On s'arrêtaitaux phénomènes de phiogose qu'on
— i47 — voyait, que parfois l'on supposait; on n'allait pas plus loin, et la raison des suites de cet étal phlegrnasique, on ne la trouvait pas. Or, quand il a été démontré que dans un très grand nombre de cas, les productions dont il s'agit, et les tubercules par exemple, se développent chez des hommes dont les parents étaient atteints des mêmes affections; lorsque, d'un autre coté, le plus grand nombre des vieilles femmes saines de la Salpètrière (i) n'ont point eu d'enfants tuberculeux, et que certaines familles, exemptes de maladies organiques, ont le privilège de parvenir à une grande longévité sans en ëire affectées, tandis que d'autres families sont toutes frappées de cette terrible affection , il en faut bien conclure que , par-delà l'inflammation, il y a quelque chose; que l'irritation, que l'on a revêtue de tant de formes et douée de si nombreuses facultés, n'est pas le mobile unique de tels phénomènes , et que les prédispositions en général , et à coup sûr la prédisposition héréditaire en particulier, sont ici le point principal de la question.
325. L'étude îles maladies héréditaires démontre combien est grande, même quand il s'agit de prédispositions, rimportauce de rauatomie pathologique. Qni aurait osé rapporter sans elle a une affection tuberculeuse, certaines méningites de l'enfance ? qui aurait admis des production^ strumeuses dans les poumons, alors qu'elles étaient peu nombreuses et qu'il n'y avait pas ch( zlesmaladesdetoux,(!edévoiement,desueurs,etc.? Or, dans des faits de ce genre dont la nature a été révélée par la nécroscopie (Bally) , on a trouvé fréquemment que les sujets étaient issus de parents tuberculeux. Les faits d'anatomie pathologique du même genre ne peuvent ètreassez multipliés pour éclai-
— i48 — rer j)lus d'une question obscure relative à l'hérédité.
.Le rôle que joue l'hérédité dans la symptomatologie et dans la marche des affections morbides est un argument de plus à faire valoir en faveur de cette manière de voir: Qu'il n'est pas de maladie simple , mais que chacune d'entre elles est un composé de divers éléments morbides qui méritent d'èlre étudiés et appréciés séparément. Soit, par exemple, unemétrite du col qui passe à l'état cancéreux, sur une femme appartenant à une mère, à une aïeule elles-mêmes cancéreuses (je suppose ce fait pour me servir d'un exemple). Eh bien ! je dis qu'il y aura ici trois choses au moins à étudier: i° la métrite; i° l'aptitude héréditaire au cancer; 5° ce qu'il y a de cancéreux dans la maladie. La même réflexion peut être faite pour les antres affections dans lesquelles l'hérédité est appelée à jouer un rôle.
326. L'histoire de l'hérédité démontre combien une statistique bien établie peut être utile. En définitive, la cause d'hérédité est une chose simple, une unité. Seulement elle peut se rapporter à divers parents , ascendants, collatéraux ou à des descendants. De plus , cette unité peut être étudiée dans diverses maladies. Il n'y aura donc que des divisions simples à faire , et il suffira de bien constater, d'une part l'hérédité, de l'autre la lésion transmise, pour arriver à des résultats delà plus haute valeur. Ainsi, la statistique pourrait conduire ici aux données les plus positives, si l'on pouvait être bien sûr de l'exactitude des documents recueillis. Ce sont, jusqu'à présent, les relevés de ce genre qui ont manqué pour les maladies héréditaires, et c'est ce défaut de calculs exacts qui ôte aux monographies publiées sur les affections de parenté
- M9 — une grande parlie de leur intérêt. Quand vous nous donneriez des faits détachés et isolés les plus curieux, dans lesquels deux maladies semblables ont existé sur le père et sur le fils , cette coexistence de maladies peut être le fait d'une simple coïncidence et non de l'hérédité; si vous établissez, au contraire , dans divers tableaux que telle affection s'est montrée vingt fois plus souvent sur les enfants des personnes attaquées de la même maladie que dans ceux des individus qui n'en sont pas affectés, il faudra bien, si les résultats sont nombreux , admettre l'hérédité de cette maladie.
