend dune simple ostéo-malacie. On sait encore que les tubercules des os doivent être distingués du rachitisme ; il faut bien prendre garde encore, suivant M. J. Guérin de confondre, dans un même ordre, les vices de conformation acquis dans le sein de la mère, et le rachitisme développé plus tard. Faute d'établir ces divisions , les auteurs ont cité comme faits de rachitisme, des observations qui lui sont complètement étrangères.

282. J'avoue que, à part la différence existant entre les déformations des vieillards et le rachitisme, distinction que j'admettais plutôt instinctivement que rationnellement, toutes les idées précédentes appartiennent à M. Jules Guérin, et que je n'ai pas assez approfondi ce sujet pour avoir des opinions arrêtées sur ce qui le concerne. Du reste, je rapporte ses opinions, parce que je les sais fondées sur des faits très nombreux et bien vus.

283. Or,lesauteurs ont souvent considéré en masse les faits de déviation dans les courbures des os, alors qu'ils ont agité, pour le rachitisme, la question d'hérédité. La plupart d'entr'eux ont admis que cette affection pouvait être transmise parles parents, et cela d'autant plus, qu'ils regardent le rachitisme comme en rapport avec les scrofules ou la syphilis. Telle est l'opinion qui a été défendue par M. Dugès. « Si l'on voit, dit-il, dans quelques familles, un seul enfant attaqué du vice rachitique, développé plus tôt ou plus tard après la naissance, il n'est pas moins commun de voir plusieurs frères ou sœurs atteints de cette même affection; et si l'on remonte à la source, on trouve presque toujours alors que l'un des parents en a été

— \11\ — plus ou moius attaqué dans son enfance. Puis, admettant que le rachitisme peut se développer pendant la vie intra-utérine, il paraît croire à un fait mentionné, dit il, dans les œuvres d'Hippocrate, fait où il est question d'un fœtus qui était né sans os. »

284. Par contre, M. Monfalcon ne croit point que le rachitisme soit héréditaire. Suivant lui, il y a peu d'exemples d'enfants nés rachitiques.

285. M. Lhéritier vient de me communiquer un fait curieux de rachitisme qui parait être héréditaire : un rachi tique a eu pour femme une boiteuse , et la cause de la claudication est inconnue. Les deux premiers enfants sont rachitiques, trois autres ont une distorsion des membres inférieurs, et deux autres ont des maladies de peau. Le même médecin m'a cité le cas d'un goutteux quia eu deux enfants mâles, très rachitiques; la mère était saine. J'ai connu des familles dont plusieurs générations présentaient des déviations de l'épine dorsale, et dans une de ces familles il y avait plusieurs aliénés.

286. M. Lhéritier a ajouté un fait de pathologie, sur les animaux, encore plus curieux : Une chienne fut couverte deux fois par un chien qui, dès sa naissance, était très difforme du train de derrière. Cinq chiens de la première portée étaient également difformes; six de la seconde Tétaient aussi. Le dernier seul ne Tétait pas.

287. Dans plusieurs des cas précédents, et dans beaucoup d'autres que je pourrais citer, il y a quelques doutes à établir sur la nature de la circonstance quia développé la déviation des os ; car il peut en être ici comme dans ce cas cité par M. Baudelocque , où des parents rachitiques ont eu des enfants scrofu-

— i^5 — leux et difformes par suite de la manière de vivre, tout autant que par l'effet de l'hérédité ; toutefois, je l'avoue, les faits que j'ai vus me portent à admettre la réalité de la communication du véritable rachitisme des parents aux enfants.

288. Telle n'est paslopinion de M . Guérin qui admet* que le rachitisme n'est pas héréditaire; que l'ostéo-malacie simple ne l'est absolument pas; que les tubercules des os sont sous l'influence de l'hérédité; que, parmi les difformités qui ont eu lieu pendant la vie utérine, les unes sont héréditaires,les autres ne le sont pas. Ce résultat fourni par l'observation empirique, m'a dit M. Guérin (et je me sers ici de ses expressions), peut être dédoublé, et les cas où il y a hérédité, rapportés à des causes spéciales; tandis que ceux où il n'y a pas hérédité sont rapportés à d'autres causes. On conçoit, m'a ajouté ce médecin distingué, que pour atteindre a ce résultat analytique, il faudrait connaître ces causes. » Or, elles n'ont pas encore été suffisamment établies dans la science; elles ne sont pas encore assez connues pour que nous puissions expliquer et adopter entièrement la théorie de M. Guérin dont nous ne rendons compte ici que comme historien.

289. Il résulte de tout ceci que les vices de conformation des parents qu'on a considérés comme des exemples de rachitisme, sont, au moins dans certains cas, communiqués par génération ; et que la question de l'hérédité du rachitisme est loin encore d'être éclaircie. J'avoue que, malgré l'autorité de M. Jules Guérin, qui est pour moi d'un si grand poids, je suis porté à croire que l'ostéo-malacie est, jusqu'à un certain point, héréditaire pour les vieillards, puisqu'elle tient à la nutrition elle-même, à la constitution du sujet modifi

— 12b — par Tâge, et puisque l'hérédité imprime son cachet à la constitution organique des enfants.

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