327. D'un autre côté, les réflexions que l'histoire de Thérédité inspire représentent à l'esprit tous les incoirvénients d'une statistique mal faite et toutes les incertitudes auxquelles elle conduit quand, au lieu d'additionner des faits simples, elle réunit comme unités des faits multiples. Supposez par exemple un calcul fait sur la pleurite et qui ne tiendra en rien compte des renseignements fournis par l'hérédité, et arrivez à un résultat général dans lequel vous trouverez que vingt fois, sur deux cents , la maladie a été tuberculeuse. Vous en conclurez naturellement que les tubercules ont pu être ici le résulSat de l'inflammation ; or, vous pourrez être dans une grande erreur, et cela parce que vous n'aurez pas tenu compte des autres éléments du problème et que vous aurez considéré la pleurite comme une chose simple, une unité, sans vous occuper des aptitudes héréditaires des sujets Que si au contraire vous avez tenu compte de ce fait, et qu'il vous soit arrivé de pouvoir apprécier la valeur des deux éléments morbides , il adviendra j par hypothèse , que \*ous trouverez que les vingt
faits où la maladie a pris le caractère tuberculeux ont été observés sur des individus nés de parents phthisiques; dès lors, votre manière de voir sur la nature de la maladie changera, et vous serez porté à attribuer à l'hérédité le rôle cpie naguère vous faisiez jouer à l'inflammation.
328. Les vues générales sur Th-rédité semblent prouver, comme nous l'avons vu, deux choses : qu'il existe des maladies communiquées des pères aux enfants par les liquides, et qu'il en est d'autres qui résultent d'une certaine disposition des solides transmise de génération en génération. Déplus on trouve des maladies héréditaires qui, telles que les affections du cœur , certaines conformations vicieuses , tiennent évidemment à des modifications anatomiques des organes consistants; tandis qu'il en est d'autres qui, telles que les hémorragies constitutionnelles , semblent dépendre d'une altération matérielle du sang. Ainsi les phénomènes des maladies héréditaires sont des preuves de plus à faire valoir en faveur de la doctrine qui consiste à admettre qu'il peut exister certaines lésions en rapport avec les solides , et certaines autres dont les liquides sont le point de départ.
329. La succession des maladies mentales léguées par des pères épileptiques ou par des mères hystériques à leurs enfants , et vice versa , prouve , avec plusieurs autres faits, la très grande analogie de nature existant entre ces maladies, La fréquence de certaines lésions organiques dans la progéniture de gens qui présentaient des lésions organiques d'un autre caractère, mène à quelques idées relatives à l'identité de la cause qui préside au développement de ces productions
différentes. La manifestation des lésions organiques (dont on avait l'aptitude héréditaire dès ses plus jeunes ans) à une époque avancée de la vie , prouve que certains états matériels peuvent long- temps exister cachés, n'attendre que l'occasion pour se développer, et milite fortement en faveur des diathèses. Ces faits conduisent à admettre que souvent il ne s'agit pas seulement de combattre les symptômes apparents des maladies , mais qu'il faut encore remonter jusqu'aux aptitudes et jusqu'aux racines profondes qui ont pu présider au développement des symptômes, etc. Ainsi, l'hérédité dans les maladies est un des points les plus graves de la pathologie ; ainsi son histoire se rapporte à celle de beauconp d'affections morbides. C'est qu'il n'est pas une partie, quelque circonscrite qu'elle soit, de l'immense tableau de l'organisation , qui ne soit liée à l'ensemble de celle-ci; c'est qu'il n'est pas de question, quelqu'étroite et quelque partielle qu'on la suppose, qui ne soit féconde en larges applications, et pas de spécialisation qui puisse être indépendante des faits généraux.